Un enfant qui redoute la rentrée ne cherche pas toujours à fuir l’école. Parfois, cette appréhension cache simplement des inquiétudes qu’il ne sait pas encore exprimer. Et le rôle du parent est d’abord de comprendre ce qui se joue pour mieux l’accompagner.
Certains enfants ont hâte de revoir leurs amis, raconter leurs vacances ou remplir une nouvelle trousse de crayons fraîchement taillés. Pour d'autres, en revanche, l'humeur change du jour au lendemain. Un enfant bavard et insouciant tout l'été se mure d’un coup dans le silence dès qu'on évoque la rentrée. Il prétend que ses chaussures ne lui vont plus, alors qu'il les portait sans problème en juillet, ou se plaint de mystérieux maux de ventre qui semblent surgir à chaque fois que la conversation aborde l'école. Ces manifestations physiques ou changements de comportement ne sont pas forcément anodins. "Les enfants ont parfois du mal à verbaliser leur mal-être", expliquait à Aleteia Rita de Roucy, psychologue et psychothérapeute familiale. Lorsque les mots manquent, "c’est donc leur corps qui s’exprime pour eux". D'autres appréhendent simplement le retour à un rythme soutenu, les devoirs, les évaluations ou la découverte d'un nouvel enseignant. Certains se demandent s'ils retrouveront leurs amis ou réussiront à se faire une place dans une nouvelle classe. Et parfois, l'enfant lui-même serait bien incapable d'expliquer précisément ce qui l'inquiète.
Écouter avant de vouloir rassurer
La tentation est grande pour les parents de se lancer immédiatement dans la résolution des problèmes. Il est naturel de vouloir les rassurer et de leur rappeler que tout ira bien, qu'ils finiront par apprécier l'école, comme c’était le cas l'année dernière. Parfois, ces paroles rassurantes sont exactement ce dont ils ont besoin. D'autres fois, elles arrivent un peu trop vite. Un enfant qui dit : "Je déteste l'école", ne demande pas toujours de régler le problème immédiatement. Souvent, il souhaite d'abord qu’on le comprenne.

Cela peut impliquer de résister à l'envie de répondre et, au contraire, de faire preuve de curiosité. Les enfants n'ont pas toujours les mots pour exprimer ce qui ne va pas. Inutile pour autant de transformer la conversation en interrogatoire. Un trajet en voiture, une promenade ou un moment calme avant le coucher peuvent offrir l'occasion de laisser la parole venir. Des questions posées avec douceur, sans chercher à rassurer ou à corriger à tout prix, peuvent les aider progressivement à démêler des sentiments qui les submergent. Qu'est-ce qui, à l'école, leur paraît si difficile ? Y a-t-il une matière qu'ils redoutent ? Un moment de la journée qu'ils aimeraient pouvoir éviter ? Une personne qu'ils craignent de croiser ? Est-ce le travail qui l'inquiète, le regard des autres, la séparation avec ses parents ou simplement l'inconnu ? Les parents doivent aussi veiller à ne pas transmettre leurs propres inquiétudes. "L’anxiété des parents agit comme une caisse de résonance des angoisses de l’enfant", soulignait auprès d'Aleteia Véronique Lemoine Cordier, psychologue. Si l'enfant perçoit ses parents très inquiets, ses propres préoccupations risquent en effet d'être amplifiées. D'où l'importance d'accueillir ses peurs tout en affichant soi-même une certaine confiance.
Redonner confiance avant la rentrée
Une fois l'origine de l'angoisse mieux comprise, il devient plus facile d'agir. Et toutes les inquiétudes n'appellent évidemment pas la même réponse. Si l'enfant rencontre des difficultés scolaires, une conversation avec son professeur le jour de la rentrée peut faire toute la différence. S'il craint de ne connaître personne dans sa nouvelle classe, retrouver un camarade avant la rentrée ou prévoir de faire le chemin ensemble le premier jour peut suffire à rendre l'échéance moins impressionnante. Quelques jours avant la rentrée, les parents peuvent aussi redonner progressivement à l'enfant des repères concrets : reprendre des horaires de sommeil plus réguliers, préparer ses affaires avec lui, repérer le trajet jusqu'à l'école ou retrouver quelques copains dans un parc. Il ne s'agit pas de faire disparaître toute appréhension, mais de rendre plus familier ce qui, dans son imagination, pouvait sembler immense. S'il redoute les résultats ou les devoirs, on peut aussi lui rappeler qu'il n'a pas à réussir toute son année dès le mois de septembre : il aura le droit de se tromper, de progresser et surtout de demander de l'aide.
En cas de harcèlement, la situation demande bien sûr une attention particulière et l'intervention des adultes : l'enfant doit savoir qu'il n'a pas à affronter cela seul. Mais toutes les réticences à retourner à l'école ne cachent pas nécessairement un problème grave. Il s'agit surtout de ni minimiser sa peur, ni la laisser prendre toute la place.
La journée d'école comportera toujours des éléments incontrôlables : des camarades difficiles, des notes décevantes, des malentendus et des échecs. Ce qu'il faut rappeler sans cesse à l'enfant, c'est que rien de tout cela ne définit sa valeur. Une mauvaise note ne dit pas qui il est, pas plus qu'une amitié qui se termine ou une rentrée plus difficile que prévu. Il sait que Dieu l'aime avant même qu'il ne réponde correctement à une seule question, avant même qu'il ne gagne une course, avant même qu'il ne soit choisi par un groupe d'amis. Cette certitude tranquille n'élimine pas toutes les peurs, mais elle offre aux enfants un point d'ancrage solide quand tout le reste semble incertain. Et puis surtout, la nouvelle année scolaire apportera certainement son lot de bonnes surprises : une nouvelle amitié, un professeur que l'on apprécie, une matière que l'on découvre avec enthousiasme ou la fierté d'avoir réussi quelque chose que l'on croyait hors de portée.













