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Des familles et enseignants tentent de s’affranchir des outils numériques

5 min de lecture
Portable à l'école, la grande incohérence

Crédit : Thibaut Durand / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Alors que la rentrée approche, des parents et enseignants se mobilisent dans plusieurs établissements pour permettre aux jeunes de se déconnecter après l'école, malgré des outils numériques toujours plus présents.

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Pour eux, l'interdiction du portable au lycée est un bon début mais reste insuffisante. Soucieux de protéger les adolescents des écrans, des parents et enseignants tentent de se passer des outils numériques devenus omniprésents dans la vie des établissements et de privilégier le papier et les échanges de vive voix.

À la rentrée, Sophie C. n'activera pas son espace numérique de travail (ENT)- comme Pronote ou École directe, permettant les échanges entre parents, enseignants et élèves et où sont consignés notes et devoirs - ni celui de son fils, qui entame sa 5e dans un collège privé des Pyrénées-Atlantiques. Ancienne membre du Collectif de lutte contre l'invasion numérique de l'école, elle rappelle qu'Internet et un ordinateur, qui ont un coût, "ne sont pas des fournitures scolaires". "Je ne supporte pas les injonctions paradoxales des réunions de rentrée. On nous dit qu'il y a une responsabilisation des familles sur les écrans. Et à côté de ça, on voudrait que nos enfants le soir, en rentrant, la première chose qu'ils fassent, ce soit de se connecter", résume-t-elle auprès de l'AFP. Sa décision soulage son fils, qui n'a pas de smartphone. "Ça enlève beaucoup de stress, parce que la moyenne est calculée en permanence" sur ces plateformes, raconte Ioan. Il attendra les bulletins trimestriels.

En 2025, Élisabeth Borne avait annoncé un "droit à la déconnexion", promettant d'"arrêter les mises à jour" de "20H00 à 07H00 la semaine et le weekend". Mais des voix s'élèvent pour un droit "à la non connexion des élèves", constatant qu'il est impossible de vérifier que, une fois sur Internet pour un devoir, ils ne consultent pas d'autres sites. "Les frontières entre usages pédagogiques et récréatifs sont très floues", souligne Yves Marry, de l'association Lève les yeux, qui publie en septembre "Qui se cache derrière tes écrans" (éd. Seuil jeunesse).

"Culture de l'immédiateté"

Faire valoir ce fonctionnement, est "un véritable combat", rapporte Isabelle Curien-Barrès, confortée dans sa démarche par les récentes fuites de données de fichiers du ministère de l’Éducation nationale. Cet été, avec son association Présent simple, elle a lancé une campagne - sur Internet - pour que "les familles s'affranchissent, si elles le souhaitent, de ces logiciels dont les effets collatéraux sont loin d'être anodins". Quitte à passer à côté de certaines informations.

"Utiliser l'ENT n'est absolument pas une obligation légale", souligne-t-elle, tout en reconnaissant qu'un tel boycott peut créer des conflits avec certains professeurs. Parmi ses motivations: sortir de "la culture de l'immédiateté" et éviter les conflits familiaux sur l'usage des écrans, alors que des études ont pointé les effets néfastes notamment des réseaux sociaux sur la concentration et la santé mentale. L'interdiction du portable à la rentrée au lycée est "un bon début", mais insuffisant selon elle.

Chez les enseignants, quelques initiatives naissent aussi. Blandine Coudert, professeure d'histoire-géographie dans un établissement privé sous contrat à Tours, a observé, "avec la pandémie de Covid, une numérisation très rapide, des pratiques pédagogiques" - certaines collectivités fournissent ordinateurs ou tablettes, et des manuels scolaires ont été remplacés par des versions numériques.

Mais depuis 2024, elle a rejoint le collectif Éducation numérique raisonnée, qui regroupe quelques dizaines d'enseignants. Elle privilégie l'agenda papier et a supprimé les vidéos de ses cours. "On n'est pas du tout technophobe. Mais d'un point de vue pédagogique, est-ce que ça a un intérêt de faire un quizz en ligne, plutôt que sur du papier?", relève-t-elle.

Selon les membres de l'association, les ENT sont source de désorganisation: les élèves se déresponsabilisent, négligent la prise de notes, et stressent de manquer un devoir rajouté en ligne la veille au soir.

Au collège public François Villon, en zone d'éducation prioritaire à Paris, la direction a mis en place une "charte du bien être numérique", qui stipule que "la possession d'un smartphone est inutile pour la scolarité". Les comptes Pronote des élèves sont supprimés progressivement. "Beaucoup de parents ont trouvé ça très rassurant", affirme l'enseignante d'histoire-géographie Clémence Habbaba. Comme ses collègues, elle "privilégie plutôt le rendez-vous en personne", et n'utilise qu'un carnet de liaison-agenda papier avec les élèves. Selon elle, "il faut réfléchir à ce qui est bien pour nos enfants : est-ce faire quelque chose de pratique ou quelque chose qui les éduque et les rend autonomes ?"