Qui sont-ils ces personnes qui choisissent de donner leur temps pendant les vacances, et de s’épuiser pour aider gratuitement des personnes seules, âgées, malades ou fragiles ? Pour notre chroniqueuse Charlotte de Vilmorin, de retour de Lourdes, les bénévoles nous enseignent que ce qui compte dans la vie commence là où l’on cesse de compter.
Il y a des gens qui, chaque année, font un choix étrange. Alors que leurs collègues s’envolent buller à la plage ou souffler à la montagne, ils posent leurs congés pour rejoindre Lourdes, des associations humanitaires, ou d’autres lieux où l’on a besoin d’eux. Ces bénévoles échangent volontairement des jours de repos contre des journées de labeur, des nuits courtes et parfois en prime des dos endoloris. On pourrait les plaindre, ces fous qui se fatiguent pendant leurs vacances. Mais à bien les observer, on devine que leur épuisement semble avoir quelque chose de léger, comme s’ils étaient portés par une énergie plus forte que la leur.
Des piliers invisibles
On pourrait croire que leur engagement relève du sacrifice. Après tout, ils renoncent à leur temps libre et à leur confort. Mais demandez-leur : la plupart vous répondront qu’ils reçoivent bien plus qu’ils ne donnent. Une fatigue, oui, mais une fatigue qui ressource. Une lassitude du corps, peut-être, mais une légèreté de l’âme, manifestement. Il y a là un paradoxe heureux et fascinant : ces femmes et ces hommes choisissent de se fatiguer pour se sentir vivants. Leur labeur n’est pas subordonné à un salaire ou à une évaluation. Il est offert, librement, comme on dépose une offrande.

Le monde du travail adore parler de productivité, de rentabilité, de résultats mesurables. Mais que dire de ces heures passées à pousser un fauteuil, à nettoyer une chambre, à rompre une solitude ? Rien, ou presque. Ces actes n’apparaissent dans aucun bilan comptable. Ils ne rapportent ni salaire ni prime, seulement des sourires, des mercis, ou parfois, un silence que l’on espère reconnaissant. Plus aberrant encore, ils ne sont pas non plus exhibés narcissiquement sur les réseaux sociaux. Pourtant, sans eux, des pans entiers de notre société s’effriteraient. Les bénévoles hospitaliers à Lourdes d’où je reviens, par exemple, sont les piliers invisibles d’un système qui lutte contre l’isolement et l’indifférence à l’égard des personnes âgées, fragiles, malades ou handicapées.
Une forme de résistance
Dans une société qui rabâche à tout crin qu’il faut être efficace, performant, rentable, agile, leur présence discrète mais ô combien indispensable est une forme de résistance. Ils nous rappellent que l’on peut dépenser son temps, son énergie, son attention, sans autre récompense que celle de savoir que grâce à eux, quelqu’un qu’ils ne connaissaient pas, et qu’ils ne reverront peut-être jamais, aura passé la meilleure semaine de son année. Et désormais, ils seront liés.
Si ces femmes et ces hommes, déjà occupés par leur vie professionnelle, choisissent de s’épuiser un peu plus pendant leurs congés, c’est peut-être parce que le travail, tel qu’on le conçoit aujourd’hui, a perdu une partie de son âme. Alors, ils partent faire le plein de ce qui leur manque. Il y a, dans ces rassemblements, une joie authentique à former, le temps d’une semaine, un corps vivant, une Église en mouvement, où chacun a sa place, et où les cœurs battent à l’unisson. Et puis, il y a ces rencontres qui n’auraient jamais eu lieu autrement : des personnes avec leurs histoires qui sans cet espace-temps dédié seraient restées des inconnus. Le bénévolat, finalement, c’est peut-être ça : le lieu où l’on réapprend que le don de soi, comme l’amour, le vrai, celui qui nourrit l’âme, commence là où l’on cesse de compter.



![[REPORTAGE] La cathèdre du Pape prend forme entre les mains de jeunes ébénistes](https://wp.fr.aleteia.org/wp-content/uploads/sites/6/2026/09/3_2ac071.jpg?resize=150,150&q=75)








