Et si le potager devenait un tuteur spirituel ? À l’image de la tomate, passons du vert au rouge. Une chronique à retrouver dans le numéro spécial été d’Aleteia Magazine.
Depuis la Pentecôte, fêtée à la fin du mois de mai, et pour tout l’été, les prêtres revêtent normalement des ornements de couleur verte, pour ces semaines qualifiées de "temps ordinaire" par la liturgie. Une période qui représente près de la moitié de l’année. Le vert est la couleur de l’espérance, apprend-on au catéchisme. En politique, celle des écologistes. Chez l’historien des couleurs Michel Pastoureau celle de l’incertitude… Qui regarde les champs le constatera : y est vert ce qui n’a pas atteint son plein développement, tel un champ de blé au mois de juin. En ce sens, le vert est instabilité, mais une instabilité en vue d’une maturité, d’une plénitude. Voilà pourquoi le vert est plein d’espérance : il nous fait attendre une situation meilleure.
Ordinaire, donc, cette espérance qui habite les cœurs des chrétiens comme le vert recouvre les épaules des prêtres ? Comment comprendre cette appellation propre à la liturgie francophone ? Le latin parle de dimanches per annum ("dans l’année")…ce qui n’est pas beaucoup plus clair. Ce qui est ordinaire, n’est-ce pas ce qui est habituel, banal, normal ? Jésus lui-même a vécu cette réalité, pendant les trente années qu’il passa à Nazareth auprès de ses parents. Une vie cachée qui préparait la vie publique, trente ans pour trois années de prédication, et trois ans pour trois jours, ceux du Mystère pascal, de la mort et de la résurrection. Ainsi l’ordinaire prépare-t-il l’extraordinaire et nourrit-il l’espérance. Dans les champs, la récolte n'est qu'un moment succinct, alors que la croissance requiert le temps long. Cette durée peut être synonyme de découragement : notre vie ici-bas est souvent routinière, parfois fade. Nous avons de grands projets mais notre paresse nous retient, nous voulons suivre le Seigneur, mais la tentation nous astreint.
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Que faire ? Pour sortir d’une possible lassitude, voici une proposition, qui pourrait sembler potache mais qui n’est que potagère : imitons la tomate ! Avant d’atteindre sa maturité, elle est ordinairement verte et difficile à cueillir. Pourtant, au fil des jours, elle rougit jusqu’à devenir charnue et bonne à déguster. Alors, et alors seulement, elle se laisse cueillir. Le temps ordinaire nous le rappelle opportunément : nous sommes verts, raides, nous avons besoin de temps pour nous convertir. Eh bien, mettons-nous au soleil, patientons, essayons d’accepter nos manquements et nos mauvaises habitudes. Non pour nous complaire en eux, mais pour accepter avec confiance que le Seigneur nous travaille avec sa douce clarté, jusqu’à son retour. Ce sera alors la fin du temps ordinaire, le Christ révélera toute chose et ouvrira le ciel aux cœurs prêts à voir le Père face à face. La solennité du Christ-Roi, en novembre, n’en est que la préfiguration, mais l’essentiel est déjà fait. Le Christ a vaincu la mort, rien ne peut désormais nous séparer de l’amour de Dieu. Espérons donc, en vert et contre tout.
Pratique





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