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Les trois critères de Léon XIV pour bien chanter à la messe

6 min de lecture
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Crédit : Philippe Lissac / Godong

En partenariat avec la revue “Magnificat”, le père Gilles Drouin présente la septième catéchèse de Léon XIV sur la constitution du concile Vatican II sur la sainte liturgie, donnée le 19 août. Le Pape a proposé cette semaine des critères de qualité pour de beaux chants et de belles musiques liturgiques, afin qu’ils soient saints comme la liturgie est sainte.

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Le Pape a abordé ce mercredi 19 août le chapitre VI de la constitution Sacrosanctum concilium consacrée au chant et à la musique liturgiques. Question délicate, sensible, parce que génératrice, parfois, de tensions dans nos communautés. Léon XIV commence en évoquant un point important : le chant et la musique liturgiques constituent, dans la tradition de l'Église, un trésor d'une valeur inestimable. Et immédiatement, après avoir évoqué cet aspect qu'on pourrait qualifier de "patrimonial", il précise que le chant et la musique liturgiques font partie nécessaire et intégrante de la liturgie solennelle. À travers cela, le pape Léon affirme  que le chant et la musique ne sont pas une ornementation de la liturgie, mais font partie du cœur de la liturgie. Nos amis orthodoxes nous le disent parfois de façon un peu malicieuse : "Vous, les Latins ou les Occidentaux, vous chantez à la messe, mais nous, nous chantons la messe." Je crois qu'il y a là quelque chose à entendre. 

La sainteté de la musique et du chant liturgiques

Dans un deuxième temps, Léon XIV évoque ce qu'il appelle le cœur de l'enseignement du chapitre VI de la Constitution, qui porte sur la musique. C'est le numéro 112, un numéro important qui précise que la musique et le chant liturgiques seront d'autant plus saints — il dit bien "saints" et non "adaptés", ce qui montre bien qu'ils font partie de la liturgie — qu’ils sont nécessaires pour que la liturgie soit une sainte liturgie. Le chant et la musique seront d'autant plus saints qu'ils seront en connexion plus étroite avec leur rite. Cela veut dire très simplement que le critère numéro un de leur choix, c'est l'adéquation du chant et de la musique au rite. En clair, un chant d'entrée n'est pas un chant de communion, ou un chant de carême n'est pas un chant de Pâques. Ce point est particulièrement important dans la situation actuelle en Europe occidentale où avec les influences pentecôtistes, les chants de louange et de méditation — pour importants qu’ils soient — ont tendance à laminer la diversité du chant liturgique et à faire fi de la spécificité de chaque temps de l'année liturgique : l'avent, le carême, le temps pascal. En outre, un chant d'entrée, un chant de communion ne sont pas la même chose.

La participation des fidèles

Puis Léon XIV rejoint son lointain prédécesseur saint Pie X à propos de la "participation active". Pie X est le premier des papes à avoir intégré cette expression dont on sait la fortune. C'est une expression qui sera très importante pour le Mouvement liturgique et dans la Constitution sur la sainte liturgie. Il est le premier pape à l'intégrer dans un document magistériel de haut niveau, un motu proprio, précisément consacré à la musique et au chant liturgiques. Le chant et la musique liturgiques sont l’un des lieux éminents de la participation active du peuple chrétien au mystère célébré. 

Le Pape se réfère à son maître saint Augustin pour souligner que le chant et la musique liturgiques honorent tout particulièrement la dimension sensible, affective, de la liturgie. Il ajoute que le chant et la musique liturgiques sont un facteur de communion, la dimension de communion et d’unité étant extrêmement importante chez saint Augustin. À propos de la communion, nous avons tous eu l'expérience d'un beau chant repris en commun par l’assemblée, qui manifeste et façonne la communion des personnes, par ailleurs très différentes.

« Noble simplicité »

Mais si le chant et la musique liturgique sont des facteurs de communion, créer de bons chants et une bonne musique liturgiques, est exigeant. Le Pape lance un appel aux compositeurs en proposant trois "critères" de qualité. Le premier est l'adéquation avec le rite. Le deuxième critère est la "noble simplicité". Si l’on parle habituellement de la noble simplicité à propos de l'art sacré, Léon XIV applique précisément cette exigence au chant et à la musique liturgiques. Noble simplicité, cela ne signifie pas banalité, mais facilité d’interprétation par une assemblée paroissiale normale, pour une participation active. 

Le troisième critère concerne les textes qui doivent être profonds, mais en même temps accessibles. Noblesse et simplicité, profondeur et accessibilité. Il y a là une tension qui est constitutive de la qualité de la musique et du chant liturgiques. S’agissant des textes, le Pape souligne évidemment qu'ils doivent être inspirés par la Sainte Écriture. Dans la tradition catholique, on ne chante pas la Sainte Écriture, à l'exception notable des psaumes, mais toute la tradition de l'Église latine a insisté sur le fait que le chant et la musique étaient au service de l'Écriture sainte. Le grégorien en est un exemple éminent. Précisément, c'est le sixième point de la catéchèse du pape, Léon XIV rappelle l'importance singulière du chant grégorien et de l'orgue dans la tradition catholique, deux éléments qui constituent une forme de référence pour composer des chants et de la musique adaptées aux conditions actuelles.

L'importance singulière du chant grégorien

L'avant-dernier point, la question de l'inculturation. plus développée que dans Sacrosanctum concilium, porte la marque personnelle du Pape. Léon XIV souligne —peut-être en raison de son expérience de pasteur en Amérique latine — que la musique et le chant sont un des lieux éminents de l'inculturation et sont nécessaires pour consommer les noces de l'Évangile et d’une culture donnée. Un exemple magnifique, que le pape ne cite pas, est celui donné par les bénédictins de Keur Moussa, au Sénégal. L'abbaye de Keur Moussa a été fondée par l'abbaye de Solesmes. Ses moines sont les héritiers de la tradition grégorienne la plus authentique, la plus occidentale qui soit. Pourtant, ils ont réussi à inculturer cette tradition profondément latine avec les traditions musicales et instrumentales les plus authentiques de l'Afrique. C'est un exemple exceptionnel d'inculturation réussie.

Léon XIV termine, à la suite de son prédécesseur François, par un appel à la formation au chant et à la musique liturgiques. Une fois n'est pas coutume, je terminerai par un coup de projecteur pour ce que nous avons mis en place il y a une vingtaine d'années à l'Institut supérieur de liturgie, un diplôme universitaire de musique liturgique, partant du constat que, précisément, beaucoup de musiciens d'Église manquaient de formation théologique. Le pape le disait au départ, la musique n'est pas une ornementation, mais elle fait partie de la liturgie. D’où l'importance de la formation de fond au chant et à la musique liturgique.

Pratique

Méditations du père Gilles Drouin disponibles en audio sur Magnificat.