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Dale Recinella, de Wall Street au couloir des condamnés à mort

Ancien avocat d’affaires à Wall Street, Dale Recinella a troqué les bureaux de la finance pour le couloir de la mort, en Floride. Depuis près de 30 ans, il accompagne des hommes et des femmes condamnés à l’exécution, au nom d’une conviction forgée par sa propre conversion : nul n’est jamais réduit à ses fautes.

6 min de lecture

Source: Avec l'autorisation de Dale Recinella

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Des crimes qui bouleversent, la colère qui monte, et une question que l’on croyait d’un autre siècle : faut-il parfois donner la mort au nom de la justice ? En France, les meurtres de Lyhanna, 11 ans et de Louis, 17 ans, survenus en juin 2026, ont ravivé le débat sur la peine capitale, au moment même où le pays légalisait l’aide à mourir. Deux débats qui nous ramènent à la même question vertigineuse : qui peut décider de la mort d’un être humain ? C’est précisément cette question que pose Dale Recinella, aumônier auprès des condamnés à mort aux États-Unis. Dans son récit Dans le couloir de la mort, servir la vie (Éditions des Béatitudes), il raconte ce qu’il a vu auprès de détenus condamnés à mourir. Un récit qui invite à regarder autrement ceux que la justice a déjà condamnés. Et si, jusque dans le couloir de la mort, il était encore possible de choisir la vie ?

De Wall Street à la prison de Floride

Alors qu’il est encore un homme de loi prospère, Dale Recinella est interpellé par l’Évangile du jeune homme riche : Jésus lui demande de renoncer à ses richesses pour le suivre. Peu après, en croisant Dennis, un homme sans-abri et très malade, Dale comprend que ce qu’il considérait comme sa réussite n’est peut-être qu’une illusion : Dieu ne regarde pas son compte en banque, mais son cœur, qu’il découvre aussi "malade" que le corps de Dennis. Cette rencontre devient alors pour lui une véritable conversion : il comprend qu’il ne s’agit pas seulement de « sauver » Dennis, mais que Dieu l’a peut-être placé sur son chemin pour le sauver lui-même. Cette intuition deviendra une clé de toute sa vocation future : aller vers ceux que la société rejette. 

Avec son épouse Susan, il se consacre progressivement auprès des personnes sans-abri et malades, puis dans les prisons. Son engagement prend une nouvelle dimension en 1998, lorsque Dale abandonne sa carrière d’avocat pour devenir aumônier laïc à plein temps, accompagnant les détenus jusqu'à leur exécution et se tenant aux côtés de leurs familles. L’histoire de Dale Recinella est donc moins celle d'une conversion fulgurante que celle d'un long dépouillement : passer de la réussite personnelle et matérielle à une vie centrée sur le Christ et sur les personnes que la société considère comme les plus indignes de compassion.

Quand l’exécution empêche de se tourner vers Dieu

Son expérience de l’antichambre de la mort l'a aussi conduit à se positionner en faveur de l'abolition de la peine de mort, convaincu que la miséricorde de Dieu laisse toujours ouverte la possibilité de la conversion. Pour Recinella, la perspective de l’exécution ne rapproche donc pas nécessairement les condamnés de Dieu ; elle devient au contraire une source de distraction. Il s’exprime publiquement à ce sujet : "Dans l'attente du mandat d'exécution, au lieu de se focaliser sur leur relation avec Dieu et sur ce qu'ils peuvent accomplir de leur vie en Lui, [les détenus] sont accaparés par les démarches auprès de leurs avocats pour tenter d'écarter la menace de l'exécution."

Nous ne sommes pas faits pour tuer un être humain en bonne santé à cinq heures et rentrer chez nous en nous sentant bien.

Son témoignage s’élargit aux "victimes collatérales" de la peine de mort : familles des condamnés, personnels pénitentiaires impliqués dans les exécutions, mais aussi familles des victimes, dont la souffrance ne s’éteint pas avec la mise à mort. "Je considère que les membres du personnel sont eux aussi des victimes de ce processus. Nous ne sommes pas faits pour tuer un être humain en bonne santé à cinq heures et rentrer chez nous en nous sentant bien."

À travers certains cas de condamnés souffrant de graves troubles psychiatriques, il interroge également une société qui, faute d’avoir su prévenir ou soigner certaines pathologies, en vient parfois à exécuter ceux qu’elle n’a pas su prendre en charge. "C'est presque moyenâgeux. Mais cette situation est due au refus de notre société d'investir dans les soins aux personnes atteintes de troubles mentaux, et non au Département des services correctionnels. Cette criminalisation des malades mentaux est une crise", déclare-t-il dans une interview d’America Magazine. "Ajoutons à cela la peine de mort. […] De ce fait, la maladie mentale est un sous-texte de la peine de mort américaine." Une réflexion qui dépasse le seul couloir de la mort pour interroger la violence, la justice et la place accordée à la rédemption.

Un "témoignage vivant et passionné" de la miséricorde de Dieu

Dans la préface de Dans le couloir de la mort, servir la vie, publié en 2024 et paru en français en juin 2026, le pape François porte un regard profondément humain sur le parcours de Dale Recinella. Il salue en lui un "témoignage vivant et passionné" de la miséricorde de Dieu et souligne, à travers son engagement auprès des condamnés à mort, que la dignité d’une personne ne saurait être anéantie par ses fautes.

"L'approche du pape consiste à permettre à chaque homme et à chaque femme — même s'ils ont commis des crimes horribles — de disposer de tout le temps que Dieu leur accorde pour venir à Lui." C'est ici que se rejoint tout le propos de Recinella : la question n'est plus seulement de savoir si un criminel mérite de mourir, mais si on peut lui retirer le temps qui lui reste pour changer, se repentir ou se réconcilier avec Dieu.

Pratique

Dans le couloir de la mort, servir la vie, Dale Recinella, Editions des Béatitudes, juin 2026, 21,90 euros.