Engagés depuis quarante ans dans l’évangélisation des couples, Alex et Maud Lauriot Prévost croient beaucoup dans la fécondité missionnaire de l’alliance du sacerdoce et du mariage. À l’exemple de saint Paul et des époux Priscille et Aquila, l’Église gagnerait grandement à (re)découvrir la complémentarité de ces deux vocations.
Pendant longtemps, le couple missionnaire formé par Priscille et Aquila est resté étonnamment discret dans la mémoire de l'Église. Pourtant, saint Paul les cite parmi ses plus proches collaborateurs, et plus encore, il leur exprime une gratitude exceptionnelle : "Ils ont risqué leur tête pour sauver ma vie" (Rm 16,4). Il est très étonnant, relevait le pape François en 2019, que ce couple auquel "toutes les Églises des païens sont redevables" soit demeuré si peu présent dans la réflexion de l'Église, quasiment depuis les premiers temps apostoliques.
Coopération missionnaire
Entre 2019 et 2021, le pape François est revenu à plusieurs reprises sur Priscille et Aquila : ses enseignements constituent un véritable appel adressé à toute l'Église, relevant qu’ils ne sont pas seulement un beau témoignage conjugal du passé, mais qu’ils offrent un modèle profondément actuel et fécond ; il affirme même que "l'Église en a besoin partout dans le monde". Une des raisons majeures de cette prise de conscience à la fois forte et nouvelle vient sans doute de cette nécessité actuelle — fortement amorcée par le concile Vatican II puis développées dans de multiples dynamiques pastorales qui ont suivi — de la complémentarité du mariage et du sacerdoce : l'annonce de l'Évangile grandit lorsque les vocations ne vivent pas côte à côte, mais ensemble, de manière complémentaire et articulée. Paul demeure pleinement apôtre, Priscille et Aquila demeurent pleinement époux, aucun ne se substitue à l'autre et leurs appels à servir le Christ se renforcent mutuellement dans une même œuvre missionnaire.
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Cette communion n'efface pas les différences ; elle les ordonne au service de l'Évangile.
Saint Paul les appelle ses "coopérateurs dans le Christ Jésus" (Rm 16,3). Le pape François invite à méditer ce terme. Il ne désigne pas une simple collaboration pratique. Il exprime une véritable synergie spirituelle : proximité, confiance, partage des responsabilités, complémentarité des charismes et unité dans une même mission. Cette communion n'efface pas les différences ; elle les ordonne au service de l'Évangile.
Incarnation dans le réel
Cette synergie n'est pas le fruit d’une tactique pastorale ou organisationnelle : le pape rappelle qu'elle est avant tout "un don de l'Esprit Saint" : selon lui, ce n'est pas Paul qui "invente" Priscille et Aquila, mais l'Esprit qui les fait se rencontrer, travailler ensemble pour l'édification des Églises et se soutenir dans leurs missions respectives ; en effet, ils soutiennent Paul jusqu'à risquer leur vie pour lui, et, pour sa part, l'Apôtre leur manifeste publiquement son estime et sa reconnaissance : il les élève à la dignité de véritables coopérateurs de son ministère apostolique. Tout cela forme une très belle image de la communion ecclésiale : unité, amour et soutien dans la diversité.
Lorsqu'ils se reconnaissent, se soutiennent et travaillent ensemble, chacun demeure pleinement lui-même tout en permettant à l'autre de porter davantage de fruit.
La crédibilité de ce trio apostolique vient aussi de leur incarnation dans leur réel : tous trois exercent le même métier de fabricants de tentes, ils vivent de ce métier, ne sont pas des missionnaires fonctionnaires car, Paul, comme ses compagnons, "n’a été à la charge de personne pour annoncer l’Évangile" (2 Co 11, 7-9). Aujourd'hui encore, comme les saints Louis et Zélie Martin, les couples chrétiens sont présents au cœur des familles, des entreprises, des quartiers, des écoles et de la vie de la cité : cette expérience incarnée constitue une richesse irremplaçable pour l'évangélisation de nos contemporains, des "vraies gens".
Redécouvrir l’alliance des deux appels de Dieu
Le pape François va plus loin dans sa réflexion : il invite les évêques et les prêtres à reconnaître, discerner et accompagner ces couples que l'Esprit appelle. Pour lui, ils ne sont pas des auxiliaires accessoires pour la mission mais "une force et une âme pour l'évangélisation" et la croissance des Églises locales.
Dans un contexte où la mission devient à la fois de plus en plus exigeante et à la fois assumée par l’Église, celle-ci gagnerait grandement à (re)découvrir cette alliance et cette synergie spirituelle et apostolique des deux appels de Dieu, sacerdoce et mariage, sans aucune hiérarchie : le premier renvoie au don total du Fils de Dieu et Bon Pasteur, le second révèle l’image de Dieu et les épousailles du Christ avec l’humanité ; lorsqu'ils se reconnaissent, se soutiennent et travaillent ensemble, chacun demeure pleinement lui-même tout en permettant à l'autre de porter davantage de fruit.
Coopérateurs de l'Esprit Saint
Au fond, le haut témoignage rendu par Paul, Priscille et Aquila fans les premiers temps apostoliques nous invite à une véritable conversion spirituelle et pastorale : l'avenir de l'évangélisation, la santé et l’équilibre de l’Église ne reposent pas d’abord sur des initiatives ou des organisations pastorales pertinentes, mais sur davantage de communion et d’articulation entre les vocations. C'est peut-être l'une des intuitions les plus prophétiques et les plus méconnues du pape François : une Église où prêtres et couples missionnaires, chacun fidèle à son appel propre, deviennent ensemble les coopérateurs de l'Esprit Saint pour annoncer le Christ au monde.













