Aller au contenu principal

Une quarantaine de morts après une attaque de gangs dans une église

5 min de lecture
Street fire in suburb of Port-au-Prince

Crédit : CLARENS SIFFROY | AFP

Incendie dans une rue de la banlieue de Port-au-Prince.

Un camp de déplacés installé dans une église a été pris pour cible près de Port-au-Prince en Haïti, dans la nuit du 23 au 24 août. Une quarantaine de personnes ont été tuées, tandis que plusieurs dizaines d’autres ont été blessées et enlevées.

Partager sur :

Des membres de gangs armés ont semé la terreur dans la nuit du dimanche 23 au lundi 24 août à Kenscoff, dans les hauteurs de Port-au-Prince, la capitale haïtienne. L’attaque a été menée contre un camp de déplacés installé dans une église, a indiqué à l’AFP ce 24 août le maire de la commune, Massillon Jean. "Nous avons dénombré une quarantaine de cadavres. Les recherches se poursuivent. Certaines personnes sont toujours portées disparues", a-t-il déclaré, évoquant "une nuit de terreur".

Les assaillants "ont fait une incursion dans un camp de déplacés situé dans une église. Ils ont exécuté plusieurs personnes. On recense des morts et des dizaines de blessés. Certaines personnes ont été enlevées", a précisé l’édile. Une attaque qui illustre une nouvelle fois la vulnérabilité des milliers de personnes contraintes de fuir leur domicile face aux violences des gangs.

Face à cette nouvelle flambée de violence, le bureau du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a fait part, dans un communiqué, de sa "profonde compassion" envers les victimes et leurs familles, et a annoncé le déploiement de renforts afin de rétablir la sécurité dans la zone.

Une violence qui pousse des milliers d’Haïtiens à fuir

Cette nouvelle attaque survient alors que Kenscoff est depuis plusieurs mois le théâtre d’affrontements entre groupes armés cherchant à étendre leur emprise dans la région. Située à flanc de colline et surplombant Port-au-Prince, cette commune d’environ 50.000 habitants est régulièrement en proie aux violences depuis deux ans.

Ces violences entraînent des déplacements massifs de population. Selon une estimation de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) publiée en juin 2026, près de 1,5 million de personnes ont été déplacées en Haïti en raison des violences, sur une population d’environ 11 millions d’habitants.

La crise ne se limite d’ailleurs pas à la capitale. Les violences ont également provoqué d’importants déplacements dans d’autres régions du pays. En juillet 2026, l’agence Fides rapportait ainsi que plus de 2.600 personnes avaient été déplacées dans le département de l’Artibonite, dans le nord-ouest du pays, à la suite d’affrontements entre groupes armés. Dans le département de l’Ouest, la reprise des affrontements à Cité Soleil en juin, avait également provoqué le déplacement de plus de 5.000 personnes, selon l’OIM.

Ces chiffres s’ajoutent à ceux déjà enregistrés au cours des derniers mois. Près de 8.000 personnes avaient déjà fui les violents affrontements qui avaient secoué les quartiers nord de Port-au-Prince, dont Cité Soleil, en mars et avril. En mai, quelque 5.300 personnes avaient également été déplacées en seulement trois jours à la suite de nouveaux affrontements, selon l’OIM.

"L’Église étant la seule structure politique qui demeure, si elle est attaquée, c’est le dernier pilier d’Haïti qui s’effondrera."

Ainsi, la situation s’est considérablement dégradée ces dernières années dans ce pays, confronté depuis longtemps à une crise politique, économique et sécuritaire. Les gangs armés y multiplient les meurtres, enlèvements, viols et recrutements d’enfants, tandis que les forces de police peinent à reprendre le contrôle des territoires. Une Force de répression des gangs (FRG), soutenue par l’ONU, doit progressivement être mise en place pour venir en renfort des forces de sécurité haïtiennes a annoncé l'AFP. Elle devrait, à terme, compter 5.500 policiers et militaires étrangers. Le nombre déjà déployé n’est pas connu.

"Choisir la vie, la responsabilité et l’espoir"

Face à cette violence, l’Église catholique demeure elle aussi particulièrement exposée. Ces dernières années, prêtres, religieuses et religieux ont été victimes de plusieurs d’enlèvements. En février 2023, le père Antoine avait ainsi été enlevé par un gang armé avant de parvenir à s’échapper. Un mois plus tard, le père Jean-Yves était à son tour kidnappé. En janvier 2024, six religieuses, puis six frères du Sacré-Cœur devenaient otages. Ces enlèvements à répétition témoignent "d’une absence totale de morale de la part des gangs, qui s’attaquent à toute personne susceptible de leur rapporter de l’argent", écrivait sur Aleteia  le géopoliticien Jean-Baptiste Noé. "L’Église étant la seule structure politique qui demeure, si elle est attaquée, c’est le dernier pilier d’Haïti qui s’effondrera."

Au-delà des attaques dont ses membres sont régulièrement victimes, l’Église cherche à porter un message d’espérance auprès de la population haïtienne. Dans une lettre adressée en janvier 2026 à Laurent Saint-Cyr, président pro tempore et coordinateur du Conseil présidentiel de transition (CPT), Mgr Dumas, évêque haïtien, revenait sur les blessures qu’il avait lui-même subies lors d’une explosion survenue en 2025 dans la maison qui l’hébergeait durant son séjour à Port-au-Prince. Rapportée par l’agence Fides fin janvier 2026, sa lettre établissait un parallèle entre cette épreuve et les "cicatrices" laissées en Haïti par les divisions internes et la violence. Se disant lui-même relevé grâce à sa foi, le prélat affirmait alors sa conviction qu’Haïti "renaîtrait" et réitérait sa volonté de soutenir le pays par la prière et l’encouragement moral, appelant les Haïtiens à choisir "la vie, la responsabilité et l’espoir".