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Ebola, l’épidémie la plus meurtrière de l’histoire de la RDC

6 min de lecture
Ebola

Crédit : Jospin Mwisha / AFP

L’OMS a déclenché le 17 mai une alerte sanitaire internationale face à la recrudescence des cas d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC).

En trois mois, l’épidémie d’Ebola qui frappe le nord et l’est de la République démocratique du Congo a dépassé le bilan de la flambée de 2018-2020. Plus de 2.300 personnes sont déjà mortes, tandis que la riposte peine à suivre.

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L’épidémie d’Ebola qui sévit en République démocratique du Congo (RDC) est devenue, lundi 17 août, la plus meurtrière de l’histoire du pays. Selon les chiffres de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), basés sur les données des autorités congolaises, la flambée actuelle a déjà causé 2.325 décès pour 4.945 cas confirmés, dépassant le bilan de l’épidémie de 2018-2020, qui avait fait 2.299 morts sur 3.381 cas confirmés. Déclarée officiellement le 15 mai, avec plusieurs semaines de retard, cette 17e épidémie d’Ebola dans le pays se propage à une vitesse inédite.

Selon le chef des affaires humanitaires de l’ONU, l’épidémie est "la plus rapide jamais enregistrée" et "tue une personne toutes les 30 minutes". Aucun vaccin ni traitement spécifique n’est actuellement disponible contre le variant Bundibugyo à l’origine de la flambée. Plusieurs vaccins sont toutefois en cours d’expérimentation.

L’épidémie touche principalement des régions du nord et de l’est du pays où la présence de l’État demeure limitée, les infrastructures sanitaires fragiles et les capacités de réponse largement dépassées par l’explosion des cas. Elle s’est déjà étendue à six provinces de ce vaste pays d’Afrique centrale de plus de 100 millions d’habitants. Par ailleurs, selon l’agence sanitaire de l’Union africaine, l’Africa CDC (Centres africains de contrôle et de prévention des maladies), sept fois plus de cas et cinq fois plus de décès ont été enregistrés au cours des trois premiers mois de cette flambée que lors des trois premiers mois de l’épidémie d’Ebola qui avait frappé l’Afrique de l’Ouest en 2014, la plus importante jamais recensée.

Une défiance persistante envers les centres de traitement

À Bunia, capitale de l’Ituri dans le nord-est de la RDC et principal foyer de l’épidémie, où près de 90% des cas ont été recensés depuis la mi-mai, les mesures de prévention restent peu visibles malgré l’urgence de la situation. Les autorités locales ont demandé aux commerçants d’installer des dispositifs de lavage des mains devant leurs boutiques, néanmoins les marchés continuent d’attirer une foule nombreuse peu attentive aux gestes barrières rapporte un correspondant de l'AFP.

"L’engagement de la communauté dans la riposte reste encore trop faible ", estime Mohamed Janabi, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique. Selon lui, "plus de 70% des personnes meurent dans la communauté", sans avoir été prises en charge dans les centres de traitement (CTE).

Au-delà de Bunia, les équipes sanitaires se heurtent à de profondes réticences dans plusieurs localités de l'Ituri. Dans le territoire de Djugu, "les gens préfèrent se faire soigner à la maison, pensant qu’il s’agit d’un empoisonnement ou d’autres pathologies", déplore Jean-Paul Malo Lotsima, responsable de la société civile locale. "C’est souvent à la dernière minute, lorsque la famille constate que la situation s’aggrave, que les malades sont amenés à l’hôpital. Et parfois, ils meurent en cours de route", ajoute-t-il.

Cette méfiance est illustrée par le témoignage de Flavier Ngurima, habitant de Nizi, l’un des principaux foyers de l’épidémie. Son frère est décédé avant d’atteindre un centre de traitement. "Nous avions fait appel à une infirmière de la famille pour le soigner à la maison car le malade et les membres de la famille avaient peur d’aller au CTE. Ils disaient que là-bas, les gens meurent beaucoup", raconte-t-il.

Une riposte freinée par l’insécurité et le manque de moyens

À cette défiance des populations s'ajoutent de nombreux obstacles logistiques et sécuritaires. La réponse sanitaire est compliquée par la présence de nombreux groupes armés dans les régions touchées, qui limitent l’accès aux populations et entravent les opérations de surveillance. La gestion de l’épidémie fait également l’objet de critiques pour sa lenteur et son manque d'organisation, malgré la mobilisation des organisations internationales.

L’Africa CDC estime notamment que le taux de suivi des cas contacts annoncé par les autorités congolaises à plus à 80%, "ne reflète pas la réalité". Selon l’organisation, ce chiffre concerne uniquement les contacts déjà identifiés, lesquels ne représenteraient qu’environ 12% de l’ensemble des personnes potentiellement exposées. L’agence africaine juge également que la surveillance communautaire "ne fonctionne pas" et appelle à une "coordination solide" ainsi qu’à "une gestion financière transparente" de l’épidémie.

15.000 morts sur le continent africain

Ces difficultés se répercutent également sur les personnels mobilisés contre l’épidémie. Sur le terrain, plusieurs infirmiers et personnels chargés des enterrements sécurisés ont observé des mouvements de grève ou organisé des manifestations ces dernières semaines pour réclamer le paiement de leurs primes. Le 14 août, le Conseil international des infirmières (CII), la plus importante organisation représentant la profession, a appelé les autorités congolaises à rémunérer et protéger en urgence ces professionnels particulièrement exposés au virus. Le financement de la riposte reste par ailleurs insuffisant. Sur les 518 millions de dollars nécessaires au plan lancé début juin par l’Africa CDC et l’Organisation mondiale de la santé, seuls 264 millions ont jusqu’à présent été mobilisés, avait alerté mercredi 12 août l'OMS.

Malgré cette situation préoccupante, l’agence sanitaire des Nations unies a indiqué le 12 août espérer inverser la courbe de l’épidémie dans les trois prochains mois. L’Ouganda voisin, qui avait enregistré 20 contaminations confirmées et deux décès liés à cette flambée, a annoncé à la mi-juillet ne plus compter aucun malade contaminé par le virus. Transmis par contact avec les fluides corporels, le virus Ebola provoque une fièvre hémorragique particulièrement dangereuse. Au cours des cinquante dernières années, il a causé la mort de plus de 15.000 personnes sur le continent africain.