Pour sortir de l’addiction à l’immédiateté et à la tyrannie de l’instant, rien ne vaut le regard du cavalier, conseil notre chroniqueur Jean-Étienne Rime. Comme le cheval, il regarde au-delà de l’obstacle pour choisir la bonne direction.
L’équitation est une école de vie. Parmi ses grands principes, le cavalier doit porter son regard au loin comme le fait son cheval pour anticiper et prévoir la direction. Notre siècle est peu cavalier, nos yeux se fixent sur l’instant et l’immédiat présent. Pourtant, anticiper et choisir un avenir proche ou plus lointain doit permettre de vivre mieux à la fois l’instant présent et l’inéluctable lendemain.
Tout, tout de suite
Notre regard se pose sur le présent, un œil sur le smartphone, un autre sur la montre pour agir, réagir ou s’occuper l’esprit ; nous vivons dans l’instantanéité. Plus, nous voulons tout, tout de suite et c’est tellement facile. Hier, pour apprendre un fait nouveau, il fallait consulter un dictionnaire ou une encyclopédie, aujourd’hui, en trois clics, l’information s’impose et d’ailleurs s’oublie aussi vite. L’intelligence artificielle est devenue un accélérateur de cette instantanéité ; elle raisonne pour nous, résout une question de droit, prépare un voyage, rédige l’exposé de l’enfant et la dissertation de l’étudiant. Tout, tout de suite. Où se trouve notre libre arbitre, notre capacité à choisir, à penser, à imaginer ?
Là où le présent fait oublier le passé, la nostalgie est génératrice de pensée. L’expérience des anciens, la force et la culture qu’ils nous ont laissé en héritage est un trésor vivant. On l’ignore, on l’omet, mais si l’histoire ne se répète pas, elle est riche, elle notre terreau fertile sur lequel nous grandissons.
Choisir une direction
Le présent est si prenant que l’on oublie de construire notre avenir. Au seuil de cette rentrée, arrêtons-nous un instant, choisissons un temps pour nous assoir et penser à ce que nous voulons pour demain, pour l’année à venir, pour les trois ans qui s’annoncent. Que voulons-nous faire, devenir, donner, partager, échanger, construire, imaginer, réaliser ? Comment souhaitons-nous grandir en aidant les autres à grandir ? Certes, on ne se fait pas un plan de vie comme un plan de carrière : tant d’aléas familiaux, professionnels, personnels, conjoncturels ne nous permettent pas et heureusement de prévoir l’avenir, mais cela n’empêche pas d’avoir une ligne, de choisir une direction.
Comme nous sommes tous appelés à devenir des saints, nous savons que le sens profond de la vie est bien au-delà de l’instant.
Il s’agit d’un exercice trop souvent oublié et pourtant indispensable. Nous avons devant nous des décennies ou des années à vivre, selon nos âges : devons-nous les subir en devenant prisonniers de l’instant présent, de cet appareil qui nous diffuse des messages comme les vagues à marée montante et qui sont aussi éphémères et la plupart du temps inutiles ?
Sortir de l’addiction
La méthode pour s’extirper de ce qu’il faut appeler une addiction est assez simple et demande un peu de rigueur. Le premier stade passe par l’ennui : pas d’information, pas d’appareil qui sonne ou qui vibre et l’on ne fait rien, vraiment rien. C’est alors qu’il se passe quelque chose d’étonnant et de peu habituel pour l’esprit pressé de notre siècle : l’être devenu pensant regarde devant et relativise l’instant présent. Courir, suivre telle ou telle information, participer à telle ou telle manifestation, une rencontre ou une fête prend un sens relatif : est-ce essentiel ? Le regard devient alors plus perçant devant pour détecter les lignes de fuites de notre vie et choisir le sens profond, la direction, les choix pour mieux vivre dans une famille, dans son travail, dans la société. Cela s’appelle la stratégie, ce que les gouvernements, les groupes et les entreprises, les mouvements divers devraient construire avant d’agir : on l’on va, avec qui, pourquoi, pour atteindre quel but ? Car il en va des gouvernements comme des individus, pour lesquels le "courtermisme" (horrible expression) devient la règle : il faut satisfaire l’électeur comme soi-même, tout de suite sans regarder plus loin.
Sortir de cet engrenage, qui est un véritable poison, devient une libération, celle de l’esprit et de l’âme. Comme nous sommes tous appelés à devenir des saints, nous savons que le sens profond de la vie est bien au-delà de l’instant : travaillons à l’avènement du Royaume, aspirons à l’éternité !











