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La nouvelle loi du Massachusetts qui inquiète les évêques

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Crédit : Antoine Mekary | ALETEIA

Le Massachusetts est devenu le dixième État américain à ne plus fixer de limite générale liée au terme de la grossesse pour l’avortement.

Le Massachusetts, aux États-Unis, a adopté le 10 août une loi supprimant les restrictions encadrant les avortements après 24 semaines de grossesse. Une décision vivement dénoncée par l’Église catholique américaine.

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L’avortement jusqu’à la naissance est désormais légal dans le Massachusetts (États-Unis). Le 10 août, la gouverneure démocrate Maura Healey a promulgué la loi "Prioritizing Patient Access to Care Act", qui supprime les restrictions jusque-là en vigueur pour les avortements pratiqués après 24 semaines de grossesse. Cette décision, présentée comme une protection de l’accès aux soins, suscite une vive controverse aux États-Unis et une forte réaction de l’Église catholique.

Jusqu’à présent, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) au-delà de 24 semaines n’était autorisée que dans certaines situations précises : anomalie fœtale fatale, pathologie grave du fœtus nécessitant des soins lourds, risque pour la santé physique ou mentale de la mère ou danger vital pour celle-ci. Avec cette nouvelle loi, ces conditions ne sont plus requises. Le texte ne fixe plus de limite légale explicite liée au stade de la grossesse et permet les avortements tardifs sur la base du "jugement professionnel" d’un médecin.

Présentée par ses promoteurs comme une mesure destinée à garantir l’accès aux soins pour les femmes confrontées à des situations médicales complexes, la loi est pleinement assumée par la gouverneure démocrate. "Tant que je serai gouverneure, l’avortement restera sûr, légal et accessible dans le Massachusetts", a affirmé Maura Healey sur le réseau social X au moment de la promulgation.

Une forte réaction de l’Église catholique américaine

La décision a provoqué une condamnation immédiate de l’épiscopat américain. "C'est un affront contre la dignité humaine", a dénoncé Mgr Paul Coakley, archevêque d’Oklahoma City et président de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB). Interrogé le 13 août sur la chaîne catholique EWTN, il a qualifié la loi de "choquante" et estimé qu’elle constituait "un coup dur pour le mouvement pro-vie et pour tous ceux qui se soucient de la dignité et du caractère sacré de la vie humaine".

À Boston, l’archevêque Richard Henning a lui aussi dénoncé un texte représentant "une grave offense contre le caractère sacré et la dignité de toute personne". Tout en reconnaissant le découragement que cette décision peut susciter chez les militants pro-vie, il les a exhortés à poursuivre leur engagement. "Je nous encourage à continuer de proclamer la beauté et le miracle de la vie", a-t-il ainsi déclaré. Dès l’examen du projet de loi, les évêques catholiques du Massachusetts avaient exhorté les sénateurs à voter contre ce texte, qu’ils jugeaient "gravement immoral". Un appel qui est resté sans effet.

Une loi jugée "extrême" par ses opposants

La réforme est également contestée par plusieurs responsables politiques favorables au maintien d’un cadre légal après un certain stade de la grossesse. Le représentant Jeffrey Turco a ainsi dénoncé une loi "barbare" qui, selon lui, "autorise l’avortement à tout moment, sans restriction et, dans de nombreux cas, financé par des fonds publics jusqu’au moment de la naissance". Le texte suscite également des réserves chez certains élus pourtant favorables au droit à l’avortement. Le représentant Chris Markey a ainsi estimé qu'il était possible "d'être favorable au droit à l’avortement et considérer malgré tout que cette loi dépasse les limites de ce qui est acceptable".

Les associations pro-vie s’inquiètent également de la suppression des obligations de déclaration concernant les avortements tardifs. "Alors que les contribuables financeront une partie de ces interventions pratiquées à un stade avancé de la grossesse, ils ne sauront jamais combien de femmes en ont bénéficié ni de quels États elles sont venues pour y avoir recours", a regretté Myrna Maloney Flynn, présidente de Massachusetts Citizens for Life.

Revendiquée catholique, Maura Healey avait par ailleurs rappelé en 2024 l’importance de prendre soin "des plus vulnérables d’entre nous" à l’issue d’une rencontre avec le pape François. Plusieurs organisations pro-vie ont depuis demandé aux évêques du Massachusetts de prendre des sanctions canoniques à son encontre.

Une législation encore minoritaire aux États-Unis

Avec cette réforme, le Massachusetts rejoint un groupe restreint d’États américains ne fixant aucune limite générale liée au terme de la grossesse pour l’avortement : l’Alaska, le Colorado, le Maryland, le Michigan, le Minnesota, le New Jersey, le Nouveau-Mexique, l’Oregon et le Vermont, ainsi que le district de Columbia.

À l’inverse, de nombreux États ont renforcé les restrictions depuis l’annulation de l’arrêt "Roe v. Wade" par la Cour suprême en 2022. Par ailleurs, dans la plupart des pays occidentaux, l’accès à l’avortement demeure encadré par des délais légaux. En France, l’IVG est notamment autorisée jusqu’à 14 semaines de grossesse ; en Allemagne jusqu’à 12 semaines après fécondation ; et en Espagne jusqu’à 14 semaines, sauf exceptions médicales prévues par la loi.