À son arrivée à Cotignac, Amaury Colas, chef du clan Saint-Jacques d’Eaubonne, une unité de routiers des Scouts unitaires de France (SUF), découvre un paysage profondément marqué par les flammes. "On traversait des forêts où il ne restait plus rien, avec des maisons et des voitures brûlées". Arbres calcinés, sol noirci et forte odeur de cendre témoignent encore de la violence des incendies qui ont ravagé le Var à la mi-juillet. Pour Amicie Deboeuf, cheftaine des dix guides aînées du Feu Sainte-Cécile de Levallois-Perret (SUF), l’impression est tout aussi forte. "C’était un paysage de désolation."
C’est dans ce décor que les deux unités gagnent le sanctuaire de Cotignac, après plusieurs semaines de fermeture au public. À mesure qu’ils s’en approchent, pourtant, le paysage change. Le lieu semble avoir été miraculeusement préservé. "C’est assez impressionnant", raconte Amaury. "C’était une véritable grâce de voir le Sanctuaire épargné", souligne Amicie, frappée par le contraste.
Si le sanctuaire a été épargné par les flammes, il n’en reste pas moins que la vie du lieu a été profondément bouleversée. À leur arrivée, les scouts découvrent les nombreux besoins auxquels il faut désormais répondre.
Un été placé sous le signe du service
Pour les guides aînées du Feu Sainte-Cécile comme pour les routiers du clan Saint-Jacques, la semaine à Cotignac était prévue de longue date. Le séjour devait néanmoins prendre une tout autre forme. En effet, les guides aînées étaient notamment attendues pour s’occuper des enfants lors d'une session familiale. Puis les incendies ont frappé. Fallait-il renoncer à leur venue ou changer de lieu de camp ? Après plusieurs échanges avec le frère Vincent, recteur du sanctuaire, Amicie comprend qu’une autre voie est possible : venir malgré tout, mais pour se rendre utiles autrement.
La décision est ainsi rapidement prise. "Quand on est guides aînées, on se met au service là où il y a besoin de nous. Donc, que ce soit pour l'animation d'une session de famille ou pour aider aux travaux du sanctuaire, nous sommes ravies dans tous les cas de pouvoir rendre service", indique la cheftaine.

Une fois sur place, chacun trouve naturellement sa place en fonction des besoins du sanctuaire. Pour les routiers du clan Saint-Jacques, il s’agit avant tout de s’attaquer aux traces laissées par les flammes. Leur première tâche consiste à déblayer une cabane de rangement entièrement détruite, avant d’évacuer les débris et de couper les arbres calcinés sur plusieurs parcelles. Un travail physique, mais qui prend tout son sens pour Amaury. "On sent qu’on est utile, c’est une joie d’aider la communauté."
"Il fallait que le sanctuaire retrouve sa beauté."
Les guides aînées, quant à elles, se voient confier plusieurs missions pour accompagner la reprise du sanctuaire. Du côté de l’accueil, les besoins sont nombreux. Resté sans véritable présence pendant trois semaines, les appels et les mails se sont accumulés et il faut désormais répondre aux demandes en attente, rassurer les personnes qui cherchent à prendre des nouvelles du lieu et renseigner celles qui viennent constater par elles-mêmes les conséquences de l’incendie. Puis, les scoutes du Feu Sainte-Cécile s’attaquent également à la remise en ordre du site, entre ménage, entretien et jardinage. "Il fallait que le sanctuaire retrouve sa beauté", explique Amicie, alors que le lieu se prépare à accueillir de nouveau les pèlerins et les groupes.
Au-delà du travail accompli pour remettre le site en ordre, les guides aînées ont aussi contribué à faire vivre les célébrations. Habituées au chant et à la musique, elles ont animé les messes avec une joie particulière, dans un Sanctuaire encore entouré par les traces de l’incendie. "C’était très beau de pouvoir animer des messes très joyeuses pour des personnes qui venaient se recueillir au Sanctuaire", se souvient Amicie avec émotion.
Redonner de la vie au sanctuaire
Loin de l’effervescence qui anime habituellement le sanctuaire en été, les scouts ont ainsi découvert un lieu presque silencieux, marqué par les événements des semaines précédentes. Entre les moments de service et les temps de prière, leur séjour a pris une dimension particulière. "On a vraiment vécu une semaine coupée du monde", raconte la cheftaine. Messes quotidiennes, offices, laudes et nuits d’adoration ont rythmé leurs journées. "Je pense que ça nous a vraiment portés et que ça nous a fait grandir", se confie Amicie.

Une présence qui a également apporté un peu de légèreté aux frères du Sanctuaire, après des semaines éprouvantes. Au fil des repas partagés, des discussions et des rires, les scouts ont contribué à recréer une vie de communauté. Une manière pour les guides aînées de mettre en pratique un article de leur promesse précise la cheftaine du Feu Sainte-Cécile.
"La guide est maîtresse de soi : elle sourit et chante dans les difficultés."
Pour Amaury, cette semaine à Cotignac illustre pleinement ce que signifie être scout. "Le fait de se mettre au service est au cœur de notre engagement. Peu importe, le service est là où on est appelé, quelle que soit la difficulté." À Cotignac, les scouts n’ont finalement pas simplement remplacé un camp par un autre. Ils ont mis en pratique ce qui se trouve au cœur de leur engagement, celui de se rendre disponibles là où l’on a besoin d’eux. L’incendie a bouleversé leur programme, mais pas leur volonté de servir.












