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À Malte, Dieu témoin de nos tempêtes avec les ex-voto

8 min de lecture
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Crédit : Marinella Bandini | ALETEIA

Le sanctuaire de Mellieħa est depuis longtemps un lieu de pèlerinage, où les croyants laissent des ex-voto en remerciement de grâces reçues par l'intercession de Notre-Dame.

Des marins naufragés aux survivants de la peste, les offrandes votives des sanctuaires maltais comptent parmi les archives les plus riches de la foi vécue en Méditerranée.

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Un petit morceau de toile accroché à un mur d'église. Une peinture représentant un navire pris dans la tempête. Un cœur en argent suspendu à une grille. À Malte, ces objets sont partout — et chacun d'eux raconte une histoire de vie sauvée. Les ex-voto sont des offrandes humbles mais éloquentes, que l'on trouve dans les sanctuaires et les églises. Témoignages de miracles, de protection providentielle et de remerciement, chacun porte en lui l'histoire d'une grâce reçue.

L'offrande votive est, par essence, une forme tangible de gratitude envers Dieu intervenu dans une situation de crise. Cette relation personnelle entre Dieu et l'homme est au cœur du christianisme, où Dieu se fait homme pour sauver l'humanité. Les ex-voto ne s'adressent pas seulement à celui qui a formulé le vœu ou reçu la grâce : ils sont aussi un témoignage pour les visiteurs et les générations à venir de l'intervention divine en leur faveur.

La tradition du vœu est ancienne à Malte. Comme en témoignent les civilisations grecque, égyptienne et mésopotamienne, elle remonte ici à l'ère des temples néolithiques. Des inscriptions archéologiques prouvent que des objets étaient déjà offerts en vœu aux dieux. Les représentations homériques montrent elles aussi des divinités secourant les hommes dans leurs épreuves. Au Moyen Age, les peintures votives s'imposèrent comme la forme de remerciement la plus répandue, notamment dans les communautés maritimes, où marins et marchands se trouvaient souvent en péril sur les flots.

Des offrandes de toutes formes

Dans les églises et sanctuaires de l'archipel maltais, les ex-voto se déclinent sous de multiples formes. Il existe même des églises entières construites pour honorer un vœu : l'édifice lui-même devient alors ex-voto. C'est le cas de la chapelle dédiée à la Madone à Wied Speranza à Mosta, ou encore de l'église Sarria de l'Immaculée Conception, bâtie par l'Ordre de Malte. Mais les formes les plus courantes restent les peintures, suivies des représentations métalliques de parties du corps, des vêtements de nourrissons, d'objets médicaux (béquilles, plâtres...), de morceaux de voiles et de cordages, de dons en argent ou en or, ainsi que de cire et d'huile pour les lampes.

À ce jour, aucune peinture votive plus ancienne que celles de Naples, à la Madonna dell'Arco (XVIe siècle), n'avait été identifiée. Comme dans les autres pays méditerranéens de tradition chrétienne, l'histoire religieuse non écrite de Malte est préservée dans de nombreuses églises, sous forme de peintures illustrant les grâces accordées et les dévotions populaires. En règle générale, ces tableaux représentent des événements miraculeux ayant permis la survie du commanditaire. Beaucoup portent l'inscription latine VFGA — Votum Fecit, Gratiam Accepit ("J'ai fait le vœu et j'ai reçu la grâce"), témoignant de vies transformées par la foi.

Un tableau représentant le sanctuaire Notre-Dame de Bonne-Espérance, niché dans une vallée à Mosta.

Les premières peintures votives napolitaines étaient réalisées sur bois, tandis qu'à Malte on privilégiait la toile, ce qui a contribué à une meilleure conservation de ces trésors. La plus ancienne peinture votive maltaise identifiée, dans un article de A. Cuschieri et J. Muscat, remonte à 1631. Elle appartient à la collection du musée de l'église paroissiale Notre-Dame-des-Grâces de Zabbar. Les chercheurs n'excluent pas l'existence de peintures plus anciennes encore, mais des investigations supplémentaires sont nécessaires, la datation dans ce domaine étant particulièrement complexe. Le sanctuaire de Zabbar, à lui seul, renferme de nombreuses peintures votives, dont beaucoup évoquent des sauvetages miraculeux en mer, des navires pris dans de violentes tempêtes et sauvés après de ferventes prières à la Vierge Marie.

La dévotion mariale et la puissance de l’espérance

Les peintures et les églises rendant grâce à la Madone sont bien plus nombreuses que celles dédiées aux autres saints. De nombreux sanctuaires — Notre-Dame de Mellieha, Notre-Dame de la Miséricorde à Qrendi, ou encore le Sanctuaire national de Ta' Pinu à Gozo — en regorgent. Ils témoignent de la confiance profonde que les Maltais ont toujours placée en la Vierge Marie, en particulier dans les moments difficiles : épreuves personnelles, drames collectifs, calamités nationales.

