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La délicate mission du Vatican à Moscou

6 min de lecture
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Crédit : Aleteia

La visite diplomatique à Moscou de Mgr Paul Richard Gallagher, secrétaire du Saint-Siège pour les Relations avec les États, montre que les relations avec la Russie ne sont pas rompues. Alors que la guerre en Ukraine change de nature, analyse le géopolitologue Jean-Baptiste Noé, cette visite est un signal important dans les tentatives de sorties de crise face à un conflit qui s’éternise. 

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C’est une visite historique. Le secrétaire du Saint-Siège pour les Relations avec les États, Mgr Paul Richard Gallagher, est à Moscou du 24 au 28 août pour rencontrer ses homologues russes : Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères, et le métropolite Antonij Sevriuk, qui dirige le département des affaires extérieures du Patriarcat de Moscou. Il s’agit de sa première visite à Moscou depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, la dernière remontant à novembre 2021. Le prélat britannique est le plus haut dignitaire du Vatican à réaliser une visite officielle en Russie depuis mars 2022. Preuve que la diplomatie poursuit sa voie souterraine et patiente et que les liens du dialogue ne sont pas rompus.   

Défendre la liberté

Il y a un an et demi, Vladimir Poutine avait balayé d’un revers de main la diplomatie vaticane du nouveau pape Léon XIV qui, contrairement à son prédécesseur, s’était montré beaucoup plus ferme à l’égard de la Russie. Les portes s’étaient alors fermées, mais, à force de patience, elles ont fini par se rouvrir. La mission de Mgr Gallagher doit aborder plusieurs points et notamment l’épineux dossier de la liberté religieuse. Moscou a toujours vu avec beaucoup de suspicion la présence de catholiques sur son territoire. Il fallut l’opiniâtreté de Jean Paul II pour pouvoir ériger des diocèses, mais aucune visite pontificale ne fut possible. La plupart des catholiques vivant en Russie sont des immigrés : des Polonais, des cadres européens expatriés, des Asiatiques. Si la foi catholique est tolérée, elle est encadrée et bornée. La guerre de 2022 n’a rien arrangé à une situation déjà tendue, les catholiques étant perçus comme de potentiels ennemis de l’étranger. 

Bombardements de nuit, usage massif de drone pour attaquer des bus, des écoles et des immeubles, la Russie s’est engagée dans une guerre de terreur afin de faire craquer la population.

Mais le cas le plus douloureux est celui des grec-catholiques ukrainiens vivant dans les territoires sous occupation de l’armée russe. La Russie les a toujours considérés comme des traîtres à réintégrer dans le patriarcat de Moscou. Dans la vision russe, ce sont des orthodoxes qui se sont séparés de Moscou pour rejoindre Rome. Alors qu’eux-mêmes se considèrent comme n’ayant jamais été inféodés à Moscou. D’où leur rejet du terme « uniate », pour celui de grec-catholiques. C'est-à-dire des catholiques dont la liturgie et la culture sont grecques. Persécutés sous les tsars et les Soviétiques, ils le sont dorénavant dans les zones de l’est ukrainien sous contrôle russe. Les églises sont attaquées et occupées, les prêtres expulsés, les fidèles molestés. Ce respect de la liberté religieuse est l’un des dossiers brûlants entre Rome et Moscou. 

La morale de la guerre

L’autre dossier concerne le respect de la morale de la guerre. Si le conflit évolue peu sur le front, avec de légères avancées russes à l’est, il évolue beaucoup dans sa nature. La stratégie russe consiste à bombarder et attaquer les civils, y compris à Kiev et à Lviv, afin de briser le moral et la résistance de l’arrière. Bombardements de nuit, usage massif de drone pour attaquer des bus, des écoles et des immeubles, la Russie s’est engagée dans une guerre de terreur afin de faire craquer la population. Les résultats sont là : juillet 2026 a été le mois le plus meurtrier pour les civils depuis mars 2022. Et avant lui, c’est juin 2026 qui avait vu le plus de civils tués et blessés. La guerre se déplace ainsi des militaires vers les civils, de la ligne de front à la "kill zone" vers les villes. L’usure psychologique est de plus en plus grande face aux nuits dans les abris anti-aériens, face aux destructions et aux morts. Ce ciblage délibéré des civils est caractéristique de crimes de guerre. À quoi s’ajoute un autre problème moral avec l’usage des drones. 

La diplomatie ne consiste pas seulement à dialoguer d’État à État, mais aussi à pouvoir rétablir un dialogue au sein des populations détruites par la guerre.

Les pilotes de drone voient les cibles humaines qu’ils visent, grâce aux caméras de leurs appareils. Ils voient leur visage, leur regard, tout en menant des chasses à l’homme délibérées contre les populations sans défense. Outre les morts causées par les drones, ce type de guerre génère de très fortes perturbations psychologiques chez les dronistes eux-mêmes. En Ukraine, où les conducteurs de drones visent les soldats russes, on recense chez eux de plus en plus de troubles psychiatriques, avec les conséquences socialement néfastes que cela engendre : dépression, alcoolisme, violence conjugale, suicide.

Le drone ne tue pas seulement ceux qui sont visés, ils tuent aussi ceux qui les pilotent et qui finissent par connaître des troubles psychiatriques à force de donner la mort. Ces maladies psychiques déchirent les familles, les enfants et les femmes en subissant les conséquences liées à la violence. Et donc, face à cela, c’est tout le tissu social qui est déchiré. La guerre n’est pas encore finie que se dessine le chantier titanesque qu’il faudra gérer une fois les combats arrêtés, celui du soin et de la réinsertion sociale de ces soldats et pilotes de drones psychologiquement détruits. Et, avec eux, leurs familles et leurs proches. 

Le dialogue entre les populations

Dans cette dimension morale et sociale de la guerre, l’Église a toute sa part à jouer. D’une part dans les négociations et les institutions internationales, pour placer la moralité au centre des débats et des discussions, ensuite en Ukraine et dans les autres pays en guerre, avec l’accompagnement des blessés et des familles, que ce soit à travers les hôpitaux ou les associations qui s’occupent des blessés. La diplomatie ne consiste pas seulement à dialoguer d’État à État, mais aussi à pouvoir rétablir un dialogue au sein des populations détruites par la guerre.