À près d’un mois de la visite du pape Léon XIV à Metz, l’archevêque-évêque du chef-lieu de la Moselle, Mgr Philippe Ballot, confie à Aleteia le caractère historique de cette venue, ses enjeux et sa préparation millimétrée.
Pour la dernière étape de son voyage apostolique en France, Léon XIV se rendra à Metz le 28 septembre, où il passera la journée avant de reprendre l’avion pour Rome. Au programme : deux rencontres au Centre des Congrès Robert Schuman au cours desquelles le Pape prononcera un discours, une déambulation dans les rues de la ville et la célébration d’une messe solennelle à la cathédrale Saint-Etienne. Mgr Philippe Ballot, archevêque-évêque de Metz, rappelle auprès d’Aleteia la dimension "universelle" et "historique" de cette visite en Moselle et se réjouit de la ferveur et de la "motivation" observées notamment parmi les jeunes.
Aleteia : Qu’éprouvez-vous à l’idée d’accueillir Léon XIV à Metz ?
Mgr Philippe Ballot : Beaucoup de joie. C’est aussi une fierté pour la ville de Metz et la Moselle, pour ses habitants, pour l’histoire de ce territoire. Un département deux fois annexé, qui a connu trois guerres et dont les habitants vivent maintenant dans une paix et une collaboration complètes avec leurs voisins. Le Saint-Père vient nous dire : "Je vous conforte dans ce chemin de la paix." Nous ressentons une sorte de vocation universelle dont nous sommes les signes et les porteurs.
Comment les fidèles se préparent-ils à la venue du Pape d’après les témoignages que vous recevez ?
J’observe un grand enthousiasme. C’est une visite qui nous interpelle, nous surprend et nous réjouit. Quand je suis dans la rue, on me dit : "Alors, le Pape va venir !" Chaque fois qu’on m’en parle, on me dit que c’est vraiment extraordinaire. On sent que les gens se mobilisent. Ils ont envie que le Pape soit bien accueilli et se sente bien chez nous. Ils semblent aussi très prêts à l’écouter. Tous ceux qui ont des liens avec l’Église sont enthousiastes. La jeunesse proche de l’Église est elle aussi profondément motivée. Les jeunes en parlent entre eux, avec leurs amis. Pour eux, c’est véritablement une visite historique.
La devise de ce voyage apostolique en France est : "pour que le monde ait la vie". En quoi cette étape en Moselle s’inscrit-elle dans cette devise ?
Depuis son élection, Léon XIV nous montre un chemin et nous indique que c’est celui qu’il faut prendre pour la paix. La paix est un défi, c’est le salut du Christ ressuscité. Tous ses discours vont dans ce sens-là. Il dit très clairement que ce chemin passe par la dignité de la vie humaine. Ce n’est pas un qualificatif, c’est constitutif de l’être humain. La vie est à préserver, à soutenir et à accompagner à tout moment et dans toutes les circonstances : au début, à la fin — d’où le débat que nous connaissons aujourd’hui — et durant les années qui constituent nos existences. Dans la pensée du Pape, parler d’un monde qui "ait la vie" sur un territoire comme Metz où la mort a été donnée pour laisser place à l’amitié, à l’amour fraternel et aux échanges, c’est montrer ce projet de société autour de la vie. La paix, dont le Pape va parler à Metz, a pour objectif que la vie puisse triompher. Quand la paix est là, la vie triomphe. Quand la guerre est là, c’est la mort qui commence à s’installer.
Comment l’engouement pour la visite du Pape se traduit-il dans les inscriptions pour accéder aux zones réservées et vivre les temps forts de l’événement ?
Environ 25.000 pèlerins se sont déjà signalés auprès des organismes officiels. A cela, s’ajoute cette déambulation que le Pape fera en papamobile dans les rues de Metz et qui permettra à des personnes, désireuses de l’apercevoir, de venir sans inscription préalable. Les gens pourront se rendre spontanément sur son parcours. Il y aura donc ceux qui resteront, peut-être toute la journée, dans les zones réservées, et ceux qui viendront uniquement voir passer le Pape et recevoir une bénédiction.
Y-a-t-il des détails, dans la préparation et l’organisation de cette visite, qui vous ont interpellés ?
Ce que j’observe, d’après les différents comités de pilotage à l’œuvre, c’est la précision et la minutie avec lesquelles ce voyage est préparé. Il ressort une volonté que les personnes soient accueillies le mieux possible et puissent cheminer selon leur souhait. Cela mobilise d’ailleurs environ 1.000 bénévoles. Cet esprit rejoint l’atmosphère de la ville de Metz. On sent que c’est une ville de la rencontre, des échanges. La cathédrale, au milieu de cette ville, est comme une sorte de vaisseau amiral qui nous dit : "Rencontrez-vous, regardez haut." La sécurité exigée et mise en place dans la plus grande rigueur et le respect des personnes est aussi impressionnante.
Soyons attentifs et retenons le mieux possible le message qu’il va nous donner, car cela veut peut-être dire qu’il y aura ensuite, de notre côté, une exigence, une mission à porter.
Une levée de fonds a été lancée mi-juillet par les diocèses organisateurs et la Conférence des évêques de France afin de financer cette visite. Constatez-vous une participation significative dans votre diocèse ?
Nous sommes encore dans le temps des vacances mais il y a déjà une sérieuse amorce. Des mécènes et des entreprises mosellanes ont promis des fonds mais nous continuons à relancer parce que les gens vont revenir de vacances et se demander comment ils peuvent contribuer. Nous sentons une mobilisation et nous allons faire en sorte de l’accentuer et de la maintenir. Cette visite historique implique un certain nombre de dépenses et il faut qu’au niveau national, comme diocésain, nous puissions faire le maximum. Même le plus petit don est une participation et signifie son attachement au Saint-Père et sa joie de l’accueillir.
