Alors que les incendies continuent de frapper la Gironde, l'Église se mobilise auprès des personnes évacuées. Vicaire à Saint-Médard-en-Jalles, l'abbé Clément Barré raconte à Aleteia comment l'Église accompagne les sinistrés.
Voilà bientôt une semaine que la Gironde fait face à de violents incendies. Depuis le 22 juillet, les flammes ont parcouru près de 42.000 hectares et contraint plus de 220.000 personnes à évacuer leur domicile. Alors que plus de 2.500 pompiers restent mobilisés pour tenter de contenir le feu, une autre chaîne de solidarité se déploie auprès des sinistrés. Église, bénévoles et associations accompagnent les personnes évacuées en leur apportant un toit, une présence et un soutien moral. Vicaire de la paroisse Saint-Médard-en-Jalles, elle-même évacuée, l'abbé Clément Barré témoigne pour Aleteia de cet élan de fraternité qui s'organise au cœur de l'épreuve.
Aleteia : Comment votre paroisse traverse-t-elle cette épreuve ?
Abbé Clément Barré : La paroisse de Saint-Médard a été évacuée dans la nuit du vendredi 24 au samedi 25 juillet. Nous avons commencé à recevoir les premières informations de la préfecture vers 22 heures, puis la consigne d'évacuation est tombée vers une heure et demie du matin. Depuis, nous vivons déplacés. Beaucoup de personnes ont pu être hébergées chez des proches ou des amis, parfois loin de Bordeaux. D'autres, faute de solution, sont restées au parc des expositions. Le plus difficile a sans doute été de devoir réorganiser la vie de la paroisse. Des mariages ont été annulés, des baptêmes reportés, et nous n'avons pas pu célébrer ensemble la messe dominicale comme d'habitude. Il a fallu tout adapter. Heureusement, les nouvelles sont plutôt rassurantes. Nous savons que l'évacuation est avant tout préventive pour faciliter le travail des secours. À Saint-Médard, nous ne craignons pas particulièrement pour nos maisons ou nos biens. Le feu a été intercepté avant d'atteindre la commune. Mais avec la canicule, la situation peut encore évoluer rapidement.
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Comment la solidarité s'est-elle organisée ?
Notre paroisse avait déjà été profondément marquée par le décès de deux pompiers dans un précédent incendie, survenu juste avant celui-ci. Lorsque les premiers feux se sont déclarés dans les forêts du Médoc, cette émotion était encore très présente. Beaucoup de personnes se sont immédiatement demandé ce qu'elles pouvaient faire. Des collectes ont été organisées et des repas ont été apportés aux pompiers. Puis, lorsque nous avons nous-mêmes été évacués, il est devenu plus compliqué d'organiser des actions concrètes. Nous nous sommes alors concentrés sur l'essentiel en trouvant des solutions de relogement pour que le moins de personnes possible restent au parc des expositions, où les conditions sont difficiles. Le diocèse a travaillé avec les pouvoirs publics pour proposer des hébergements, tandis que chacun s'est spontanément mis au service là où il le pouvait. Les équipes du service évangélique des malades, par exemple, sont allées visiter les résidents des Ehpad évacués, qui ne comprenaient pas vraiment ce qui se passait. Il fallait surtout être présent et les soutenir. De fait, cette crise me fait beaucoup penser au Covid.
"J'ai été édifié par l'espérance et le soutien mutuel dont les habitants ont fait preuve."
Nous essayons de continuer à faire vivre la paroisse sans pouvoir nous retrouver physiquement. Les groupes WhatsApp sont très actifs. On partage des nouvelles, on s'encourage, on organise des temps de prière à distance. Nous veillons aussi à ce que personne ne reste seul. Je suis très frappé de voir que, dans ce genre de crise, c'est souvent le meilleur des personnes qui ressort. Au parc des expositions, j'ai été impressionné par l'engagement des soignants, des bénévoles et de tous ceux qui se sont mis au service des autres. Mais aussi par l'attitude des personnes évacuées elles-mêmes. Les personnes évacuées faisaient preuve de beaucoup de patience, de résilience, de bienveillance et un vrai sens de l'humour malgré les circonstances. Elles se soutenaient les unes les autres bien plus qu’elles n’étaient en colère. C'est quand même beau.
Comment accompagner des personnes qui vivent dans l’inquiétude ?
La première chose, c'est d'aller les voir et d'être avec elles. Avec les prêtres de Bordeaux, nous nous sommes relayés auprès des personnes évacuées, qu'elles appartiennent ou non à nos paroisses. Il y a aussi des touristes, des habitants d'autres communes… eux aussi ont besoin d'une présence. Nous ne faisons rien d'extraordinaire. Nous discutons avec les personnes, nous les écoutons, nous prions avec celles qui le souhaitent. Les besoins matériels sont déjà pris en charge grâce aux nombreux réseaux de solidarité et aux associations. Ce qu'il reste à offrir, c'est du temps, une écoute, une parole de réconfort. Certaines personnes ont eu très peur, d'autres connaissent des proches qui ont tout perdu. Dans ces moments-là, il faut simplement être présent. Ces derniers jours, ce qui dominait surtout, c'était l'impatience de rentrer chez soi. Mais malgré cela, j'ai été édifié par l'espérance et le soutien mutuel dont les habitants ont fait preuve. Nous savons que ce type de catastrophe risque malheureusement de devenir plus fréquent. Nous ne sommes pas dans l'optimisme, dans l'idée que "tout ira bien" ou que "tout va bien se passer". Nous nous accrochons au Christ, c'est lui notre espérance. C'est cela qui nous permet de tenir, car nous croyons qu'il est vainqueur à la fin.



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