Un Français sur trois est concerné, directement ou indirectement, par le handicap ou la perte d’autonomie, mais les décideurs du monde de demain n’en parlent pas. Pourtant, assure l’essayiste Charlotte de Vilmorin, l’accessibilité est une condition du bon fonctionnement de la société et un investissement qui profite à tous.
La rentrée économique et politique a battu son plein cette semaine avec deux événements majeurs qui, chacun à leur manière, façonnent l’avenir de la France. D’un côté, la Rencontre des Entrepreneurs de France (REF), organisée par le MEDEF à Roland-Garros, réunira en deux jours les acteurs clés de l’économie, de la politique et des médias. Avec 189 intervenants de haut niveau (Ursula von der Leyen, Élisabeth Borne, Yaël Braun-Pivet, plusieurs ministres, et même sept candidats à la présidentielle), la REF n’est pas un simple rendez-vous de lobbying. C’est une infrastructure d’influence, où se définissent les priorités économiques et politiques du pays. Ici, on ne se contente pas de peser sur les décisions : on fixe l’agenda, et on met en réseau ceux qui façonnent la France de demain. Le thème de cette année : « Le courage » !
Une absence inaperçue
De l’autre côté, les Universités d’été d’Impact France proposent une vision alternative, centrée sur l’économie sociale et solidaire, l’impact écologique et la transition juste. Porté par des dirigeants engagés et des experts de l’innovation responsable, cet événement incarne une autre façon de penser l’économie : celle qui place l’humain et la planète au cœur des décisions. Ici aussi, les intervenants sont prestigieux (François Hollande, Raphaël Glucksmann, Édouard Philippe, Marine Tondelier pour n’en citer que quelques-uns dans la sphère politique) et les débats ambitieux.
Ces deux événements, bien que différents dans leur approche, ont un point commun : ils dessinent le monde de demain. L’un par le prisme de l’entreprise et de la croissance, l’autre par celui de l’impact et de la durabilité. Pourtant, dans les programmes détaillés de l’un comme de l’autre, une absence, bien que criante, passe complètement inaperçue : où sont les 20 millions de Français concernés par le handicap ou le vieillissement ? Où est l’accessibilité, ce pilier invisible qui devrait pourtant être inclus dans les débats sur l’économie, la société, l’innovation ?
Un Français sur trois
L’accessibilité n’est pas une question marginale. C’est une question universelle décisive pour notre présent, mais surtout pour notre futur. Un Français sur trois est concerné, directement ou indirectement, par le handicap ou la perte d’autonomie, et le vieillissement guette chacun et chacune d’entre nous ! Mais dans les agendas de la REF ou des Universités d’été d’Impact France, pas une seule mention. Comme si ce sujet, qui touche tant de vies, n’avait pas sa place parmi les priorités stratégiques de notre pays.
Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : en France, seulement 3,6% des salariés du privé sont des personnes handicapées, alors que la loi en exige 6% (source Agefiph). Dans le même temps, 39% des personnes handicapées en âge de travailler ont un emploi, contre 69% pour la population générale (deux fois moins). Combler cet écart permettrait de créer jusqu’à 1,5 million d’emplois, tout en réduisant une perte économique annuelle estimée par la Cour des comptes à 20 à 25 milliards d’euros pour la collectivité. Et ce n’est pas tout : les entreprises les plus inclusives, selon Accenture, affichent 28% de chiffre d’affaires en plus par collaborateur et des marges bénéficiaires supérieures de 30%. L’accessibilité n’est donc pas une dépense, mais un investissement qui profite à tous !
Une condition pour le fonctionnement de la société
Pourquoi continue-t-on à construire un monde de demain qui exclut 20 millions de personnes ? Un monde de demain qui, par son manque de vision, se prive de talents, de consommateurs, d’électeurs, de citoyens ? L’accessibilité, ce n’est pas une faveur accordée à une minorité. C’est une condition pour que la société fonctionne pour tous. Pour que la France reste une nation forte, solidaire, et résiliente. Et à la veille d’une élection présidentielle, il pourrait être utile de se saisir du sujet… Alors qui saura se montrer véritablement courageux et mettre le sujet sur la table ?












