Quatre ans de conflit en Ukraine ont changé les deux pays belligérants, leurs voisins, ainsi que la façon de conduire les hostilités. Comme à son habitude, analyse le géopolitologue Jean-Baptiste Noé, la guerre a changé les sociétés, la tactique et la façon de conduire la diplomatie.
Il y a un invariant dans la guerre, c’est que toute guerre courte est très souvent appelée à durer. C’est le cas de la guerre en Ukraine qui, d’une opération spéciale de quelques jours, est devenue un conflit qui, pour la Russie, a duré plus longtemps que la Seconde Guerre mondiale. Le temps a transformé le combat et changé les sociétés.
Les civils et la guerre
Le premier grand changement est celui des civils, notamment en Ukraine. Des hommes qui n’avaient jamais eu la guerre comme horizon sont partis se battre et ont dû apprendre le métier de soldat, souvent très éloigné de leur emploi civil. À la fin des combats, il faudra réintégrer ces hommes, dont beaucoup sont blessés physiquement et psychologiquement. De quoi transformer en profondeur la société ukrainienne. Aux hommes du front s’ajoutent ceux de l’arrière. Les tirs réguliers sur Kiev et d’autres villes dans la profondeur ont engagé l’ensemble des civils dans le conflit, et pas uniquement ceux vivant près du front. La guerre marque le territoire, laisse des traces physiques, des bâtiments détruits, des stigmates urbains qu’il faudra rebâtir. Là aussi, bien longtemps après la fin des combats, les ravages de ceux-ci marqueront le pays.
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En Russie, la population civile, longtemps épargnée, est touchée à son tour. Les frappes ukrainiennes visent Moscou, Saint-Pétersbourg et des villes de l’intérieur. Ces derniers jours, ce sont quatre entrepôts de l’entreprise Wildberries, surnommée le Amazon russe, qui ont été détruits, pénalisant la vie des Russes. À quoi s’ajoutent une inflation de plus en plus forte, des pénuries ponctuelles d’essence, des entreprises ayant du mal à se financer, ce qui génère du chômage. En Russie, les conséquences de la guerre se voient aussi dans les départs d’une jeunesse russe qui fuit les combats et les restrictions. En Géorgie, à Dubaï, en Asie centrale, cette diaspora est de plus en plus nombreuse. Plus la guerre dure, plus elle refait sa vie ailleurs, ce qui rendra difficiles les retours, avec le risque d’être perçus comme des déserteurs. Pour la Russie, c’est une perte de population éduquée et intégrée qui lui sera dommageable sur le temps long.
La guerre des drones
La seconde transformation majeure est d’ordre tactique, avec l’omniprésence des drones. Qu’ils servent à surveiller ou à attaquer, ils se sont imposés comme une arme redoutable et indispensable. La première guerre où ils furent employés de façon massive fut celle qui se déroula au Karabagh, entre l’Azerbaïdjan et l’entité arménienne. Mais en Ukraine, les drones ont pris une autre dimension. Ce ne sont plus des auxiliaires, mais des moyens de premier plan, indispensables à la conduite des affaires militaires. Toutes les armées du monde scrutent cet emploi, pour adapter leurs troupes et leur outil industriel. Toutes les guerres ont engendré des innovations et celle-ci n’échappe pas à la règle. La guerre d’aujourd'hui est en train de façonner celle de demain.
Une diplomatie hors-jeu
L’autre grand enseignement est celui de l’échec de la diplomatie. Beaucoup de choses ont été tentées, des médiations mises en place, publique et secrète, y compris avec la Turquie et l’entremise de la Chine. Donald Trump et Vladimir Poutine se sont rencontrés il y a un an, les Européens ont organisé de nombreux sommets, ce qui a permis de structurer l’aide à l’Ukraine, mais sans jamais aboutir à un arrêt des combats. La diplomatie du Vatican s’y est aussi essayée, notamment avec la mission du cardinal Zuppi, envoyé par le pape François pour rencontrer les dirigeants chinois, russes et ukrainiens. Cela n’a rien donné. Cette mission s’inscrit dans la liste des échecs d’une diplomatie hors-jeu.
Il faudra là aussi en tirer les conséquences et voir ce qu’il est désormais possible de faire pour que la diplomatie puisse de nouveau être effective. En Ukraine, au Soudan, en Birmanie, au Levant, en Iran, au Kivu, partout où la guerre fait rage, le diplomate est incapable de l’éteindre. C’est un pompier devenu impuissant face à des conflits qui ravagent des millions de vies. La diplomatie est sans solution et la bonne volonté ne suffit pas. Le Saint-Siège, avec son expérience pluriséculaire, aura un rôle à jouer dans cette rénovation.





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