Léon XIV reçoit ce 20 août au Vatican le président libanais Joseph Aoun, huit mois après son voyage au pays du Cèdre. Une rencontre très attendue alors que les négociations avec Israël piétinent et que les frappes meurtrières se poursuivent dans le sud du Liban.
Huit mois après avoir accueilli Léon XIV à Beyrouth, c’est cette fois Joseph Aoun qui franchit les portes du palais apostolique. À 9h30 ce jeudi 20 août, le président libanais sera reçu par le Pape au Vatican pour une rencontre qui intervient à un moment particulièrement critique pour son pays. Entre négociations difficiles avec Israël, désarmement du Hezbollah et nouvelles frappes meurtrières dans le Sud, le chef de l’État libanais vient chercher à Rome un soutien de poids en faveur de la paix et de la souveraineté du pays du Cèdre.
Il s’agira de sa troisième visite au Vatican, après sa participation à la messe d’installation du pape Léon XIV, le 18 mai 2025 sur la place Saint-Pierre, et sa visite du 13 juin suivant lors de laquelle il avait pu s’entretenir en privé avec le pontife et les responsables de la secrétairerie d’État. Selon le communiqué publié alors, les deux parties avaient exprimé ""le souhait que le pays, à travers le processus de stabilisation et de réformes, connaisse une nouvelle saison de concorde politique et de reprise économique, qui lui permette de renforcer les idéaux de coexistence entre les religions et de promotion du développement qui le caractérisent".
L’année 2025 avait aussi été marquée par la visite du pape au Liban, du 30 novembre au 2 décembre, au terme de son premier voyage apostolique qui l’avait d’abord conduit en Turquie pour la commémoration du Concile de Nicée. Lors du départ du pape, Joseph Aoun avait appelé Léon XIV à garder les Libanais dans ses prières, décrivant un peuple de foi qui "refuse de se rendre ou de mourir" et qui a choisi de résister "à travers l’amour et la paix". Il avait estimé que les Libanais ne disaient pas adieu à un simple invité d’honneur, mais à "un père venu nous réconforter" et leur rappeler que le monde n’avait pas oublié le Liban.
Le président Joseph Aoun en quête d’appuis internationaux
Arrivé au pouvoir le 9 janvier 2025 après plus de deux ans ans de vacance présidentielle, Joseph Aoun, ancien commandant des forces armées libanaises, bénéficie du soutien de la communauté internationale Il a notamment été reçu par le président américain Donald Trump le 21 juillet dernier à la Maison Blanche, recevant la promesse de l’appui de Washington à la souveraineté libanaise. Il demeure toutefois en difficulté sur le plan interne face à la guerre larvée qui se poursuit entre Israël et le Hezbollah. Des négociations directes entre Israël et le Liban ont été engagées au printemps, puis structurées par un accord-cadre conclu sous médiation américaine le 26 juin. Celui-ci prévoit un désarmement progressif du Hezbollah, le déploiement de l’armée libanaise dans le Sud et, en parallèle, un retrait israélien progressif de cette zone.
Un nouveau cycle de discussions, le septième depuis le début du processus, s’est tenu à Rome du 4 au 6 août. Il a porté notamment sur les modalités du retrait israélien, les différends frontaliers et la mise en place d’un mécanisme international chargé de vérifier le désarmement du Hezbollah, mais s’est achevé sans avancée décisive : Beyrouth réclame d’abord un retrait israélien et un cessez-le-feu durable, tandis qu’Israël considère le désarmement du Hezbollah comme un préalable à tout désengagement du Sud-Liban. La situation s’est encore tendue ce week-end. Ce samedi 15 août, des frappes israéliennes sur deux villages du sud du Liban ont fait au moins 11 morts, dont trois enfants, dans l’attaque la plus meurtrière depuis la trêve du 20 juin.
Dans ce contexte, le président Aoun réclame le maintien d’une force d’interposition internationale au sud du Liban. "Notre premier choix est la prorogation du mandat de la Finul" (Force intérimaire des Nations unies au Liban), a-t-il déclaré ce lundi lors d’une réunion avec des parlementaires. Sa visite au Vatican s’inscrit donc dans le cadre des tractations diplomatiques engagées pour préserver l’intégrité du territoire libanais.
Dans votre malheur, dans l’injustice que vous subissez, dans le sentiment d’abandon que vous éprouvez, vous êtes tout proches de Jésus.
Dans un message diffusé le 7 avril dernier, le Pape avait exprimé "sa proximité et sa tendresse paternelles" aux chrétiens du Sud-Liban pour Pâques. S’adressant plus particulièrement aux habitants de Debel, un village alors encerclé par l’armée israélienne, le Pape avait souhaité que "malgré les sentiments de peine, d’angoisse et de deuil", les fidèles libanais puissent connaître "une joie profonde" en célébrant la résurrection de Jésus. "Dans votre malheur, dans l’injustice que vous subissez, dans le sentiment d’abandon que vous éprouvez, vous êtes tout proches de Jésus", avait écrit le cardinal Parolin au nom de Léon XIV. En ressuscitant, Dieu a "vaincu les forces du mal", avait-il assuré, apportant sa bénédiction apostolique aux habitants de ce village."
Huit mois après son voyage au pays du Cèdre, Léon XIV retrouvera donc ce jeudi Joseph Aoun dans un contexte autrement plus tendu. Au Vatican, le président libanais cherchera un appui supplémentaire pour préserver la souveraineté et la stabilité d’un pays toujours suspendu à la menace d’une nouvelle escalade. Une nouvelle occasion, pour le Pape, de manifester sa proximité avec ce Liban qu’il avait appelé, en décembre dernier, à ne jamais renoncer à la paix.












