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[REPORTAGE] À Lourdes, la grâce de servir et recevoir

8 min de lecture
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Crédit : Hortense Leger I Aleteia

Au Pèlerinage national de Lourdes, ces bénévoles qui donnent leurs vacances aux malades.

Près de 4.000 bénévoles ont accompagné du 12 au 17 août à Lourdes les 7.500 pèlerins du Pèlerinage national, dont 700 malades. Dans les chambres, les rues ou aux piscines, les hospitaliers ont découvert que, derrière les gestes de service, ce sont souvent eux qui repartent transformés.

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À Lourdes, il suffit en ce 15 août de suivre les nombreux gilets bleus qui parsèment la ville pour comprendre que quelque chose d’important se vit. Dans les rues, les groupes de bénévoles se croisent, un fauteuil roulant à pousser, un pèlerin à accompagner, une consigne à transmettre. À quelques mètres du sanctuaire, les voix se mêlent aux chants et aux prières. Ici, chacun semble avoir une mission. C’est que, pendant six jours, du 12 au 17 août, le Pèlerinage national transforme le sanctuaire en une immense maison où chacun prend soin de l’autre. Près de 7.500 pèlerins, dont 700 malades, rejoignent la cité mariale. Et pour les accompagner, quelque 4.000 bénévoles se relaient. Ils viennent de toute la France, en train, en covoiturage ou en bus. Certains ont 16 ans et découvrent à peine le service, d’autres aident depuis toujours.

Hospitalier : au rythme des malades

Théophile connaît déjà la journée qui l’attend. Dans la chambre dont il s’occupe, au 4e étage de la maison médicalisée Marie Saint-Frai, ils sont six hospitaliers pour six hommes aux handicaps très différents. Réveil, toilette, douche, médicaments, organisation pour la journée : il est entièrement au service des pèlerins venus passer à Lourdes l’une des semaines les plus attendues de leur année. Certains sont relativement autonomes, d’autres ont besoin d’une aide presque constante pour les soins ou les déplacements. Le jeune homme de 25 ans a commencé à Lourdes comme brancardier, lorsqu’il avait 16 ans. Après quelques années loin du pèlerinage, il est revenu comme hospitalier. Il se souvient encore de ses débuts : "Je dois avouer que c’était un peu galère de trouver les bons gestes, les bonnes attitudes à avoir avec tous les malades", confie-t-il à Aleteia.

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"Même quand parfois on a du mal à s’occuper de leurs soins, par exemple pour prendre les douches, ils sont très bienveillants. Ils essayent de nous aider."

Pourtant, au fil des jours, le service devient plus naturel. Et surtout, il découvre une dimension qu’il n’avait pas forcément anticipée : "Je trouve qu’on reçoit des grâces auxquelles on ne s’attend pas trop." Dans sa chambre, son attention se porte notamment sur Patrick, lourdement handicapé, en fauteuil roulant et qui ne peut pas parler. Avec lui, la communication passe par d’autres chemins. Un regard suffit parfois. "Rien que de voir son sourire, sa manière de regarder, c’est assez touchant", confie Théophile. Et puis il y a ces moments où les rôles semblent s’inverser. "Même quand parfois on a du mal à s’occuper de leurs soins, par exemple pour prendre les douches, ils sont très bienveillants. Ils essayent de nous aider. Je trouve cela touchant, comme si, à la limite, c’était eux qui s’occupaient de nous, comme si les rôles s’inversaient un peu." 

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Théophile anime des temps de pause avec sa guitare et les autres hospitaliers de son service.

"On est à leur service" : dans les pas des brancardiers

Un peu plus loin, dans les rues grimpantes de Lourdes, Camille et Quitterie, 17 ans, s’affairent auprès des pèlerins. Elles poussent un fauteuil, une voiturette bleue, un brancard. Pour elles, pas question d’imposer un programme : le service commence justement par l’écoute. Le matin, elles arrivent alors que les hospitaliers ont déjà préparé les pèlerins. Elles les conduisent à la messe, les ramènent pour le repas, puis les retrouvent dans l’après-midi. Conférences, activités, découverte du sanctuaire : ce sont les pèlerins qui choisissent. "C’est vraiment eux qui décident où ils veulent aller."

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Les brancardiers lors de la procession aux flambeaux du 15 août.

