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Élection présidentielle : quelle parole pour l’Église ? 

5 min de lecture
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Crédit : Aleteia

Dans un contexte social et politique de plus en plus tendu, la campagne de l’élection présidentielle obligera l’Église en France à s’engager différemment dans le débat public, estime le père Clément Barré. Son défi est moins de défendre ses intérêts que de porter une parole de vérité, de manière prophétique.

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Avec la rentrée politique, c'est déjà la grande séquence de l'élection présidentielle de 2027 qui s'ouvre pour notre pays et qui sera le feuilleton de l'actualité des mois à venir. L'élection qui s'approche semble décisive à bien des égards tant les défis politiques s'accumulent pour notre pays (dettes, crise écologique, questions identitaires…). Au-delà du choix du prochain chef de l'État, cette élection qui marque la fin du macronisme promet d'être surtout un moment de cristallisation des clivages qui traversent notre pays. On peut s'attendre à voir une réapparition du bon vieux clivage gauche/droite que certains, avec une naïveté qu'on commence à mesurer, pensaient pouvoir dépasser, et qui a fini par nourrir les pôles les plus extrêmes plutôt que de les éteindre.

Un contexte inédit

Dans ce contexte de tensions, de polarisations, voire de divisions, comment l'Église en France pourra-t-elle se situer ? Bien sûr, personne n'attend des évêques qu'ils donnent une consigne de vote. Et les chrétiens savent déjà que leur choix sera l'arbitrage prudentiel du moindre mal, puisqu'aucun des candidats ne pourra prétendre à une parfaite adéquation avec les principes de la doctrine sociale et politique chrétienne (pour rappel, on pourra se reporter à la Note doctrinale du dicastère pour la doctrine de la foi publiée le 24 novembre 2002). Chacun discernera en conscience, avec le secours de la grâce.

La question pour nos évêques est ailleurs. L'Église entre dans cette séquence politique dans un contexte paradoxal inédit, qui est à la fois celui d'une recomposition interne et d'une minorisation externe toujours plus forte. Cette réalité nouvelle doit conduire à repenser la manière dont l'Église s'engage dans le débat public.

Le cas de la loi "fin de vie"

Cet été nous a donné trois cas pratiques, tous autour du même sujet : la loi "fin de vie". Mi-juillet, deux archevêques français étaient décorés de la Légion d'honneur ; le lendemain, la loi sur l'aide à mourir était définitivement adoptée. On aurait pu s’attendre à ce que les prélats rendent symboliquement cette décoration, reçue de la main d’une République qui venait d’adopter une loi aussi mauvaise et à laquelle ils s’étaient pourtant opposés frontalement, mais ils ne l’ont pas fait. 

On ne peut reprocher à la hiérarchie de l'Église en France de fuir le combat politique, mais, à l'approche de l'élection présidentielle, elle doit s'interroger sur sa tentation concordataire.

Fin août, l'archevêque de Dijon présidait en grande pompe les obsèques d'un sénateur franc-maçon assumé. Le président de la République lui-même y a pris la parole depuis le chœur de l'église. Quinze jours plus tôt, deux diocèses italiens avaient refusé les mêmes obsèques à deux francs-maçons notoires. Quand on connaît l’importance qu’ont eue les loges maçonniques dans l’élaboration de la loi sur la fin de vie, et ce que l’Église affirme, sans discontinuer, de la franc-maçonnerie depuis près de trois siècles, on aurait pu s’attendre à ce que les obsèques religieuses soient refusées au sénateur Patriat, ou bien célébrées dans la stricte intimité familiale et sans la présence de l’archevêque pour éviter le scandale public. Mais non.   

Rendez-vous manqués ?

Enfin, dans quelques jours, le Pape visitera notre pays : une halte à Jeanne-Garnier, premier centre de soins palliatifs du pays, avait d'abord été évoquée ; elle a finalement disparu du programme, remplacée par la visite d'un centre pour migrants. Un geste juste, certes, mais tellement convenu qu'il ne dérange plus personne, sinon l'aile de l'Église qu'on ne prend pas de risque à corriger en public.

Il ne s'agit pas d'accuser les évêques de ne pas s'être opposés au projet de loi sur la fin de vie. En paroles, ils l'ont fait, clairement. Ils n'ont pas manqué de mettre en garde contre cette loi, d'essayer de nourrir le débat public et les arguments des opposants. Mais au-delà des paroles ? Trois gestes prophétiques, symboliques, qui étaient disponibles, faciles et finalement peu coûteux, sont restés trois rendez-vous manqués.

Porter une parole de vérité

On ne peut reprocher à la hiérarchie de l'Église en France de fuir le combat politique, mais, à l'approche de l'élection présidentielle, elle doit s'interroger sur sa tentation concordataire : cette habitude, plus vieille que la République, de vouloir rester le partenaire respecté du pouvoir plutôt que sa conscience critique, de préférer la table commune, les honneurs échangés, la présence policée, même dans l'opposition, à ce que coûterait des actes clairs. Une Église concordataire négocie sa place ; une Église prophétique la risque.

L'année qui vient va saturer l'espace public d'une parole politique dont chacun sait déjà qu'elle ne tiendra pas ses promesses. C'est précisément là que l’Église est attendue, pour porter une parole de vérité qui, parce qu’elle engage et coûte quelque chose à celui qui la dit, redevient précieuse. L'Église n'a pas besoin d'un siège de plus à la table des puissants, elle a besoin de confirmer par ses actes la Parole qu'elle annonce.