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Et si c’était la femme qui faisait une demande en mariage ?

8 min de lecture
Mathilde-et-Geoffrey.jpg

Crédit : M&G

C'est dans une deux-chevaux, au détour d'un chemin de campagne, que Mathilde a demandé Geoffrey en mariage en 2019.

Traditionnellement associée aux hommes, la demande en mariage se conjugue aussi au féminin. Certaines femmes osent demander leur bien-aimé en mariage et réinventent, à leur manière, les codes de l'engagement. 

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Longtemps, la scène a semblé immuable : un homme met un genou à terre, ouvre un écrin et demande à la femme qu'il aime de l'épouser. Pourtant, ce scénario n'a rien d'une obligation. De plus en plus de femmes prennent l'initiative, par conviction, par impatience parfois, mais surtout parce qu'elles considèrent que l'engagement appartient aux deux personnes.

C’est le cas de Margaux, 28 ans, qui a fait sa demande en mariage à Amaury, en 2023, à 4.500 mètres d'altitude, au cœur des montagnes népalaises. L'idée ne lui est pourtant pas venue sur un coup de tête. Le couple, qui s'est rencontré en classe préparatoire, parlait depuis longtemps de mariage. "On était toujours en phase sur le moment où on voulait se marier. Pour nous, il était important de terminer d’abord nos études, de commencer à travailler...", se souvient Margaux. Si, au départ, la jeune femme imaginait plutôt recevoir une demande dite classique, les choses évoluent peu à peu. "Je suis assez romantique, donc je pensais qu'il le ferait. Mais je plaisantais souvent en lui disant : "Si tu mets trop de temps, je le ferai moi-même."" C’est ainsi que l’idée a fini par faire son chemin. Ce qui la décide ? Un voyage surprise qu'elle organise au Népal, un pays où elle avait effectué une mission humanitaire quelques années plus tôt. "Je me suis dit que ce serait l'occasion parfaite. En revanche, j’avais peur qu’il ait exactement la même idée que moi !"

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Une fois sa décision prise, impossible de faire marche arrière. Margaux choisit une montre et la dissimule pendant tout le voyage. "Je comprends maintenant ce que vivent les hommes quand ils cachent une bague. J'avais constamment peur qu'il la découvre !", sourit-elle. Au terme d'une randonnée, le couple s'éloigne discrètement de leurs amis. Assis côte à côte, face aux montagnes, Margaux sort la montre et pose simplement la question. "Il était très ému. Il ne s'y attendait pas du tout. Il m'a dit oui tout de suite", se souvient-elle. Du côté d'Amaury, aucune frustration, il a accepté la demande avec joie. "J'avais prévu de faire ma demande deux ou trois mois plus tard. Mais je n'ai jamais pensé : "C'est dommage, je voulais le faire." J'étais simplement très heureux", confie-t-il. Et d’ajouter : "On avait déjà beaucoup parlé du mariage. La question de savoir qui ferait la demande n'avait jamais été un sujet. Dans notre couple, cela correspond à nos valeurs : je n'accorde pas d'importance au fait que certaines choses devraient être réservées aux hommes". 

"Veux-tu cheminer vers le mariage avec moi ?"

Pour d'autres, comme Anne et Thibaud, la demande prend la forme d'une conversation. Pas de décor grandiose, pas de genou à terre, ni de surprise soigneusement orchestrée : juste une discussion qui, au fil des mots, fait basculer leur histoire. Lorsqu’ils se rencontrent en 2015 par l'intermédiaire d'amis, le mariage n'est pas un sujet de conversation récurrent dans leur couple. Mais avec le temps, et au fil des mariages de leurs amis, le sujet commence à émerger dans l’esprit d’Anne. "J'essayais d'aborder le sujet, sans vraiment avoir de répondant en face", se souvient-elle. Puis, un soir, à la veille des fiançailles de sa sœur, alors que le couple dîne au restaurant, elle décide d'être plus directe : "Je lui ai simplement dit : "On se lance ? On se marie ?"". Cette fois, Thibaud entre pleinement dans la discussion. Le lendemain, lors des fiançailles familiales, ils annoncent à leurs proches leur décision de se marier. Alors que certaines auraient pu regretter l’absence d’une demande romantique avec une belle bague, Anne avoue n’avoir "jamais fantasmé une demande parfaite". 

