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L’art (pas si simple) de déconnecter

7 min de lecture
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Crédit : Shutterstock

Claire reste joignable, Anne résiste à Instagram, Mona coupe tout. Entre déconnexion totale et connexion choisie, chacun réinvente à sa façon le rythme des vacances à l’ère du tout-écran. Un article à retrouver dans le numéro spécial été d'Aleteia Magazine.

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Mona éteint tout. Pierre coupe sans hésiter. Anne, elle, résiste à l’appel d’Instagram pendant deux semaines. À l’inverse, Claire reste joignable pour sa famille dispersée, quand Jean, expatrié, déconnecte à sa manière, sans jamais couper complètement. Tous racontent à leur façon ce moment où les vacances commencent souvent par un geste simple : faire taire les notifications, cesser de répondre immédiatement, ralentir enfin. Dans un quotidien rythmé par l’urgence, s’accorder ce temps devient presque un luxe. D’autant que les Français passent désormais plus de 3 heures par jour connecté - hors travail -, un record, et près de 5 heures pour les 15-24 ans, selon le bilan annuel de l’usage d’Internet en France publié par Médiamétrie. Mais derrière cette envie de couper, les pratiques varient largement.

Mona, parisienne de 36 ans, cadre dans la finance, ne laisse aucune place au flou. "En vacances, je coupe le pro, je l’éteins complètement." Une règle stricte dès le premier jour. Son téléphone personnel reste dans la chambre. "Je le regarde le matin et le soir, mais la journée, il reste posé. J’aime ne pas suivre le rythme des notifications, vivre dans l’instant présent." Cette discipline, elle l’a construite avec le temps, presque comme une hygiène de vie. "Ne pas avoir une partie du cerveau toujours sollicitée, c’est tellement reposant." Sans ordinateur ni objets connectés, elle privilégie l’été des journées lentes, où l’attention se déploie autrement. Lire, marcher, discuter sans interruption : des gestes simples redevenus précieux. "Être vraiment avec les gens avec qui je suis." Pour elle, la déconnexion n’est pas une contrainte, mais une reconquête.

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Pierre, 38 ans, ingénieur en région parisienne, adopte une coupure tout aussi nette, mais moins ritualisée. "Je ne travaille absolument pas pendant les vacances." Une évidence qu’il défend fermement, quitte à poser des limites claires avant son départ. Pas de mails, pas d’appels professionnels : tout est mis à distance. Il désactive ses notifications et s’accorde une vraie pause, sans compromis. "Sinon, on ne décroche jamais vraiment", résume-t-il de sa voix posée. Comme Mona, il voit dans cette rupture une condition indispensable pour récupérer. Se détacher du flux continu d’informations permet, selon lui, de retrouver une forme de disponibilité mentale souvent absente le reste de l’année. Une difficulté d’autant plus forte que le mobile s’est imposé comme le premier écran du quotidien : il représente désormais 80% du temps passé sur Internet, et même plus de 90% chez les 15-24 ans, toujours selon Médiamétrie. 

Cette coupure radicale reste toutefois loin d’être la norme. Pour beaucoup, le téléphone conserve une place centrale, mais son usage change. Claire, business analyst dans un grand groupe, ne travaille pas pendant ses congés mais reste très présente sur son smartphone. "Ma famille est éclatée à travers le monde, donc je donne beaucoup de nouvelles." Messages, appels, photos rythment ses journées. Une présence numérique assumée, qui répond à un besoin affectif plus qu’à une pression extérieure. "Ce n’est pas du tout envahissant, au contraire." Chez elle, la connexion ne vient pas perturber le repos : elle l’accompagne, en maintenant un lien essentiel. Ce besoin de rester en contact reflète aussi des usages devenus massifs : aujourd’hui, près de 7 Français sur 10 consultent chaque jour leurs réseaux sociaux et messageries instantanées, soit 43,9 millions de personnes. Cela représente 68% de la population, et jusqu’à 84% des 15-24 ans. 

