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“Ce sont des chevaliers” : l’engagement des pompiers de Paris raconté par leur aumônier

8 min de lecture
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Crédit : ALAIN JOCARD / AFP

Pompiers de la brigade des pompiers de Paris à Marcheprime à l'ouest de Bordeaux le 26 juillet 2026 alors qu'un feu de forêt ravage la forêt au nord du bassin d'Arcachon (Gironde) depuis le 22 juillet.

Venus renforcer les sapeurs-pompiers mobilisés depuis les premières heures sur les incendies du Sud-Ouest, les pompiers de Paris (BSPP) découvrent un terrain différent de leurs interventions habituelles. Le padre Gaëtan, aumônier, témoigne de leur fatigue, de leur esprit de service et de l’accompagnement spirituel qui les soutient.

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Depuis le 23 juillet, la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris est engagée en renfort aux côtés des sapeurs-pompiers des départements touchés par les incendies de forêt dans le Sud-Ouest. À la demande des services de secours locaux, plusieurs détachements de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) ont été projetés en Gironde et dans les Landes pour appuyer les équipes mobilisées sur le terrain depuis les premières heures. Au total, près de 200 militaires de la Brigade participent à cette opération d’ampleur, avec des moyens spécialisés, dont une unité dédiée aux feux de forêt déployée à Biscarrosse. Face à des incendies particulièrement éprouvants, ces pompiers de Paris découvrent un environnement différent de leurs missions habituelles, mais avec la même exigence : servir et protéger les populations. "Combattre le feu est extrêmement éprouvant physiquement", rappelle auprès d'Aleteia Padre Gaëtan, aumônier de la BSPP. Resté à Paris pour poursuivre sa mission auprès de la Brigade, l’aumônier sait néanmoins que les pompiers engagés sur le terrain comptent sur sa prière, et celle des autres. "Cette solidarité, cet écrin de prière autour d’eux, les touche beaucoup." Entretien.

Aleteia : Le grand public voit les flammes. Vous, que voyez-vous chez les hommes qui combattent ces incendies ?
Padre Gaëtan :Je ne suis pas sur place : je suis à Paris alors que les hommes se battent en Gironde et à Biscarrosse. Mais nous avons des "RETEX", des retours d’expérience, et ce qui ressort d’abord, c’est qu’il y a beaucoup de fatigue. Combattre le feu est extrêmement éprouvant physiquement. Il faut dérouler les tuyaux, porter le matériel, dormir peu. Et il faut aussi lutter contre la chaleur, qui attaque directement le corps. Beaucoup de photos ont montré des pompiers prenant quelques instants de répit "au cul du camion". Ces moments sont importants : il y a un vrai besoin de reprendre des forces, en grappillant dix minutes ici et là avant de repartir. À Paris, il a été fait appel au volontariat. Je sais que, dans toutes les casernes de France, beaucoup de pompiers se sont portés volontaires. Ceux qui n’ont pas été sélectionnés sont très frustrés, ils étaient même prêts à raccourcir leurs permissions pour partir ! Cela montre cet esprit de volontariat et de service qui les anime. Il faut aussi rappeler cette proximité entre tous les pompiers. Ce matin encore, une minute de silence a été observée pour deux pompiers morts au feu à Mérignac, Anthony Berthome et Wilfrid Schmitter. Même à Paris, on ne les oublie pas.

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Les Français mesurent-ils l’engagement demandé aux pompiers ?
Je ne sais pas si l’on mesure vraiment toute la fatigue accumulée. En revanche, les Français reconnaissent l’engagement de la BSPP, qui est sur le pont 24 heures sur 24, comme celui des pompiers en général. Il existe un grand attachement à leur égard. Pendant la canicule, ils ont déjà été très mobilisés. Et juste après, ils repartent sur un terrain qui n’est pourtant pas celui auquel ils sont habituellement confrontés. 

En tant que padre, ils me demandent souvent de venir leur faire "un petit coucou " Dans leur langage, cela veut dire une bénédiction.

