Le nombre de naissances a de nouveau reculé en France au premier semestre 2026, confirmant la baisse historique de la natalité observée ces dernières années. Malgré un ralentissement de la baisse, les spécialistes estiment que le recul de la natalité s'inscrit dans une tendance de fond qui pourrait encore se prolonger.
Toujours moins de bébés. Entre janvier et juin 2026, un peu moins de 314.000 bébés sont nés en France, contre plus de 317.000 un an plus tôt, selon les données provisoires publiées jeudi 30 juillet par l'Institut national de la statistique (Insee). En moyenne, le nombre quotidien de naissances a reculé de 1,1%. "On atteint des niveaux bas, peut-être qu'on arrive sur un plateau mais rien n'indique que ça pourra remonter", commente auprès de l'AFP Didier Breton, professeur de démographie à l'Université de Strasbourg. "Construire des projets devient de moins en moins évident pour les gens".
"Les canicules qui viennent d'arriver sont angoissantes, je pense qu'elles vont renforcer le manque de confiance dans l'avenir."
Le recul de la natalité se poursuit toutefois à un rythme moins soutenu que ces dernières années. En 2023, le nombre de naissances avait chuté de 6,6% sur un an, avant de reculer de 2,8% en 2024 puis de 2,3% en 2025.
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Quand l'incertitude freine le désir d'enfant
Difficultés à trouver un emploi stable, à louer ou acheter un logement suffisamment grand, inquiétudes face à la conjoncture économique ou au réchauffement climatique… Autant de facteurs qui peuvent conduire à repousser, voire à abandonner, un projet d'enfant selon les spécialistes. Les récentes vagues de chaleur pourraient encore accentuer cette tendance, estime le démographe Didier Breton. "Les canicules qui viennent d'arriver sont angoissantes, je pense qu'elles vont renforcer le manque de confiance dans l'avenir. Or, pour avoir un enfant, il faut être capable de se projeter."
Cette combinaison de facteurs nourrit une tendance de fond. En 2025, 644.000 bébés sont nés en France, soit près d'un quart de moins qu'en 2010, année du dernier pic des naissances selon l'Insee. Si cette tendance se poursuit, le nombre de naissances pourrait tomber autour de 635.000 en 2026, un niveau qui serait le plus faible enregistré depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et ce pour la cinquième année consécutive.
À plus long terme, le recul de la natalité préoccupe la classe politique, qui s'inquiète notamment des conséquences qu'il pourrait avoir sur le financement du système de protection sociale. En effet, cette situation avait conduit le président de la République Emmanuel Macron, à appeler à un "réarmement démographique" de la France. Pour soutenir les familles, le gouvernement a ainsi instauré, depuis juillet, un nouveau congé de naissance indemnisé pouvant aller jusqu'à deux mois pour chacun des parents. Une mesure saluée par les experts, qui estiment néanmoins qu'elle ne suffira pas, à elle seule, à enrayer le recul de la natalité.
Un rebond difficile
"La tendance est bien installée. Nous sommes à un point bas et nous continuons à creuser. Cela peut aller beaucoup plus loin, comme on le voit déjà en Italie, au Japon ou en Corée", observe auprès de l'AFP l'économiste Maxime Sbaihi, auteur de l'essai "Les Balançoires vides". En Corée du Sud, le taux de fécondité est tombé à 0,8 enfant par femme en moyenne en 2025, un niveau très inférieur au seuil de renouvellement des générations, fixé à 2,1 enfants par femme. "Plus la natalité baisse, plus il devient difficile et long pour la voir rebondir", précise Maxime Sbaihi. Car moins de bébés signifie "que le nombre de futurs parents potentiels se réduit" et que la population s'habitue à la "nouvelle norme sociale" d'avoir peu d'enfants ou de ne pas en avoir.
La France est toutefois encore loin de connaître une situation comparable, souligne l'économiste. En 2024, son taux de fécondité s'établissait à 1,61 enfant par femme, le deuxième plus élevé de l'Union européenne, derrière la Bulgarie.
Ce constat ne dissipe pas les inquiétudes pour autant. L'été dernier, une étude de l'Institut national d'études démographiques (Ined) révélait que le désir d'enfant avait nettement reculé en vingt ans, laissant présager une poursuite de la baisse de la fécondité. À cette diminution des naissances s'ajoute une hausse du nombre de décès, liée à l'arrivée des générations nombreuses du baby-boom à des âges de forte mortalité. Conséquence de ces deux phénomènes, la France a enregistré en 2025, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, un solde naturel négatif, c'est-à-dire davantage de décès que de naissances. Ce solde devrait encore se dégrader en 2026.





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