Voulues pour donner une ampleur missionnaire à la préparation au mariage, les Journées diocésaines des fiancés se répandent en France. Pour Mgr Jean Bondu, évêque référent de la pastorale familiale de la Conférence des évêques de France, l’objectif des "JdF" est d’annoncer que la foi chrétienne vécue en couple est une "Bonne Nouvelle" incomparable pour la vie conjugale elle-même.
Depuis près de 50 ans, beaucoup d’intuitions et d’innovations naissent très discrètement pour essayer de répondre à des besoins missionnaires émergeants. Or personne ne peut jamais dire d’avance si tel ou tel concept est vraiment pertinent, adapté à un contexte local particulier ou s’il a une portée plus large. Mais au fil des années, parce qu'elles rejoignent une attente profonde de l'Église, certaines expériences sont reprises ailleurs, adaptées et enrichies jusqu'à devenir une ressource commune. Les Journées diocésaines des fiancés (ou des futurs mariés), dites "JDF", relèvent sans doute de cela.
Un temps fort diocésain et missionnaire
Les JDF sont nées en 2005 dans le diocèse d'Avignon, en réponse à une interpellation directe du pape Jean Paul II à l’archevêque de l’époque, Mgr Jean-Pierre Cattenoz. Dès le départ, l’intention centrale d’une JdF a été d’apporter au plan diocésain une nouvelle ampleur missionnaire à la préparation au mariage. L’un des objectifs centraux d’une JdF est clairement d’annoncer que la foi chrétienne vécue en couple est une "Bonne Nouvelle" incomparable pour la vie conjugale elle-même, d’où le choix d’une pédagogie pastorale précise : accueil fraternel, prière et louange, accueil soigné de l’évêque, prédication et témoignages kérygmatiques de couples, partage-relecture en petits groupes, table-ronde à partir de questions ouvertes des fiancés, prédication de l’évêque, bénédiction de chaque couple "qui prend son temps"...
Il est intéressant de relever que cette diffusion [...] s'est opérée peu à peu par contagion pastorale, au regard des fruits missionnaires que les JdF produisent.
De la sorte, la JdF propose, au sein de la préparation au mariage d’un diocèse, un temps fort missionnaire capable de faire toucher de près aux futurs mariés (dont la très grande majorité est non pratiquante, voire incroyante) que Dieu ne bénit pas simplement leur engagement, mais qu'il veut en devenir avec eux l'acteur vivant et irremplaçable. Le principe pastoral est simple : ne surtout pas remplacer le travail accompli dans les paroisses (parfois remarquable) mais lui offrir un complément missionnaire et diocésain. En effet, le discernement des prêtres ou des diacres, l'accompagnement patient des équipes locales et la préparation concrète de la célébration demeurent irremplaçables. Les JdF viennent simplement apporter aux futurs mariés ce qui leur est souvent plus difficile de vivre à l’échelle locale : une expérience ecclésiale forte, le témoignage de nombreux couples, la rencontre de l’évêque de leur diocèse qui prend soin de leur futur mariage, l’écoute d’une annonce attractive de l'Évangile du mariage, la découverte d'une Église joyeuse, jeune et nombreuse, accueillante et missionnaire.
Une formule adoptée par de nombreux diocèses
Vingt ans plus tard, cette intuition a largement dépassé son diocèse d'origine : à partir de 2010, des diocèses ont progressivement lancé leurs propres JdF à partir de l'expérience et de la pédagogie pastorales initiées à Avignon, avec parfois quelques adaptations. Aujourd'hui, près d'une cinquantaine de diocèses organisent une telle journée ou une proposition très proche, tandis que d'autres réfléchissent à son opportunité. Il est intéressant de relever que cette diffusion ne résulte d’aucun programme national ou d’une décision institutionnelle centrale : elle s'est opérée peu à peu par contagion pastorale, au regard des fruits missionnaires que les JdF produisent. Le plus souvent, des évêques, des prêtres, des couples, des responsables diocésains en entendent parler, viennent observer ce qui s’y vit, puis discernent ce qui pourrait être fécond ou non chez eux ; dans certains diocèses, des couples extérieurs ayant l’expérience des JdF viennent animer des journées de formation pour les y implanter.
Les échanges ont montré que les attentes sont aujourd'hui nombreuses dans les diocèses, et les services de l’épiscopat vont donc tenter d’y répondre.
Nous observons que le magistère du pape François sur la préparation au mariage est venu, plusieurs années après la naissance des JdF, conforter quelques-unes de ses intuitions fondatrices : faire de la préparation au mariage une véritable occasion d'évangélisation, recentrer cette préparation sur le kérygme, faire des couples mariés les premiers témoins de l'Évangile du mariage, privilégier le témoignage de vies transformées plutôt qu'un enseignement abstrait, etc. Cette concomitance contribue sans doute à expliquer en partie le développement des JdF.
Le temps de la maturité
Cette croissance rendait nécessaire une nouvelle étape, en tout cas selon l’épiscopat : le 5 juin dernier, à l’initiative de la Conférence des évêques de France, les responsables diocésains de la préparation au mariage ont été invités à Paris pour une journée de travail autour des JdF, en vue de relire ces vingt années d'expérience, d'en clarifier les fondements, d'éclairer certains choix, d’en évaluer les fruits missionnaires et la pertinence pastorale, d’étudier certaines variantes, de répondre aux questions soulevées, de réfléchir à des perspectives communes et d’identifier les besoins de formation ou d’assistance. Les échanges ont montré que les attentes sont aujourd'hui nombreuses dans les diocèses, et les services de l’épiscopat vont donc tenter d’y répondre.
Toute intuition pastorale et missionnaire connaît plusieurs étapes successives : celles de la naissance, de l'expérimentation, de la diffusion puis de la maturité et de la relecture ecclésiale dans le but de distinguer ce qui relève de l'intuition fondatrice, de l'adaptation locale et des constantes missionnaires. Les JdF semblent aujourd'hui entrer dans cette quatrième phase.
L’intérêt de Léon XIV
Cette expérience montre également que la nouvelle évangélisation peut toucher de manière pertinente de nombreux domaines pastoraux, y compris la préparation au mariage. Le pape Léon XIV a clairement expliqué qu’il venait en France fin septembre pour mieux découvrir la dynamique missionnaire très singulière qui s’y déploie depuis des années. Il sera donc sans doute opportun qu’à cette occasion soient présentées à Léon XIV la réalité et l’expérience missionnaire des JdF vécues depuis 20 ans en France.



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