"C’est la première fois que nous faisons des étoles liturgiques", confie Éric Boel, 66 ans, veuf, diacre depuis le mois de juin et entrepreneur dans l'âme. Ce Roannais de longue date a relevé un défi inédit : fabriquer 5.000 étoles destinées aux prêtres et aux diacres qui participeront aux célébrations présidées par le pape Léon XIV lors de sa visite en France, du 25 au 28 septembre. Pendant 30 ans, jusqu’à sa retraite en juillet, il a dirigé l’entreprise textile Les Tissages de Charlieu, dans la Loire, forte de 150 salariés, spécialisée dans les tissus Jacquard et unis destinés principalement à l’habillement et à l’ameublement. La marque de fabrique des tissus charliendins ? Ils sont confectionnés selon un processus d’économie circulaire, à base de matière recyclée.

Pour Éric Boel, membre des Entrepreneurs et Dirigeants chrétiens (EDC), ce projet reflète les valeurs qu’il a voulu insuffler tout au long de sa vie professionnelle : mettre l’humain au cœur et protéger l’environnement, tout en assurant la pérennité de l’entreprise. Le projet a été lancé mi-juillet. "C’est la Conférence des évêques de France (CEF), en lien avec les EDC, qui nous a contactés", précise Éric Boel. Les étoles seront portées pendant les célébrations prévues à Paris, Lourdes et Metz. Le motif brodé sur chaque étole – une croix bleue ornée de quatre rameaux – a été transmis par la CEF.
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Un vrai travail d’équipe

Les étoles ont été réalisées en tissage jacquard par les Tissages de Charlieu, sur la base de matière recyclée. Elles sont ensuite passées entre les mains des couturières de l’atelier d’insertion Le Tri d’Emma, à Villerest (42), dont Éric Boel est coprésident. Une quarantaine de personnes en réinsertion ont ainsi été chargées de la confection des étoles et de la coordination logistique. Les pièces sont actuellement repassées par un réseau de paroissiens créé pour l’occasion regroupant une centaine de bénévoles. Elles seront ensuite conditionnées dans des emballages fabriqués par Les Cartonnages du Roannais.

"Ce projet symbolise une économie locale, de proximité, et qui fait du bien à tous", souligne Éric Boel. "Il crée du lien entre différents univers : les industriels, les associations, les transporteurs, les paroissiens, les cartonneurs… C’est tout un territoire qui se rassemble", se réjouit l’entrepreneur, convaincu qu’il peut exister un système économique qui mette l’humain au cœur. "Ce projet reflète nos convictions et montre qu’il peut exister un système différent de celui basé uniquement sur la performance, car on ne peut pas construire un système économique sans nourrir le cœur de l’homme."
"Le repassage, c’était compliqué !"

Le repassage des 5.000 étoles n’a pas été de tout repos pour la petite centaine de bénévoles sollicités en pleine canicule. Caroline, mère et grand-mère, paroissienne de la Côte Roannaise, fait partie de l’équipe de repasseuses. "On est toute une bande de paroissiens, tout le monde a dit oui ! Mais c’était compliqué car les étoles sont arrivées froissées", raconte Caroline qui s’est engagée, pour sa part, à repasser 100 étoles en une semaine. 18 minutes par étole. Soit 30 heures de repassage. La semaine a été chaude ! "Il m’arrivait de repasser la nuit, au frais. Mais comme nous l’a dit avec humour le curé de notre paroisse, "deux étoles de repassées = une journée au Purgatoire effacée !" Je suis fière finalement ! Repasser pour le Pape, l’occasion est rare !"



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