Envers et contre tout, les fêtes de village de nos campagnes sont encore souvent marquées par une célébration religieuse. Notre collaborateur Jean-Michel Castaing a été témoin de l’hospitalité qui s’y manifeste : entre l’église et la buvette, tout le monde est le bienvenu !
La saison des fêtes estivales de village est bien avancée et comme de nombreux Français, j’ai assisté à bien des célébrations religieuses qui leur sont liées, messe ou célébration de la Parole. Le secteur du Comminges où j’habite est vaste et deux prêtres ont la charge de plus de 80 clochers, aussi les fêtes de village ne peuvent-elle pas toutes bénéficier d’une messe. Ces célébrations religieuses, en lien avec les fêtes du village, se tiennent le vendredi, le samedi ou le dimanche. Le dimanche, il s’agit généralement d’une célébration de la Parole car les prêtres doivent desservir les chefs-lieux de canton où la messe est célébrée toute l’année.
Cependant ces liturgies de la Parole ne sont pas moins priantes que les messes (même s’il existe une différence de nature entre liturgie de la Parole et la messe). À Ausseing, village d’une cinquantaine d’habitants, le laïc qui a présidé la célébration avait choisi des textes et des prières liturgiques relatifs à la Vierge Marie (évangile des noces de Cana). Nous avons prié pour les défunts sous le porche de l’église qui jouxte le cimetière. Quand ce n’est pas un diacre qui célèbre ces liturgies de la Parole, l’Eucharistie n’est pas distribuée afin de ne pas banaliser la communion au Corps du Christ.
Un rituel bien rôdé
Ce qui frappe dans ces fêtes de village du Comminges, c’est la bonne entente qui règne entre édiles laïques et fidèles ou prêtres qui viennent assurer le service liturgique. Beau témoignage est rendu de la sorte à la paix du Christ ! Le rituel de ces fêtes est bien rodé : après la célébration religieuse, nous nous rendons au monument aux morts où Mme ou M. le maire nous gratifie d’un discours. Puis la sonnerie aux morts se fait entendre en hommage à ceux qui sont tombés au champ d’honneur pour défendre notre liberté. Une minute de silence est ensuite observée. La "Marseillaise" vient conclure ce rituel toujours émouvant. Ensuite, la communauté locale nous invite, nous qui venons de l’extérieur, à prendre un pot à la buvette de la fête.
Une hospitalité en harmonie avec la célébration religieuse
Se retrouver au milieu des habitants du village, qu’ils soient venus à la célébration religieuse ou non, parmi les jeunes du comité des fêtes fiers de leurs tee-shirts floqués de leurs prénoms, est toujours une expérience de communion intense. La quintessence de cordialité du village est comme condensée dans ces moments. Comme chantait Rimbaud : "Ah ! Que le temps vienne / Où les cœurs s’éprennent."
Autour des tables de l’apéritif, qu’il faisait bon discuter et savourer l’hospitalité des habitants ! La Jérusalem qui nous attend perçait déjà dans cette assemblée festive et bon enfant.
Cette expérience de communion s'harmonise parfaitement avec la célébration religieuse vécue quelques instants plus tôt. Après l'hospitalité du Christ à sa table durant la messe ou en nous partageant sa Parole s’il n’y a pas d’Eucharistie, l’hospitalité du comité des fête. Ces moments de convivialité, autour de la buvette, scellent l’une des finalités de la messe qui est de propager la fraternité entre les hommes pour la plus grande gloire de Dieu qui se réjouit de la bonne entente régnant entre ses enfants.
Un avant-goût d’éternité
Ces moments partagés autour de la buvette dépendent aussi, pour sa saveur spirituelle, de son jour. Le pot pris le dimanche à midi aura un parfum de fête et d’éternité plus affirmé que ceux du vendredi et du samedi. En effet, le dimanche est le Jour dernier, celui du monde nouveau. Difficile de s’extraire de la buvette du village de Loulouret le dimanche de la fête ! j’avais de la route à faire et un verre suffisait… Autour des tables de l’apéritif, qu’il faisait bon discuter et savourer l’hospitalité des habitants ! La Jérusalem qui nous attend perçait déjà dans cette assemblée festive et bon enfant. Il fallut me résigner et activer la vertu de force pour résister à la tentation d’un second verre. Ici-bas, nous ne pouvons, hélas, goûter que les arrhes de l’éternité !
Mais que vendredi et samedi ne soient pas jaloux du dimanche. Le samedi soir, c’est déjà dimanche. Et le verre offert à la buvette le vendredi possède, lui aussi, sa saveur d’éternité. Le vendredi soir, le sabbat ne pointe-t-il pas déjà ? Jésus, endormi dans la mort, n’a-t-il pas déjà réconcilié les hommes avec son Père ?












