Aller au contenu principal
statue-jeanne-darc-wittelsheim.jpg

À Wittelsheim, Olivier ressuscite la statue de Jeanne d’Arc détruite par les nazis

À Wittelsheim, en Alsace, une statue de Jeanne d'Arc va retrouver fin septembre sa niche sur le fronton de l'église Saint-Michel — là où elle trônait avant d'être détruite à coups de burin en 1940. C'est Olivier Hitter, tailleur de pierre et fils du village, qui a relevé le défi de la ressusciter dans la pierre.

4 min de lecture

Source: Olivier Hitter

Olivier Hitter dans son atelier.

Partager sur :

Wittelsheim, 1940. La petite église dédiée à saint Michel qui veille sur ces terres alsaciennes depuis le XIIe siècle voit entrer dans la commune d'un peu plus de 7.000 âmes les troupes allemandes. La défaite française entraîne immédiatement le début de l'annexion par le Troisième Reich puis le rattachement de l'Alsace à l'Allemagne. Langue et symboles français sont interdits. Du haut de la petite église, nichée dans l'alcôve où elle est installée depuis 1929, sainte Jeanne d'Arc, patronne de la France, est descendue avant d'être réduite en miettes à coups de burin.

Des enfants Wittelsheimois récupèrent discrètement quelques morceaux de la représentation de la Pucelle. Ici, un pied, là, une boucle de ceinture... Cette fois-ci, personne n'aura réussi à repousser l'envahisseur. Plus de 80 ans plus tard, pourtant, la sainte en armure s'apprête à retrouver enfin sa place sur le fronton de l'église.

L’Association pour la restauration et le maintien du patrimoine historique et culturel de la ville de Wittelsheim, créée en 2023, propose de réinstaller une statue de Jeanne d'Arc à son emplacement initial. Elle réunit des élus, des habitants ainsi que plusieurs représentants du diocèse de Strasbourg. Et c'est Olivier Hitter, artisan tailleur de pierre lui-même issu de Wittelsheim, qui décroche le contrat. Ce dernier taille la pierre depuis 23 ans. Son père a fondé l'entreprise familiale en 1998 par passion. Aujourd'hui, il travaille aux côtés de son frère. Et parmi tous les chantiers de sa vie, celui-ci a une saveur particulière.

"Je suis wittelsheimois, c'est l'église de mon village, donc je connaissais cette histoire depuis très longtemps. Je m'étais toujours dit que le jour de ma retraite, j'allais la retailler et l'offrir à la mairie, à l'église", confie-t-il à Aleteia. S'il faut repartir de zéro puisque la statue initiale a été anéantie, "il s'agit bien d'une restauration, car on m'a demandé de reproduire l'ancien modèle de la façon la plus précise possible, en m'aidant de photographies", explique le tailleur de pierre. La statue, d'une hauteur de trois mètres, avait été réalisée en 1929 par le sculpteur Mâconnais Alexandre Morlon, qui avait également sculpté la façade de l'église au sortir de la Première Guerre mondiale alors que l'église avait été quasiment détruite.

Bénédiction le 27 septembre

Dans son atelier, Olivier Hitter met donc tous ses efforts à tailler dans la pierre l'image de cette toute jeune femme au destin extraordinaire. Ne lui reste plus que le visage. "C'est le plus délicat, car c'est ce que tout le monde regarde juste après l'ensemble. Le regard se pose tout de suite sur la figure. Jeanne d'Arc est représentée ici les yeux levés au ciel, avec les mains jointes."

Pour Olivier Hitter, croyant, ce chantier revêt une dimension spirituelle évidente. "Je sculpte aussi des calvaires, des Christ, ou encore des statues de saints comme saint Antoine de Padoue. Je ne prie pas Jeanne particulièrement, mais j'y suis attaché, en tant que croyant et en tant que Français", confie Olivier Hitter.

Dans son atelier, nombreux sont ceux qui passent pour voir l'état d'avancement de la sculpture. Celle-ci, une fois achevée, sera déposée sur le fronton de l'église le 23 septembre avant d'être bénie le dimanche 27, jour où la paroisse fête la saint Michel. D'ici là, les portes de l'atelier vont se fermer pour laisser l'artisan en tête à tête avec la sainte en armure, qui veillera bientôt à nouveau sur les Wittelsheimois.