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Un prêtre, un soldat mourant et une photo entrée dans l’histoire

4 min de lecture
VENEZUELA

Crédit : Cortesía

Prise le 2 juin 1962 pendant une insurrection à Puerto Cabello, au Venezuela, cette photo montre le père Luis María Padilla portant secours à un soldat mortellement blessé. Son auteur, Héctor Rondón Lovera, recevra pour ce cliché le World Press Photo en 1962 puis le prix Pulitzer en 1963.

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2 juin 1962, à l’aube. À Puerto Cabello, ville portuaire du Venezuela, le silence est soudain déchiré par les tirs et les explosions de grenades. Une insurrection civilo-militaire, connue sous le nom de « Porteñazo », vient d’éclater contre le gouvernement du président Rómulo Betancourt. Les combats sont d’une extrême violence : ils feront plus de 400 morts et 700 blessés, tandis que plus d’un millier de personnes seront arrêtées.

Au milieu de ce chaos, alors que chacun cherche à se mettre à l’abri, deux hommes vont au contraire s’approcher du danger. Le premier s’appelle Héctor Rondón Lovera. Photographe pour le quotidien La República, il est né à Bruzual en 1933. Avant de se consacrer à la photographie, il a exercé plusieurs métiers : chauffeur de taxi, plombier, mais aussi joueur de baseball dans les ligues mineures.

Ce jour-là, malgré l’interdiction faite à la presse d’entrer dans la zone des combats, Héctor Rondón s’avance jusqu’au cœur des affrontements. À l’abri précaire de l’entrée d’une boutique du quartier de La Alcantarilla, il n’a pour seule « arme » qu’un appareil Leica. Pendant une trentaine de minutes, sous les tirs croisés et alors que des soldats tombent autour de lui, il photographie la bataille.

Une soutane noire au milieu des tirs

Après le retrait des blindés apparaît soudain une silhouette en soutane noire qui avance dans la rue, malgré la présence de tireurs embusqués dans les maisons. Il s’agit du père Luis María Padilla, aumônier de la base navale de Puerto Cabello et curé de Borburata.

Né à Montalbán en 1902, le prêtre s’approche d’un soldat grièvement blessé, étendu sur la chaussée. Le jeune homme tente de relever la tête et appelle le prêtre à l’aide. Le père Padilla s’avance vers lui et tente de le soutenir dans ses bras. À cet instant, une nouvelle rafale de mitrailleuse atteint le soldat. Malgré les tirs, le prêtre reste auprès de lui. Il tient le jeune homme mourant dans ses bras et lui donne l’extrême-onction. Le soldat rend son dernier souffle. À quelques mètres de là, Héctor Rondón déclenche son Leica et immortalise la scène.

Une photographie devenue historique

La photographie sera connue dans le monde entier sous le titre La ayuda del padre, "L’aide du prêtre". Envoyée à la rédaction de La República, puis diffusée internationalement par Associated Press, elle frappe par le contraste entre la violence des combats et le geste du prêtre auprès du soldat blessé.

Cette photographie vaudra à Héctor Rondón Lovera deux des plus prestigieuses distinctions du photojournalisme : le World Press Photo en 1962, puis le prix Pulitzer en 1963. Il devient ainsi le premier Vénézuélien et le premier Latino-Américain à obtenir ces deux récompenses.

Plus de quarante ans plus tard, en 2005, l’image est à nouveau mise à l’honneur aux Pays-Bas : le service postal néerlandais l’utilise sur des timbres commémoratifs édités à l’occasion de l’anniversaire de la création du World Press Photo. Héctor Rondón est mort en 1984 et Mgr Luis María Padilla en 1985. La photographie prise ce 2 juin 1962 à Puerto Cabello demeure, elle, l’un des témoignages les plus célèbres de ces journées sanglantes : celui d’un prêtre resté auprès d’un homme mourant au cœur des combats.