Car il faut rappeler que les pompiers de Paris interviennent principalement sur des feux d’appartement, de parking, ou sur du secours aux victimes. Les feux de forêt ne sont pas leur spécialité. Certains ont appris en province, mais tous arrivent avec beaucoup d’humilité et se mettent aux ordres de ceux qui savent gérer ces situations. C’est quelque chose qui leur a beaucoup été répété avant de partir : soyez humbles, écoutez ceux qui savent mieux que vous. Ce sont les trois valeurs morales fondamentales qui caractérisent l'éthique des sapeurs-pompiers : efficience, altruisme, discrétion. À la BSPP, cette dimension du risque est inscrite au fond du cœur des hommes. C’est ce que rappelle leur devise, “Sauver ou périr”.  Sur ces incendies, c’est encore plus prégnant, parce qu’ils s’attaquent à un feu qu’ils maîtrisent moins que les interventions habituelles. Ici, un coup de vent peut complètement changer la situation. En quelques instants, un véhicule peut être encerclé par les flammes. Ils savent donc qu’ils prennent un risque élevé. 

Quel est concrètement votre rôle auprès des pompiers en ce moment ?
Je suis resté à Paris parce que la mission continue aussi ici. Mais je sais qu’ils comptent sur ma prière. Les hommes me connaissent. Je partage leurs joies, leurs inquiétudes. Je fais partie des leurs. Quand je suis arrivé après l’abbé Fournier, je me suis dit que le meilleur moyen de connaître les pompiers était d’aller moi aussi “au charbon”. C’est pour cela que je prends une garde par semaine dans une caserne de Paris. Les pompiers savent que ma mission n’est pas de faire un massage cardiaque, même si cela m’est déjà arrivé, ni de participer à un accouchement, même si je l’ai fait aussi. Ma mission est spirituelle.

Cet écrin de prière autour d’eux les touche beaucoup.

En tant que padre, ils me demandent souvent de venir leur faire "un petit coucou " Dans leur langage, cela veut dire une bénédiction. Pour eux, c’est une forme de sécurité, mais ce n’est pas de la superstition. Un de nos hommes m’a dit qu’il emportait le chapelet que je lui avais offert au PMI. Je ne sais pas s’il a eu le temps de le sortir, mais il emmène la Sainte Vierge avec lui. Ils sont mariés, ils ont une petite amie, des enfants, des amis. L’objectif, c’est que tout le monde revienne. Ils sont là pour faire leur possible, mais la priorité, c’est de revenir vivant. 

Comment les Français peuvent-ils soutenir les pompiers engagés ?
Les pompiers sont très touchés par ce dévouement et par toutes les marques de reconnaissance des Français. Ils sont aussi très sensibles à l’aide apportée par les agriculteurs sur le terrain. Par les paroisses, je reçois beaucoup de messages : "Que peut-on faire ?" Je leur réponds : priez pour les pompiers. Sur Hozana, beaucoup de groupes se sont créés pour prier pour la fin des feux et pour la protection des pompiers. Ils y sont très sensibles.

Les pompiers de la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris (BSPP) reconstituent leurs réserves d'eau grâce au réservoir de tracteur d'un agriculteur alors qu'ils opèrent à Marcheprime, à l'ouest de Bordeaux, le 26 juillet 2026.

Bien sûr, une bouteille d’eau apportée est appréciée. Mais cette solidarité, cet écrin de prière autour d’eux, les touche beaucoup. Les catholiques parce qu’ils y croient, mais aussi les non-catholiques, parce qu’ils voient qu’on se soucie d’eux et qu’on souhaite simplement qu’ils puissent revenir à la maison en bonne santé. Je suis certain que des monastères prient pour les soldats du feu. Je sais aussi que, dans certaines familles, lors de la prière du soir, des petits enfants prient pour les pompiers. C’est cela qui est magnifique. 

Qu'est-ce que ces pompiers nous apprennent sur l'engagement ?
Ce qui me frappe d’abord, c’est leur dévouement. J’insiste sur ce point parce qu’il est révélateur : les volontaires ont mis une pause sur leurs permissions pour servir et sauver. La comparaison est un poison, mais je connais peu de gens qui feraient cela. La seule chose que je crains, c’est que cet engagement soit oublié, comme cela a pu être le cas avec les infirmières après le Covid. On les applaudissait, puis aujourd’hui, dans les hôpitaux, on voit des affiches rappelant le respect à avoir envers elles. J’espère que cet engagement ne sera pas oublié. Ceux qui font partie de l’aumônerie savent qu’un jour le Bon Dieu les remerciera. Alors tant pis pour la versatilité du cœur humain. Merci aussi aux journalistes et à tous ceux qui rappellent la beauté et la force de cet engagement, de ce combat. Les pompiers combattent le Mal, avec un grand M, qui se sert du feu pour combattre la Création. Ce sont des chevaliers.