Certaines peintures peuvent paraître naïves dans leur facture. Elles n'en sont pas moins des témoignages impérissables de la dévotion mariale à Malte à travers les siècles. D'autres, en revanche, portent la signature de grands maîtres. C'est notamment le cas du tableau conservé dans la chapelle de l'Immaculée Conception de Sarria, attribué à Mattia Preti, que l'Ordre de Malte avait chargé de concevoir l'église et de la décorer en action de grâces pour la fin de l'épidémie de peste. Il s'agit de la seule église conçue par Preti, qui en fait un écrin de ses chefs-d'oeuvre. On peut également citer une oeuvre d'Anton Inglott à la Madonna tal-Hlas de Qormi.

The Sanctuary of Madonna Tal-Ħerba in Birkirkara
Ex-voto au sanctuaire de Madonna Tal-Ħerba à Birkirkara, Malte.

Par ailleurs, de nombreux ex-voto étaient réalisés par les Madonnari, artistes spécialisés dans la peinture votive. Même si leur talent n'égalait pas celui de Preti ou d'Inglott, ils excellaient à transcrire fidèlement les intentions des commanditaires et à perpétuer le souvenir des grâces reçues, selon des techniques partagées avec Venise, Naples et d'autres foyers de la Méditerranée.

Le Sanctuaire de l'Assomption de Taz-Zellieqa à Gharghhur doit lui aussi son origine à une guérison miraculeuse. Selon la tradition, en 1560, la Vierge Marie serait apparue à une jeune femme malade et l'aurait guérie. En signe de reconnaissance, celle-ci fit construire une chapelle dédiée à l'Assomption. Reconstruite en 1650, elle conserve toute sa signification spirituelle et continue d'attirer des fidèles qui y amènent encore aujourd'hui leurs enfants pour les faire bénir.

Dans la vallée de Mosta, non loin de la majestueuse basilique Rotonde de l'Assomption, se niche le Sanctuaire de Notre-Dame de la Bonne Espérance. Cette petite église fut bâtie au-dessus d'une grotte où une jeune femme s'était cachée pour échapper aux pirates au XVIIIe siècle. Sauvée par ce qu'elle attribuait à l'intercession de Marie, elle accomplit son voeu en y faisant construire ce lieu de culte. Le sanctuaire abrite aujourd'hui une statue de la jeune femme ainsi que les ex-voto laissés par des pèlerins qui créditent Marie de guérisons et de protections.

Une tradition aussi ancienne que l’identité chrétienne de Malte

Au-delà de leur évidente signification spirituelle, les ex-voto constituent un véritable patrimoine national. Chaque tableau raconte une histoire unique, mais recèle aussi des détails introuvables dans aucun autre document écrit ou archive. Les peintures maritimes offrent ainsi un inventaire extraordinaire des différents types de navires qui sillonnaient la Méditerranée au fil des siècles. Le musée de Zabbar détient notamment la plus grande collection connue de représentations de galères de la flotte de l'Ordre de Malte.

Les ex-voto dévoilent également les types de voilures, les gréements et les armements navals d'autrefois. Ceux qui évoquent des guérisons nous renseignent précieusement sur l'intérieur des maisons maltaises à travers les âges. Ces peintures sont des capsules temporelles représentant des paysages de l'archipel qui ont aujourd'hui disparu. La collection maltaise est inestimable, incomparable en quantité comme en qualité dans toute la Méditerranée.

Du passé au présent : la continuité de la foi

Si les matériaux ont évolué avec le temps, la tradition des ex-voto reste bien vivante. Aux peintures et aux coeurs en argent d'autrefois s'ajoutent désormais des photographies, des coupures de presse, des prothèses, voire des témoignages numériques. Le Sanctuaire de Ta' Pinu à Gozo et d'autres lieux saints continuent de recevoir des ex-voto de personnes ayant vécu des guérisons extraordinaires. À Zabbar, par exemple, de nouveaux ex-voto maritimes sont encore déposés par des marins rescapés de tempêtes.

L'un des plus récents, offert en 2012, raconte l'histoire de Carmen Axiaq, dont le mari Mario avait disparu en mer. À force de prières ferventes, elle avait demandé son retour, promettant une offrande s'il survivait. Contre toute attente, Mario fut retrouvé sain et sauf. Carmen accomplit alors son voeu en faisant réaliser une peinture votive, perpétuant ainsi une tradition séculaire de foi renouvelée.

Une invitation à marcher dans la foi

À travers les ex-voto, on comprend que l'espérance n'est jamais passive : elle est une force vive qui transforme les cœurs, nourrit la gratitude et fortifie la foi. Que ce soit dans les suppliques peintes d'un marin perdu en mer, dans les médailles d'argent d'une mère dont l'enfant a été guéri, ou dans les grandes églises construites en action de grâces, ces offrandes nous rappellent que Dieu est proche, personnel, attentif, toujours prêt à exaucer nos prières.

En partenariat avec VisitMalta