En partenariat avec la revue “Magnificat”, le père Gilles Drouin présente la sixième catéchèse de Léon XIV sur la constitution du concile Vatican II sur la sainte liturgie. Le 12 août, le Pape a montré comment le grand arbre de l’année liturgique rend présents, à travers ses différentes branches, tous les mystères de la vie du Christ.
Lors de l'audience générale du 12 août, le Pape a abordé le chapitre V de la Constitution Sacrosanctum concilium, consacré à l'année liturgique. Léon XIV commence par faire mémoire d'une figure que nous connaissons bien en France, celle de dom Prosper Guéranger. Refondateur du monastère de Solesmes, dom Guéranger est plus largement le restaurateur de la vie bénédictine en France et en Europe après les bouleversements révolutionnaires. Mais c'est plutôt le dom Guéranger liturgiste dont le pape fait mémoire. Le bénédictin est l’un des pères du mouvement liturgique, auteur de L'Année liturgique, un commentaire à la fois scientifique, spirituel et théologique de toutes les prières de l'Église au long de l'année liturgique.
Le dimanche, joyau de l’année liturgique
Après avoir évoqué la figure de dom Guéranger, le Pape reprend l'enseignement de Pie XII et celui de la Constitution sur la sainte liturgie pour préciser que l'année liturgique n'est pas simplement une collection de souvenirs de hauts faits de la vie du Christ, sa naissance, sa mort, sa résurrection etc., mais la mise en contact, la mise en présence vivante du peuple chrétien par la liturgie, avec les mystères de la vie du Christ : ce que l'on appelle l'actualisation des mystères, dont Léon XIV avait développé une théologie dans sa première catéchèse.
Le pape fait ensuite référence à un autre de ses prédécesseurs, Jean Paul II, qui, dans un texte consacré entièrement au dimanche, Dies Domini (lettre apostolique du 31 mai 1998) développe l'idée selon laquelle le dimanche est "le noyau de toute l'année liturgique" (Sacrosanctum concilium, 106) L'expression est belle : quand un enfant plante un noyau d'avocats, il voit que peu à peu, l'arbre se développe à partir du noyau. De même, le dimanche est la fête fondamentale qui contient en puissance tout le développement ultérieur des branches de ce grand arbre majestueux — cette image est de Dom Guéranger – que constitue l'année liturgique. Il y a dans le dimanche en puissance toute l'année liturgique, puisque le dimanche constitue la mémoire primordiale, hebdomadaire, de la Pâques du Christ.
Pas de dimanche sans rassemblement
Le pape Jean Paul II qualifie successivement le dimanche de "Jour du Seigneur" comme mémoire de la création et mémoire de la résurrection du Seigneur, de "Jour de l'Église", pour évoquer la dimension de rassemblement, de "Jour de l'homme", qui, dans la foulée de la tradition juive du Shabbat, évoque un jour chômé, fait pour des activités non directement économiques, et ensuite de "Jour des jours", dans une ouverture à ce dimanche éternel que sera la vie éternelle.
Le pape Léon insiste tout particulièrement sur la dimension de rassemblement en invitant fortement les chrétiens, les baptisés, à honorer le dimanche par leur rassemblement. Il n'y a pas de dimanche chrétien sans rassemblement. Le culte chrétien est fondamentalement un rassemblement des baptisés pour de faire mémoire dans l'Eucharistie de la mort et de la résurrection de leur Seigneur.
La branche pascale
Ensuite, le Pape aborde rapidement les principales branches de ce grand arbre qui s'est développé à partir d’un noyau dominical. La branche pascale est la branche maîtresse, puisque très vite, au IIᵉ siècle, s'est mise en place une célébration annuelle de la Pâques du Christ. C'est la fête de Pâques et le cycle associé, avec le carême, la Semaine sainte et le temps pascal, qui est le cœur de l'année liturgique. Ensuite, la branche de l'Incarnation, avec le cycle de Noël, s'est développée pour faire mémoire du même mystère de la naissance, de la mort et de la Résurrection du Seigneur.
L'année liturgique nous donne donc à voir l'unique mystère selon différents points de vue. À Noël, on regarde le mystère de l'incarnation, vu de la crèche. Le Vendredi saint, on le regarde du pied de la croix. À Pâques, on le regarde "au bord du tombeau vide" si j'ose dire, et à la Pentecôte, on le regarde depuis le Cénacle. C'est toujours le même mystère que, dans sa sagesse et dans sa pédagogie, l'année liturgique nous donne à contempler de différents points de vue. Et puis il y a d'autres branches : les fêtes de la Bienheureuse Vierge Marie et les fêtes des martyrs, puis des saints.
La pastorale du temps liturgique
Le Pape termine cette catéchèse en soulignant le caractère pédagogique de l'année liturgique, en précisant une chose importante, surtout en ces temps de sécularisation : il n'y a pas de pastorale digne de ce nom qui fasse l'économie d'une insertion dans l'année liturgique. Quand nous étions encore en temps de chrétienté, l'année liturgique chrétienne irriguait l'année civile. Actuellement, ce n'est plus le cas. Il est donc important que dans notre pastorale et dans notre vie chrétienne, nous soulignions particulièrement les grands temps liturgiques que sont l'Avent, le temps de Noël, le carême, le temps pascal. Notamment par les chants (même si le pape ne l'évoque pas) : un chant de carême n'est un chant du temps pascal.
La propension actuelle à niveler tous les chants, par la louange ou la méditation par exemple, sans tenir compte du temps liturgique, est à ce titre regrettable, l’année liturgique nous aidant à vivre chrétiennement le temps qui nous est donné par Dieu, comme le rappelle Léon XIV.
Pratique :











