Étienne de Richemont, psychologue et psychothérapeute, exerce au Chesnay (Yvelines) depuis une dizaine d’années. Il donne un éclairage sur les secrets familiaux et les erreurs de jeunesse.
Faut-il dévoiler à ses enfants les erreurs commises dans sa jeunesse ? Raconter certaines expériences pourrait-il les aider à grandir ? "Toute vérité est bonne à dire, mais pas toute la vérité, juste ce qui est nécessaire", répond Etienne de Richemont, psychologue clinicien.
Aleteia : En quoi votre pratique vous amène à accompagner des personnes marquées par leur passé ?
Étienne de Richemont : La plupart des sujets évoqués avec le patient trouvent des échos dans son passé, parfois même dans le passé transgénérationnel. J’ai pour habitude de dire que les secrets familiaux sont le pire obstacle au bon développement psychique d’un patient. Ainsi, explorer ce qui a été dit et parfois ce qui a été non-dit, permet de mieux se comprendre, de mieux se gérer émotionnellement, comportementalement et psychiquement.
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Faut-il toujours raconter à ses enfants ses erreurs de jeunesse, ou existe-t-il des situations où le silence est plus protecteur ? Quels critères permettent de discerner ?
On pourrait répondre à cette question par une autre question : toute vérité est-elle bonne à dire ? Je pense que toute vérité est bonne à dire, mais pas toute la vérité, juste ce qui est nécessaire. Les détails sont souvent inutiles et parfois traumatisants. Je dois dire la vérité d’abord dans l’intérêt de l’enfant et non le mien. Ainsi, j’adapte mon récit à l’âge de mon enfant et le protège de ce qu’il ne peut pas entendre. De plus, je ne rentre pas dans une parentification de l’enfant où ce dernier épongerait les émotions de ses parents, ce qui n’est évidemment pas son rôle. Notre société, à travers le monde médiatique, n’applique pas du tout ce principe et nos psychés sont parfois marquées par des détails morbides, voyeuristes, qui nous touchent.
Il ne faut pas confondre transparence et honnêteté.
On entend souvent qu'il faut être totalement transparent avec ses enfants pour instaurer une relation de confiance. Êtes-vous d'accord avec cette idée ou la transparence a-t-elle aussi ses limites ?
Il ne faut pas confondre transparence et honnêteté. La transparence ne laisse aucun filtre. Elle peut être brutale et inadaptée, tandis que l’honnêteté est une attitude du cœur et de l’intelligence que le parent doit mettre au service de son enfant. Je peux être honnête, dire la vérité et mettre un filtre dans les mots, une sélection dans les images que je transmets à l’enfant. Ainsi, je protège mon enfant sans lui mentir sur ce qu’il vit ou doit confronter.
Lorsqu'un parent choisit de parler de son passé, comment savoir si cette confidence est faite pour aider l'enfant à grandir... ou si elle répond plutôt à un besoin du parent de se soulager ou de se faire pardonner ?
Posons-nous sincèrement la question de savoir pourquoi nous révélons telle ou telle partie de notre passé d’enfant. Pour nous-mêmes ou véritablement dans l’intérêt de l’enfant ? C’est à chacun de discerner, mais l’on peut déjà se demander si ce que nous nous apprêtons à révéler, nous l’avons élaboré psychiquement. Est-ce bien émotionnellement apaisé ? C’est-à-dire que je ne serai pas débordé par mes émotions. Si ce n’est pas le cas, alors mieux vaut le travailler avec un psychologue avant.
Nos erreurs ne doivent pas devenir des règles absolues pour nos enfants, mais plus le partage d’une expérience douloureuse que l’on ne souhaite pas aux autres, et encore moins à nos enfants.
Le moment et la manière de raconter sont-ils aussi importants que ce que l'on raconte ? Selon l'âge de l'enfant, y a-t-il des choses qu'il vaut mieux attendre avant d'aborder ?
Oui, le moment et surtout la manière sont très importants. Selon l’âge de l’enfant d’une part, selon la réalité qui l’entoure et son état psychique d’autre part. Il n’y a donc pas de règle ou de code, c’est au bon sens et à l’instinct des parents qu’il faut s’en remettre. Attention, l’instinct est quelque chose qui se travaille en s’interrogeant sur nous-mêmes, notre passé, nos blessures, etc. L’instinct ne veut pas dire que je n’ai pas réfléchi en amont, que je ne me forme pas, etc.
Avec votre expérience de psychothérapeute, quel message adresseriez-vous aux parents qui regrettent certaines erreurs de jeunesse ? Comment peuvent-ils transformer ce passé en une source de transmission, plutôt qu'en un poids ou une culpabilité ?
"Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait", dit le dicton. Refaire toute l’histoire n’empêchera probablement pas votre enfant de faire des erreurs. Ainsi, nos erreurs ne doivent pas devenir des règles absolues pour nos enfants, mais plus le partage d’une expérience douloureuse que l’on ne souhaite pas aux autres, et encore moins à nos enfants. Nos enfants puiseront bien plus dans notre exemplarité ou notre recherche d’exemplarité actuelle que dans nos erreurs du passé qui, pour eux, restent très lointaines. La résilience psychique, c’est mettre du lien et du sens dans nos épreuves. C’est de cela dont nous devons d’abord témoigner à nos enfants.