Déconnexion totale irréaliste ?

Pour Jean, 40 ans, expatrié à Taïwan et père de quatre enfants, la question se pose encore différemment. La distance et les fuseaux horaires imposent un autre rapport au numérique. "Je donne beaucoup de nouvelles et je ne déconnecte pas vraiment." Entre appels, messages et organisation familiale, rester joignable est une nécessité. Dans son cas, la déconnexion totale apparaît presque irréaliste. Les vacances ne signifient pas couper, mais adapter ses usages, les rendre plus personnels que professionnels.

Anne, elle, oscille entre ces deux approches. Cette trentenaire messine est très active sur Instagram, où elle partage régulièrement ses trouvailles. Elle passe aussi beaucoup de temps à chiner en ligne le reste de l’année. "J’adore ça, c’est presque un réflexe." Une habitude installée, alimentée par l’instantanéité des plateformes. Mais pendant ses vacances, elle décide de rompre avec ce rythme. "Pendant deux semaines, je coupe vraiment." Une forme de "digital detox" qu’elle s’impose volontairement, même si elle reconnaît que ce n’est pas toujours simple. "Au début, on a envie de regarder, par automatisme." Très vite pourtant, le changement s’opère. Moins de sollicitations, moins de dispersion, plus de présence. "On est vraiment ensemble." Une manière de se consacrer pleinement à son conjoint et à son petit garçon, sans écran interposé.

Pour Dominique et Nathalie, jeunes retraités, l’enjeu est d’une autre nature. Pour eux, déconnecter n’est pas une contrainte mais une évidence. "En vacances, on revient à l’essentiel", expliquent-ils. Dans leur maison du sud de la France, près d’Avignon, l’été s’organise au rythme des séjours de leurs enfants et petits-enfants. Peu d’écrans, peu de sollicitations : les journées se remplissent naturellement de moments partagés, entre repas qui s’éternisent, balades et jeux en famille. Le téléphone reste allumé, mais presque oublié. "On peut passer des heures sans le regarder." Une relation apaisée au numérique, loin de l’urgence et de l’hyperconnexion. Leur vision tranche avec celle des plus jeunes générations : moins de maîtrise à conquérir, davantage de distance naturelle.

Se reconnecter à soi et aux autres

François, lui, ne se voit pas décrocher complètement. Parisien d’adoption très connecté le reste de l’année, il suit en continu l’actualité, consulte les alertes et enchaîne les formats courts. Mais pendant les vacances, il change de rythme. "Je reste informé, mais autrement." Exit le flux permanent : il écoute la radio et achète des journaux qu’il prend le temps de lire le matin, autour d’un bon café. Une manière plus lente, plus choisie, de s’informer. "C’est ça, la déconnexion pour moi." Non pas couper, mais retrouver du temps long et une attention plus posée.

Ces témoignages dessinent plusieurs façons d’habiter ses vacances à “l’ère numérique”. Entre coupures franches, connexions choisies et ajustements permanents, chacun compose avec ses contraintes et ses envies. La déconnexion totale, souvent érigée en idéal, n’est ni accessible ni souhaitée par tous. Elle dépend des métiers, des situations personnelles, mais aussi du rapport que chacun entretient avec ses outils. Ce qui se joue, au fond, dépasse la simple question des écrans. Il s’agit de reprendre la maîtrise de son attention. De décider ce qui mérite ou non d’interrompre un moment de repos. Dans un quotidien saturé de sollicitations, cette capacité à filtrer devient essentielle.

Tous, pourtant, partagent une même aspiration : ralentir. Sortir d’un rythme imposé, retrouver une temporalité plus personnelle, plus souple. Qu’ils éteignent complètement ou qu’ils réinventent leurs usages, les vacances apparaissent comme un moment charnière. Une parenthèse où il devient possible de se reconnecter autrement : aux autres, à soi, et à ce qui compte vraiment.