Le Pèlerinage national est aussi une grande affaire de fidélité. Quitterie retrouve cette année une pèlerine qu’elle accompagnait déjà l’an dernier. Une relation s’est créée. Pendant l’année, les nouvelles continuent de circuler, les photos aussi. Un groupe WhatsApp a même permis aux jeunes bénévoles et à leurs "protégés" de garder contact. À Lourdes, leur service nourrit aussi leur propre foi. "On se sent utile, et puis, on est vraiment proche des pèlerins", expliquent-elles. 

Aux piscines, une autre manière de servir

À quelques pas de là, près de la Grotte de Massabielle, Ombeline, 24 ans, revêt son tablier bleu. En service aux piscines, où chaque jour de nombreux pèlerins se pressent pour être immergés dans l’eau de la source, sa journée commence par une prière avec l’aumônier. Puis les bénévoles descendent ensemble vers les piscines, souvent en chantant. Une fois sur place, tout repose sur des gestes précis et délicats. Les pèlerines sont accueillies, accompagnées, aidées à se déshabiller puis recouvertes d’un drap bleu. Les mots sont rares. "On parle peu, on communique par le regard, on chante beaucoup", raconte Ombeline.

En tant que piscinière, on apprend à regarder chaque personne avec attention et à la servir comme si c’était Jésus lui-même que nous avions devant nous.

Puis vient le moment du bain. Trois piscinières entourent chaque femme pour l’accompagner dans l’eau. Là encore, le geste est empreint de pudeur et d’attention. Ombeline se souvient de femmes venues de très loin, après plusieurs jours de transport. Certaines pleurent. Les corps sont parfois marqués par la maladie ou le handicap. "On ne peut pas ne pas être émus et insensibles", confie-t-elle. Dans cette atmosphère, la prière circule presque naturellement. "Quand quelqu’un commence un Ave Marie, toutes les piscines l’entonnent." Un chant qui traverse les rideaux et les bassins, tandis que bénévoles et pèlerines vivent ensemble un moment de communion.

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Ombeline et Hortense ont servi en tant que piscinières à Lourdes.

Pour Ombeline, cette expérience ne s’arrête pas aux portes du sanctuaire. "À Lourdes, j’ai été particulièrement touchée par cette attention portée à l’autre. En tant que piscinière, on apprend à regarder chaque personne avec attention et à la servir comme si c’était Jésus lui-même que nous avions devant nous." 

Prendre soin de ceux qui aident

Dans cette grande chaîne de service, il y a aussi ceux qui accompagnent les bénévoles eux-mêmes. Frère Timothée Lagabrielle o.p. est l’aumônier du service "Saint Claire" de l’Accueil Notre-Dame, au cœur du sanctuaire. Vêtu de son habit blanc, il circule dans les services, écoute, échange, prie et accompagne.

Il y a tous ces bénévoles qui s’occupent des malades, il faut s’occuper de leur âme.

Son rôle est d’abord d’être auprès des malades. Pour certains, Lourdes constitue le seul moment de l’année où ils peuvent rencontrer un prêtre, se confesser ou recevoir les sacrements. Mais l’aumônier veille également sur les hospitaliers. "Il y a tous ces bénévoles qui s’occupent des malades, il faut s’occuper de leur âme", explique-t-il. Il les accompagne dans leurs questions de foi, mais aussi dans leurs interrogations plus personnelles : orientation professionnelle, choix de vie. Frère Timothée o.p. constate surtout que le service transforme les nouveaux hospitaliers. Une toilette, une garde de nuit, un malade qui se réveille plusieurs fois : "C’est la rencontre avec soi-même au moment où l’on s’occupe des malades." 

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Les pèlerins qui le souhaitent reçoivent le sacrement des malades.

Une réalité frappe enfin à Lourdes : l’âge de ceux qui donnent de leur temps pendant ces six jours. Beaucoup de bénévoles sont très jeunes. Certains ont 16 ans, la plupart une vingtaine d’années, et consacrent une partie de leurs vacances à pousser des fauteuils, accompagner des malades, servir aux piscines ou simplement être présents. Et Ombeline de résumer ce que vivent, chacun à leur manière, ces milliers de bénévoles : "Dans notre monde, où ce sont souvent les plus forts qui dirigent et occupent les premières places, je trouve très beau qu’à Lourdes, ce soient au contraire ceux-là qui choisissent de se mettre au service des plus vulnérables." Pendant ces quelques jours, les malades ne sont plus ceux que l’on laisse à l’écart. Ils sont au cœur du petit, mais si nécessaire, "monde de Lourdes".