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“Congé Paradis”, quand une athée se retrouve au couvent

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Image d'illustration

Crédit : Shutterstock

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Et si la foi surgissait là où on ne l’attend pas ? Dans "Congé Paradis", son premier roman, Amar Salloum imagine une jeune femme brisée par une rupture amoureuse qui, pour échapper au monde, se réfugie dans un couvent. Elle y trouve des religieuses et, surtout, une expérience qui bouleverse ses certitudes. Un récit de conversion aussi drôle qu’irrévérencieux.

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"Bien sûr que je désirais secrètement croire depuis longtemps. Bien sûr que je crois parce que ça me rassure. Je suis totalement opportuniste. On me déleste de tout ce que je n’ai jamais réussi à quitter et en échange on me donne un amour infini : je prends !" Dès les premières pages de "Congé Paradis" (Cerf) le ton est donné. L’héroïne n’a rien d’une sainte. Elle est même, à bien des égards, particulièrement antipathique. Après avoir été quittée par son petit ami Simon, elle sombre dans la dépression et décide de prendre ses distances avec le monde. La solution qu’elle trouve est pour le moins inattendue : un couvent

Une genèse accidentelle 

Un récit qu’Amar Salloum commence en 2022 sur les routes du Gers, d'une manière inopinée. Étudiante en philosophie, l’auteure de 24 ans se met à écrire les premières bribes de son livre alors qu’elle se trouve seule sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. "C’est la genèse accidentelle", raconte-t-elle.  Une voix narrative apparaît, celle d’une jeune femme qui annonce d’emblée : "C’est comme ça que j’ai fini au couvent." À partir de là, l'auteure se pose une question qui devient le moteur du roman : comment quelqu’un qui part de très loin peut-il être touché par la foi ?

Car l’héroïne de Congé Paradis cherche d’abord au couvent ce qu’elle peut trouver ailleurs : le calme, la solitude, un endroit où personne ne viendra lui demander d’aller mieux. "Le but, c’est de faire le deuil de mon amour de Simon avec le minimum d’émois. Le cadre du couvent y aide : c’est ennuyeux l’autre monde. (...) J’ai envie de fumer perpétuellement pour dissiper l’odeur de renfermé", confie la narratrice dans les premières lignes. Mais ce qui s'apparente à une simple retraite devient progressivement autre chose. Entre les offices, les chants et les conversations avec les religieuses, ses certitudes commencent à vaciller. Et cette jeune femme qui pense pouvoir rester à distance de tout se retrouve confrontée à une possibilité qu’elle n’a pas sérieusement envisagée : celle de croire.

Une héroïne qu’on aime détester

L’héroïne de Congé Paradis n’est pas nommée. Un choix instinctif de l’auteure, qui permet peut-être aussi de laisser davantage de place au lecteur. Car le parcours du personnage possède quelque chose d’universel. "On est tous médiocres et admirables, comme elle", pointe Amar Salloum. Une formule qui peut servir de clé de lecture au roman. L’héroïne est tour à tour mesquine, lucide, hautaine, drôle et bouleversante. Elle porte un regard féroce sur les autres. Une écriture nourrie notamment par "Les Carnets du sous-sol" de Dostoïevski : une voix solitaire, sûre d’elle-même, qui observe le monde avec un mélange de supériorité et de mauvaise foi.

Cette ironie permet aussi à la narratrice de jouer avec les clichés associés au catholicisme : les petits couples, les vieux habitués des abbayes, la nourriture du couvent, les odeurs, les discussions parfois étranges… Le regard de l’héroïne est volontairement caricatural. Mais derrière la moquerie apparaît peu à peu autre chose : une simplicité chrétienne qui désarme le personnage. L’échange de l’héroïne avec une religieuse au milieu du livre en est l’une des illustrations : à la complexité du personnage principal qui s’interroge sur l’existence d’un tribunal céleste, la sœur répond par le témoignage de sa vie offerte, simple et joyeuse. 

La conversion : être rejoint là où l'on est

La force de Congé Paradis tient notamment dans le récit de la  conversion de son héroïne. Celle-ci ne règle pas magiquement tous ses problèmes. Elle reste fragile. Elle reste agaçante. Elle continue de juger les autres. Et elle ne devient pas soudainement une personne parfaitement équilibrée. "La conversion ne sauve pas des maladies psychologiques", résume Amar Salloum. Cette idée est centrale dans le roman. La foi n'est pas présentée comme une thérapie miracle. Et l’auteure de renchérir : "Le Christ n’est pas un psychologue". La grâce ne supprime pas la nature humaine, ses blessures et ses contradictions. Mais elle peut venir les rejoindre. L’auteure assume ainsi un paradoxe : son personnage est profondément faible, et c’est précisément cette faiblesse qui rend possible quelque chose de nouveau. "Dieu tisse une alliance avec nous justement parce qu’on est faible", explique la primo-romancière.

L’un des aspects les plus savoureux du roman est alors son refus de présenter la conversion comme une transformation spectaculaire de la personnalité. L’héroïne croit, mais elle demeure elle-même. Elle reste marquée par son histoire et ses failles. Elle ne sort pas du couvent comme une créature entièrement nouvelle. Et pourtant, quelque chose a changé. C’est peut-être là que se trouve la véritable intuition spirituelle du roman : la grâce ne consiste pas à devenir quelqu’un d’autre, mais à être rejoint là où l’on est.

Pratique

Congé Paradis, Amar Salloum, Editions du Cerf, 2026, 192 pages, 14 euros.