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Orly, l’aéroport des papes en France

5 min de lecture
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Crédit : Shutterstock I Benjamin_Barbe

Aéroport d'Orly.

Pour son premier voyage en France, Léon XIV atterrira à Orly, un aéroport qui a vu passer plusieurs de ses prédécesseurs. Le géopolitologue Jean-Baptiste Noé montre comment le choix des lieux qui accueillent les papes marque la géographie de nos villes.

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Selon la coutume, lorsqu’un pape se déplace à l’étranger, il effectue le voyage aller à bord de la compagnie italienne (aujourd'hui ITA-Airways) et le vol retour dans la compagnie nationale du pays visité. C’est ainsi Air France qui assurera les vols de Léon XIV entre Paris, Lourdes, Metz et Rome. Lorsque François était venu à Ajaccio, c’est Air Corsica qui s’était chargée du transport. Pour garder la mémoire de cette visite historique, la compagnie corse a conservé le blason du pape sur l’avion qui a servi au voyage. Mais pour cette visite du pape Léon en France continentale, c’est bien Air France qui se chargera des vols, avec là aussi un avion spécial aménagé pour l’occasion. 

Orly fut la grande base d’Air France depuis la création de la compagnie aérienne (1933), mais cette dernière a effectué un ultime vol commercial en mars dernier, pour recentrer ses activités sur Roissy Charles-de-Gaulle, laissant à sa filiale Transavia les vols d’Orly. La venue de Léon XIV fera donc du 26 septembre 2026 le dernier vol officiel d’Air France depuis Orly. Un vol exceptionnel et non pas commercial, mais qui sera un moment historique dans l’histoire de la compagnie et de l’aviation française, puisque ce sera le dernier décollage d’un avion Air France depuis Orly. 

Orly : la porte des chefs d’État

Orly s’est imposé dès les années 1960 comme l’aéroport de réception des chefs d’État, avec notamment la création d’un pavillon d’honneur. Une tradition qui s’est maintenue même après l’ouverture de Roissy, notamment parce que cet aéroport est plus proche de Paris. C’est donc tout logiquement que les papes venus en France ont atterri à Orly. 

Léon XIV partira donc d’Orly pour rejoindre l’aéroport de Tarbes-Lourdes. Avant lui, le trajet fut réalisé par Benoît XVI (2008). Orly a vu quatre voyages pontificaux : Léon XIV et Benoît XVI ainsi que Jean Paul II en 1980 pour sa première visite en France et en 1997 pour les JMJ. L’aéroport francilien est à égalité avec celui de Tarbes-Lourdes, qui a vu lui aussi passer quatre fois les papes : Jean Paul II en 1983 et 2004, et donc Benoît XVI et Léon XIV. 

Un berceau de l’aviation mondiale

Le choix d’Orly n’est pas neutre, puisque ce plateau est l’un des berceaux de l’aviation mondiale. Un premier aéroport y a été construit en 1909, sans cesse agrandi et développé depuis, de l’aviation militaire à l’aviation civile. Orly est aujourd'hui le deuxième aéroport français derrière Roissy et l’un des principaux aéroports d’Europe. Son histoire a donc aussi une page avec l’histoire moderne de la papauté. Un autre aéroport fut le lieu d’un événement historique, celui du Bourget, qui fut choisi pour accueillir la première messe publique de Jean Paul II en France. Le site répondait à deux exigences : proche de Paris et disposant d’un espace suffisamment grand pour accueillir la foule des fidèles. Le Bourget reste un moment fondateur et essentiel de l’histoire du catholicisme français contemporain.

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Jean Paul II au Bourget, juin 1980.

Les différents voyages des papes en France dessinent ainsi une topographie particulière. Si l’on met à part les sites religieux, cathédrales et sanctuaires, il y a toute une géographie profane dont l’usage fut consacré à des événements religieux. Outre Le Bourget, ce sont, à Paris, la pelouse de Longchamp (JMJ, 1997) et l’esplanade des Invalides (Benoît XVI, 2008) qui ont accueilli les messes papales. En 2026, ce seront à la place de la Concorde et aux Champs-Élysées pour Léon XIV. À Ajaccio, c’est une autre place qui fut choisie, celle du Casone, la plus grande de la ville. À ces lieux profanes devenus lieux religieux le temps d’une messe s’ajoutent les stades : le Parc des Princes, qui a accueilli la veillée de prière avec Jean Paul II en 1980, et qui a donné au pape polonais l’idée d’une réunion régulière de la jeunesse face au succès rencontré par cette soirée ; le stade Vélodrome à Marseille, où François célébra la messe en 2023 ; le Stade de France où Léon XIV présidera la veillée de prière. 

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Benoît XVI célébrant la messe sur l'esplanade des Invalides, 13 septembre 2008.

La trace pontificale

Ces lieux n’ont rien d’anodin. Outre qu’ils permettent d’accueillir de grandes foules en respectant les normes de sécurité nécessaires, ils marquent les souvenirs et les paysages urbains et ancrent ainsi la trace pontificale dans la mémoire des bâtiments, des villes et des rues. Cette géographie urbaine pontificale rend visibles le Pape et l’Église, y compris auprès de ceux qui sont éloignés de la foi. Jean Paul II descendant une partie des Champs-Élysées jusqu’à la place de la Concorde, François effectuant un trajet dans les rues de Marseille, Léon XIV rejoignant Notre-Dame de Paris en voiture, contribuent à mettre la visite pontificale au cœur de la ville. Et ainsi, d’inscrire l’histoire pontificale dans notre géographie.