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Pourquoi avoir réformé la liturgie

7 min de lecture
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Crédit : Pascal Deloche / GODONG

En partenariat avec la revue “Magnificat”, le père Gilles Drouin présente la huitième et dernière catéchèse de Léon XIV sur la constitution du concile Vatican II sur la sainte liturgie, prononcée le 26 août. Le Pape revient sur la grande ambition de la réforme liturgique : la participation consciente et active des fidèles au sacrifice du Christ.

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Cette ultime catéchèse du pape Léon XIV donnée ce mercredi 26 août sur la Constitution sur la sainte liturgie a un statut un peu particulier. Contrairement aux autres qui, grosso modo, suivaient le fil du texte de la Constitution, cette catéchèse essaie de répondre à une question que le Pape lui-même pose : pourquoi les pères conciliaires ont-ils souhaité, après le concile, engager une réforme générale de la liturgie ? Léon XIV ne le précise pas, mais il est bon de le rappeler : la Constitution sur la sainte liturgie Sacrosanctum Concilium a été votée à la quasi-unanimité des Pères conciliaires (même Mgr Lefebvre, qui siégeait au concile, a voté en sa faveur).

 Le chemin de la réforme

Dans cette catéchèse, le Pape reprend des déclarations de la plupart de ses prédécesseurs du XXe siècle pour montrer comment ils ont accompagné et fait leurs les principales intuitions du Mouvement liturgique, ce grand mouvement à caractère théologique et pastoral qui visait à faire ou à refaire de la liturgie la source de la vie spirituelle du peuple chrétien. Ce faisant Léon XIV souhaite montrer comment la tradition de l'Église, exprimée par les pontifes successifs de ce siècle, avait souhaité que la liturgie s'engage sur un chemin de réforme.

La première citation est celle du cardinal Montini, le futur Paul VI alors archevêque de Milan, qui, s'adressant à ses fidèles et à ses prêtres, précise que la liturgie ne peut pas renoncer à sa fonction didactique, c'est-à-dire qu'elle ne peut pas ne pas être comprise et que les fidèles ne peuvent plus être "passifs et muets". Le pape Léon XIV fait le lien entre cette expression et une expression reprise du numéro 48 de la Constitution sur la sainte liturgie : "spectateurs étrangers et muets". Cette formule est elle-même reprise de Pie XI, ce qui montre la continuité !

Formés par la Parole

Reprenons ce numéro 48 de Sacrosanctum Concilium. Le Pape le cite dans son intégralité car c'est un numéro fondamental pour comprendre en particulier ce qu'est "la participation active" : "Aussi l'Église se soucie-t-elle d'obtenir que les fidèles n'assistent pas à ce mystère de la foi" — l’Eucharistie — "comme des spectateurs étrangers et muets" — voilà l’expression de Pie XI et du cardinal Montini – "mais que le comprenant bien dans ses rites et ses prières" — nous avons besoin de comprendre, la liturgie n'est pas simplement intellectuelle, elle comporte une dimension de compréhension — "ils participent de façon consciente, pieuse et active à l'action sacrée" — ce n'est pas une participation extérieure, c'est une participation à l'action, et n'oublions pas que c'est le Christ qui agit. Autrement dit, les fidèles participent à l'action salvifique du Christ. 

Puis le numéro 48 détaille les composantes de cette participation active : que les fidèles "soient formés par la parole de Dieu" : la parole de Dieu, qui a un rôle très important dans le concile Vatican II et dans la réforme liturgique, forme les fidèles. Mais ce n'est pas une formation intellectuelle. Je prends souvent l'image d'une forme, de celles qu'on met dans une chaussure, qui nous modèle intérieurement, qui nous fait passer de l'informe où nous sommes vers la conformité à l'image de Dieu. Nous sommes dans une situation de difformité — je fais ici référence à saint Augustin — et la parole de Dieu nous amène à nous conformer à l'image de Dieu à laquelle nous sommes créés. 

S’offrir soi-même

"Ils se restaurent" — toujours les fidèles — "à la table du corps du Seigneur" — c’est la communion –, "rendent grâce à Dieu" — c’est la participation à la prière eucharistique. Nous n'écoutons pas simplement, nous rendons grâce avec le prêtre. Et puis, "qu'offrant la victime sans tache" — c'est le Christ, toujours dans l'Eucharistie — "non seulement par les mains du prêtre, mais aussi en union avec lui, ils apprennent à s'offrir eux-mêmes". En participant à la messe, en se laissant former par la prière eucharistique, nous entrons dans le mouvement de don de soi qui est celui du Christ afin que, de jour en jour, les fidèles "soient consommés par la médiation du Christ dans l'unité avec Dieu et entre eux". La finalité, l'horizon de la liturgie eucharistique et de la participation à la liturgie, c'est une union totale entre les fidèles d’une part, et entre les fidèles et le Christ d’autre part — dimension horizontale et verticale. Avec ce numéro 48 de Sacrosanctum Concilium, nous comprenons un peu mieux ce qu'est en vérité la participation active.

Part immuable et part variable

Puis le Pape cite son prédécesseur Pie XII qui, dans sa grande encyclique liturgique, Médiator Dei, distinguait dans la liturgie la part immuable d'institution divine, par exemple dans la messe le faites de ceci en mémoire de moi, c'est-à-dire le fait de reprendre ce que le Christ a fait au cours de son dernier repas, et les parties sujettes à changement qui peuvent varier au cours des âges. Dans la liturgie, il y a des parties qui ont varié et qui peuvent continuer à varier, à s'adapter dans le temps et dans l'espace. Dans le temps, ce sont des variations au cours des âges, et dans l'espace parce qu'il y a plusieurs rites : le rite latin, le rite byzantin, le rite copte… Au sein de l'Église catholique elle-même, il y a une pluralité de rites. 

Léon XIV fait ensuite référence à un autre pontife important du XXe siècle, Jean XXIII, qui, avant le concile, a demandé que le bréviaire et le missel soient simplifiés. En citant ces papes successifs, le pape Léon XIV nous dit que la liturgie est inscrite dans le long fleuve de la tradition vivante. Le Pape actuel ne prend pas l’image du long fleuve, mais c'est une image qu’aimait utiliser le pape Benoît XVI. On pourrait dire que la liturgie traditionnelle, c'est la liturgie de Paul VI puisqu’elle est la liturgie de la tradition vivante de l'Église, sanctionnée par un acte majeur du Magistère, une liturgie qui a été voulue par un concile œcuménique, et promulguée par un pape, Paul VI.

La liturgie est évangélisatrice

Le Pape actuel poursuit en évoquant les abus qui ont pu se produire dans la mise en œuvre de cette réforme liturgique, en appelant les évêques et les prêtres à veiller à sa mise en œuvre dans une noble simplicité. Cette notion, la noble simplicité, évoquée pour les textes des chants liturgiques lors de la précédente catéchèse, est évoquée à nouveau par le Pape, cette fois pour l'ensemble de la liturgie.

Léon XIV termine en affirmant que, si elle est célébrée ainsi, la liturgie nourrira nourrira la vie spirituelle des fidèles. Elle sera aussi un vecteur fondamental d'évangélisation, car la liturgie est évangélisatrice. Quand nous lisons les lettres des catéchumènes qui demandent les sacrements de l'initiation chrétienne à l'évêque, on constate que très souvent, le point de départ de leur rencontre avec le Christ a été la liturgie.