Le Pape tiendra deux discours à Metz : l’un dans le cadre d’une rencontre interreligieuse et l’autre sur le thème "Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité". Quelles réflexions sur l’Europe le Pape pourrait-il offrir à cette occasion ?
Ce qui est important, comme attitude de base, c’est de ne pas attendre du Pape un programme. Il faut se dire : le Pape va nous parler, nous connaissons les thématiques qu’il porte depuis son élection. Soyons attentifs et retenons le mieux possible le message qu’il va nous donner, car cela veut peut-être dire qu’il y aura ensuite, de notre côté, une exigence, une mission à porter. Si nous sommes rejoints par le Pape dans nos préoccupations, c’est bien, mais il ne faut pas qu’elles nous empêchent d’écouter la profondeur de son message. Qu’est-ce que le Pape va mettre derrière les mots de "paix", d’"unité" et de "racines" ? Il fait précéder tout cela d’une rencontre interreligieuse et nationale. Il faudra peut-être voir, dans la juxtaposition de ces deux discours, un message auquel nous devrons être attentifs.
Qu’est-ce que la figure de Robert Schuman, déclaré vénérable en 2021 par le pape François, peut inspirer au monde politique actuel ?
Si la figure de Robert Schuman continue de nous interpeller, c’est parce qu’il s’est engagé dans le service de la société, à travers la politique et à la demande de son évêque, et qu’il n’a cherché que le bien des autres, jamais son propre intérêt. Il a sans cesse été sensible aux plus fragiles, aux plus délaissés. Il a fait partie de plusieurs gouvernements de la IVe République, mais ce n’était jamais pour se mettre en valeur ou chercher à faire carrière.
L’économie est la traduction d’une Europe plus profonde.
Cette attitude interpelle beaucoup nos jeunes, en particulier ceux qui étudient les sciences politiques ou suivent des formations économiques et juridiques. L’Europe que Robert Schuman a souhaitée n’est pas seulement une Europe économique. L’économie est la traduction d’une Europe plus profonde, de la rencontre, où l’on construit ensemble. Nous sommes passés d’une situation d’affrontement — la Seconde Guerre mondiale — à une situation où les conditions de vie et de paix étaient créées. C’est important que l’on puisse avoir aujourd’hui une Europe qui construise quelque chose et ne se développe pas seulement en opposition aux autres puissances. C’est cela, l’idée schumanienne.
Des personnalités politiques sont-elles attendues à Metz le 28 septembre ?
Je vois des noms circuler, mais je n’en sais absolument rien ! Ce qui est sûr, c’est qu’au niveau ecclésial, des évêques seront présents, notamment les évêques frontaliers, et peut-être des présidents de conférence épiscopale… Je comprends qu’il y ait de la spéculation parce que l’on parle d’ "Europe", de "racines", dans un lieu comme la Moselle marqué par les confrontations, mais il faut encore attendre pour avoir la confirmation de tel ou tel nom.
La visite de Léon XIV à Metz entre-t-elle en résonance avec celle de Jean Paul II en 1988 ?
Ces deux visites ont d’abord un point commun : elles ont pour but soutenir, conforter, encourager. Dans la forme, ces deux voyages sont néanmoins différents. Lorsque le pape Jean Paul II est venu à Metz le 10 octobre 1988, c’était dans le cadre d’une visite apostolique dans l’Est de la France. Il devait se rendre à Nancy depuis Strasbourg et a été invité à faire étape à Metz. Il s’est arrêté et a donné un message d’encouragement et de soutien bien particulier. Aujourd’hui, peu de temps après son élection, le pape Léon XIV termine son voyage apostolique en France par Metz. Il y passe toute une journée et son message dépasse le diocèse, le département ou la ville, puisqu’il concerne l’Europe, ses racines, la paix et l’unité. Une dimension universelle est donnée par sa présence d’une journée entière. Le contexte est plus large et programmatique, si je puis dire. Je rappelle souvent aux gens que ce n’est pas nous qui avons invité le Pape dans notre diocèse mais la Conférence des évêques de France, le président de la République et le directeur de l’Unesco.
Quelle trace cette visite laissera-t-elle à Metz et, plus généralement, en France ?
Pour une ville comme pour un département, les conséquences économiques et touristiques peuvent durer des mois, voire des années. Le temps d’une journée, Metz sera sous les regards du monde entier. Ce sont des conséquences concrètes, visibles et qui touchent la vie des gens. Beaucoup vont aussi se questionner à nouveau sur la religion, la foi et les questions fondamentales, et percevoir qu’il y a un chemin et des réponses possibles. De notre côté, nous aurons sûrement à approfondir cette dimension de paix à l’aune de notre histoire.
Nous devons donc préparer notre esprit et notre cœur à écouter, sinon nous serons prisonniers de notre propre pensée.
Je pense au mouvement Pax Christi, qui effectue un travail très important dans les établissements scolaires catholiques. La paix se construit à partir de comportements que des enfants acquièrent très jeunes. C’est une question d’éducation. Nous sommes à un tournant un peu similaire à celui qui a vu naître Pax Christi en 1944-1945 : réarmement progressif, méfiance entre les États, défis immenses autour de l’intelligence artificielle et du réchauffement climatique. Nous aurons sûrement des choses précises à développer après cette visite apostolique autour de l’éducation à la paix, de la poursuite du dialogue interreligieux, de la synodalité, du fait de marcher ensemble et pas seulement avec ceux qui nous plaisent. Nous devons donc préparer notre esprit et notre cœur à écouter, sinon nous serons prisonniers de notre propre pensée et nous n’entendrons plus l’autre, y compris le Pape.



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