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La rotule de sainte Thérèse de Lisieux révèle un nouveau secret

4 min de lecture
Therese of Lisieux at 15 years old.

Crédit : Dominio Público

Une étude scientifique publiée cet été et menée par le médecin légiste Philippe Charlier sur une relique de sainte Thérèse de Lisieux, sa rotule, révèle d’étonnantes lésions osseuses. Elles pourraient être liées aux génuflexions répétées de la jeune carmélite.

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Dans l’église Sainte-Catherine de Honfleur (Calvados), parmi les reliques offertes à la vénération des fidèles, se trouve un bien singulier témoin de la vie de sainte Thérèse de Lisieux : l’une de ses rotules. Plus d’un siècle après la mort de la jeune carmélite, cet os pourrait encore conserver la trace très concrète de sa vie religieuse. C’est l’hypothèse avancée par le médecin, anthropologue et paléopathologiste Philippe Charlier dans une étude publiée le 30 juillet 2026 dans la revue scientifique Joint Bone Spine, intitulée La rotule de sainte Thérèse de Lisieux (1897) : diagnostic rhumatologique d’une condition religieuse. La relique étudiée provient de l’exhumation de Thérèse en 1923. Aujourd’hui protégée par un reliquaire de verre et de métal doré, la rotule est intacte. De couleur brun clair, elle conserve encore à sa surface quelques traces plus sombres de matière organique.

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La rotule de sainte Thérèse de Lisieux.

C’est sur la partie supérieure de la rotule que Philippe Charlier relève une particularité. À l’endroit où s’insère le tendon du quadriceps apparaissent des enthésopathies, c’est-à-dire des modifications osseuses situées au point d’attache d’un tendon ou d’un ligament sur l’os. En radiologie, ce type d'anomalie peut également être désigné sous le nom de "patella tooth sign", le "signe de la dent de la rotule", en raison de son aspect en dents de scie. Or, explique l’étude, ces anomalies témoignent d’une sollicitation chronique du groupe musculaire concerné. Un constat d’autant plus étonnant que Thérèse est morte très jeune : atteinte de tuberculose, elle s’est éteinte au Carmel de Lisieux le 30 septembre 1897, à seulement 24 ans.

L’impact des génuflexions

Comment expliquer une telle usure chez une jeune femme de cet âge ? Pour Philippe Charlier, en l’absence d’une autre maladie susceptible de l’expliquer, une hypothèse se détache : la répétition des gestes imposés par la vie religieuse au Carmel. Le chercheur évoque ainsi "l’intense pratique de génuflexions répétées liées aux rituels religieux des Carmélites" : prières à genoux, génuflexions, puis mouvements successifs pour se relever avant de s’agenouiller de nouveau. Répétés quotidiennement, ces gestes auraient pu solliciter suffisamment le quadriceps pour laisser leur empreinte jusque sur l’os.

Il s’agit bien d’un diagnostic rétrospectif et d’une interprétation des lésions observées, et non de la preuve permettant d'attribuer chacune d'elles avec certitude à la prière. Mais l’hypothèse n’est pas sans précédent. Philippe Charlier rappelle que des lésions ostéoarticulaires associées à des pratiques religieuses ont déjà été identifiées sur des restes humains provenant de la communauté de Qumrân, au Ier siècle de notre ère.

Une sainteté incarnée

L'observation de cette petite rotule a quelque chose de saisissant. Elle rappelle que derrière la sainte universellement connue, derrière les roses, les statues et l’immense postérité de Histoire d’une âme, se trouvait d’abord une jeune femme de chair et d’os. La "petite voie" de Thérèse n’a pas été vécue dans l’abstraction. Elle s’est incarnée dans le quotidien extrêmement concret d’une carmélite : les offices, le travail, le silence, les déplacements dans le monastère, mais aussi ces gestes répétés de la prière qui engageaient tout son corps. Une dimension corporelle devenue plus douloureuse encore dans les derniers mois de sa vie. Ravagée par la tuberculose, Thérèse passa ses dernières semaines alitée à l’infirmerie du Carmel avant de mourir à 24 ans.