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“Croire ouvre le champ des possibles” : le chemin lumineux de Claire

5 min de lecture
Claire a enfoui le traumatisme du viol qu'elle a subi enfant. Aujourd'hui, dans son livre "À cœur vaillant", paru chez Fayard, elle choisit de raconter son histoire pour offrir un message d'espoir à ceux qui traversent l'indicible.

Crédit : @NikosAliagas

Claire a enfoui le traumatisme du viol qu'elle a subi enfant. Aujourd'hui, dans son livre "À cœur vaillant", paru chez Fayard, elle choisit de raconter son histoire pour offrir un message d'espoir à ceux qui traversent l'indicible.

Pendant vingt-huit ans, Claire a enfoui le traumatisme du viol qu'elle a subi enfant. Dans son livre "À cœur vaillant", paru chez Fayard en avril, elle choisit de raconter son histoire pour offrir un message d'espoir à ceux qui traversent l'indicible.

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Avec sa voix douce et son sourire lumineux, rien ne laisse deviner les années de combat qu'a traversées Claire Hestia. Petite fille, elle découvre très tôt ce que personne ne devrait connaître. À huit ans, elle est victime d'un viol. L'agresseur, un ami de sa mère, l'enferme dans le silence et abuse d'elle psychologiquement. Pendant près de trente ans, elle ne révèle rien à personne, pas même à sa mère. "Le secret m'a d'abord protégée", confie-t-elle aujourd'hui dans son ouvrage "À cœur vaillant", paru en avril chez Fayard. "J'étais une enfant. Je savais que quelque chose n'était pas bien, mais le silence permettait presque à l'horreur de ne pas exister."

"Croire ouvre la voie. Croire ouvre le champ des possibles. On peut croire en soi, croire au destin, croire en Dieu. Il faut croire que quelque chose de bon arrivera."

Les années passent. Son corps parle à la place des mots. Anorexie, boulimie… Pourtant, au milieu de la détresse, une lumière demeure : les livres. "Ils ont été mon oxygène pour vivre. Ils m'ont permis de croire que des choses étaient possibles. En lisant le malheur des uns ou le bonheur des autres, je me disais que tout restait possible." Écrire est alors un rêve discret. Jusqu'au jour où un ami lui lance presque comme une évidence : "Tu devrais écrire. La transmission compte." "Je suis rentrée chez moi et je l'ai fait. Je crois qu'il faut être attentif aux signes que la vie met sur notre chemin", confie-t-elle. 

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Sortir de l'anorexie

Au fil des années, Claire comprend qu'elle ne guérira pas uniquement par la volonté. "Quand j'ai voulu sortir de l'anorexie, j'ai pris un chemin improbable. J'ai suivi mon instinct." Un jour, au réveil, elle a "un plan en tête". "Je me suis dit qu’à partir d’aujourd’hui tout allait changer, que ma vie serait belle, que j’allais naître à nouveau", écrit-elle. Et parce que le viol l’a fait passer "d’enfant à adulte d’une seconde à l’autre", elle cherche à rebasculer à sa naissance. Chose saugrenue : elle achète un biberon et, petit à petit, recommence à se nourrir. D’abord de lait puis de petits pots pour bébés. Elle retrouve ainsi, après une longue route, une stabilité. Mais Claire le sait : on ne guérit jamais vraiment de l’anorexie. "Il en est du comportement alimentaire comme de l’alcoolisme ou de la drogue, c’est à vie. On est en rémission pour toujours."

Peu à peu naît une conviction qui irrigue aujourd'hui tout son livre. "Croire ouvre la voie. Croire ouvre le champ des possibles. On peut croire en soi, croire au destin, croire en Dieu. Il faut croire que quelque chose de bon arrivera." Sa foi n'est pas héritée de son enfance. Elle n'a reçu aucune éducation religieuse. "Je ne suis pas baptisée. C'est la vie qui m'a conduite vers Dieu. Très vite, je me suis dit : "Tu dois croire." Alors j'ai cru à ma manière." Pour elle, chaque événement finit par trouver sa place, "comme un puzzle". "Si l'on accepte les belles choses de la vie, il faut aussi accepter les plus douloureuses. Un jour, leur sens apparaît."

"Le cœur est trop petit pour contenir la haine"

Dans l’ouvrage de Claire, une phrase de Jean Cocteau revient comme un fil rouge : "Ne haïr que la haine." Elle en fait une règle de vie. "Je ne voulais pas que cet homme me prenne plus que ce qu'il m'avait déjà pris." Alors, au mensonge que son agresseur lui a imposé, Claire répond par la vérité, en toutes circonstances :"Le cœur est trop petit pour tout contenir. Il faut choisir ce qu'on décide d'y mettre. Si on le remplit de haine, on reste enfermé dedans toute sa vie." 

"Ma vie a du sens quand j'aide les autres, quand j'essaie d'être une belle personne."

Dans sa reconstruction, certains visages deviennent des phares. L'un d'eux est celui de Boris Cyrulnik. "Quand j'ai découvert son histoire, je me suis dit : "S'il y est arrivé, alors moi aussi."" Le psychiatre, rescapé de la Shoah, lui montre qu'un traumatisme n'interdit jamais une vie féconde. "Il était la preuve vivante que l'on pouvait transformer sa blessure en quelque chose qui aide les autres."

"Dieu avait peut-être une mission pour moi"

Aujourd'hui encore, Claire relit son histoire avec une étonnante liberté. "Si je devais recommencer ma vie, je voudrais qu'elle soit la même." Une phrase qui surprend avant qu'elle n'en dévoile le sens. "Je pense que Dieu avait une mission pour moi. Peut-être que ce livre aidera une, deux ou trois personnes. Si c'est le cas, alors tout cela aura servi à quelque chose." Sa manière de vivre la foi tient en quelques mots. "Ma vie a du sens quand j'aide les autres, quand j'essaie d'être une belle personne. Il y a des qualités auxquelles je ne veux jamais renoncer : la gentillesse, la générosité et l'élégance."

Au bout de ce long chemin, il y a aussi une rencontre : son mari, qui connaît toute son histoire. "Il accueille avec beaucoup de douceur ce qu'il me reste d'angoisses. Quand certains souvenirs reviennent, il me dit simplement : "Ce n'est pas grave." Il comprend." Elle sourit. "Je lui dis souvent que je suis née pour lui et par lui." 

Pratique :

À cœur vaillant, Claire Hestia, Fayard, avril 2026, 20,90€ euros, 213 pages