Comme Anne, Mathilde a elle aussi choisi de prendre les devants. Avec Geoffrey, elle imagine d'abord une demande plus traditionnelle… "Il imaginait me faire une demande un peu à l'américaine. Mais quand je lui ai fait comprendre que je voulais quelque chose de plus simple, de moins public, je pense qu'il s'est retrouvé un peu perdu", raconte-t-elle. Alors, en novembre 2019, c'est elle qui décide de créer son propre moment. Ce jour-là, le couple doit se rendre dans la maison de campagne des parents de Geoffrey pour récupérer une deux-chevaux. Sur les petites routes de campagne et au milieu des chemins bordés de forêts, Mathilde sent que l'occasion est parfaite. Elle ne choisit pourtant pas les mots traditionnels. "Je ne voulais pas lui demander : "Veux-tu m'épouser ?" Pour moi, c'est une question que l'on pose plutôt le jour du mariage. Alors je lui ai demandé : "Veux-tu que nous cheminions ensemble vers le mariage ?"". Geoffrey, lui, ne comprend pas immédiatement qu'il s'agit d'une demande officielle. "Il m'a répondu : "C'est ce qu'on fait déjà", sans réaliser que je lui posais vraiment la question", se souvient Mathilde avec le sourire. Lorsqu'il réalise enfin la portée de la question, Geoffrey accueille la demande avec émotion et lui répond oui. 

Mathilde et Geoffrey, le jour de leur mariage.

"Ce n'était pas la demande la plus classique", reconnaît Mathilde. Le couple choisit toutefois de garder ce moment pour lui pendant deux mois pour profiter de cette parenthèse rien qu'à deux. Les fiançailles ont finalement lieu en juillet 2020, avant leur mariage en juillet 2021. La deux-chevaux qui les avait conduits jusqu'à ce moment symbolique retrouve même une place particulière le jour de la cérémonie, comme un clin d'œil à cette demande pas comme les autres. Aujourd'hui parents d'un petit garçon de 15 mois et bientôt d'un deuxième enfant, Mathilde et Geoffrey relisent cette histoire avec le même bonheur.

Le sens derrière le geste 

Deux histoires, deux façons de prendre les devants. Mais une même question demeure : que dit cette inversion des rôles dans le couple ? Est-elle simplement le reflet de l'évolution des mentalités ou révèle-t-elle aussi une manière singulière de vivre l'engagement ?

Pour Laurence Sédille, conseillère conjugale et familiale au cabinet Mots Croisés, à Paris, la réponse se trouve moins dans le geste lui-même que dans l'intention qui le motive. Faire sa demande peut traduire une difficulté à attendre que son compagnon soit prêt. "Peut-être a-t-il simplement besoin de quelques semaines ou de quelques mois supplémentaires pour mûrir sa propre demande. Cette différence de rythme mérite d'être observée et respectée." À l'inverse, cette initiative peut aussi répondre à un besoin de mettre des mots sur un engagement déjà bien présent. "C'est une manière d'exprimer clairement son désir de construire sa vie avec cet homme", note Laurence Sédille. Car si les couples accumulent souvent les projets communs — officialiser leur relation, emménager ensemble, acheter un bien ou avoir un enfant — certains ressentent malgré tout le besoin d'une parole explicite. La spécialiste invite également à réfléchir à la manière dont cette demande sera reçue. "Si l'on compare la demande en mariage à un cadeau, comment l'homme vit-il le fait de recevoir ce cadeau qu'il espérait peut-être offrir ?" Une question qui ne remet pas en cause l'initiative de la femme, mais qui souligne l'importance de prendre en compte le désir et le rythme de chacun. "Les engagements communs répondent déjà en partie à la question : "Veux-tu engager ta vie avec moi ?", observe Laurence Sédille. "Mais la demande en mariage vient aussi répondre à une autre interrogation : "Veux-tu engager ta vie pour moi ?"". Une nuance qui renvoie à la liberté du choix et au don de soi.

Au fond, que la demande soit formulée par un homme ou par une femme importe peut-être moins que ce qu'elle révèle : une volonté commune de s'engager, au moment où les deux personnes se sentent prêtes. Car derrière le symbole, ce n'est pas celui ou celle qui pose la question qui fait le mariage, mais bien la liberté de chacun et le projet de vie que les deux choisissent de construire ensemble.