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[REPORTAGE] 24 heures dans la ciergerie de Lourdes 

7 min de lecture
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Crédit : Ciergerie de Lourdes

Dans la ciergerie de Lourdes, une statue de Bernadette veille sur les 18 employés.

Aleteia vous emmène dans la manufacture qui produit chaque année des millions de bougies pour le célèbre sanctuaire marial mais aussi Notre-Dame de Paris. De la grotte aux cuves de paraffine, une immersion au cœur du royaume de la cire à retrouver dans le numéro spécial été d’Aleteia Magazine.

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"Je suis mondialement connue. Mais je ne le savais pas !" Sur son escabeau, Nathalie s’active. La messe célébrée dans la grotte de Lourdes vient à peine de se terminer que la feutière doit nettoyer le candélabre de 96 cierges qui brûlent en flux tendu. En quelques minutes, avec ses gants anti-flammes, la jeune femme ôte les bougies qui ont veillé la nuit, décortique la cire, brosse les piques, astique le métal, huile et polit l’ensemble. Puis, enfin, remet les nouveaux cierges qu’elle allume au chalumeau. Autour de la discrète artisane, les fidèles continuent d’affluer vers la grotte pour toucher le rocher humide. À cet instant, ces pèlerins ne savent pas que des centaines d’autres les regardent passer sous la statue de Marie. "Il y a une webcam qui retransmet 24 heures sur 24 l’activité de la grotte sur Internet", glisse Nathalie. Aux heures de pointe, comme pour le chapelet de 18 h diffusé par la télévision italienne, ils sont parfois des millions à prier à l’unisson avec les pèlerins de Lourdes. "Un jour, une Londonienne m’a prise dans les bras et m’a demandé de faire une photo avec elle… Connectée en permanence au sanctuaire, elle me voyait tous les jours travailler", sourit la jeune femme. Dans son chariot, quelques kilos de cierges usés s’apprêtent à remonter à l’usine qui les a fabriqués et qui appartient au sanctuaire. Car ici, rien ne se perd, tout se transforme.

450 tonnes de cierges par an

Il faut traverser toute la ville de Lourdes pour trouver, au pied d’une colline, sa ciergerie. Dans cette partie de l’agglomération de 13.000 habitants, les touristes ne s’aventurent guère. C’est pourtant ici que, depuis 1928, les cierges du sanctuaire sont fabriqués. Après les apparitions de la Vierge à Bernadette Soubirous, en 1858, des pèlerins de toute la France puis du monde sont arrivés pour accomplir à la grotte les trois gestes de Lourdes : toucher le rocher, boire à la source et faire brûler un cierge. Devant l’affluence grandissante, le sanctuaire a alors demandé à deux notables lourdais de créer la manufacture afin d’alimenter et de réguler la vente de cierges. Un siècle après la fondation de la ciergerie, la recette n’a pas changé. Et si la fabrication est assistée mécaniquement, elle demeure en grande partie artisanale.

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À 6 heures du matin, alors que la cité pyrénéenne s’éveille à peine, la lumière jaillit derrière les vitres de l’usine. Déjà quelques vapeurs de fumée s’échappent d’une cheminée discrète. Les premières de la journée. Derrière les murs au crépi blanc se réchauffent doucement deux cuves de 30.000 litres de paraffine dans une atmosphère tropicale. À l’étage, on fait fondre les déchets de cierges qui proviennent notamment du sanctuaire. En tout, les rebuts de cire représentent près des deux tiers de la paraffine servant à la production des 450 tonnes de cierges livrés chaque année par la petite usine labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant. Le reste est acheté à une raffinerie espagnole. Car la paraffine vient bien du pétrole. « Dans une colonne de distillation du pétrole brut, on trouve en bas les résidus lourds comme les fiouls et les bitumes, en haut les fractions les plus légères comme les essences, et entre les deux les huiles de base, dont est issue la paraffine », explique Laurent Lacoste, le responsable du site.

Des cierges aussi lourds qu’un homme

À 60 degrés Celsius, la cire est presque prête à l’emploi. Il faut encore la filtrer au charbon pour qu’elle soit propre. Deux processus de fabrication s’offrent ensuite aux litres de paraffine chaude : le trempage - pour les cierges allant jusqu’à 1 kilo - ou le moulage - pour des cierges pouvant aller jusqu’à 70 kilos. Pour ces derniers, le principe est simple : dans un grand moule traversé par une mèche est versée de la paraffine. Comme la cire a la particularité de se rétracter en refroidissant, il faut ajouter du liquide. Les manufacturiers sont même obligés de percer et remplir de nouveau le cierge pour éviter que des creux invisibles ne fragilisent l’impressionnant ouvrage. "Imaginez qu’un cierge de 70 kilos se casse et tombe sur un enfant !", glisse le responsable. En tout, quelque 320 cierges de 1,67 mètre sont fabriqués chaque année, et vendus à 400 euros pièce. Selon les employés, les Italiens sont les plus friands de ces cierges qui se consument en trois ou quatre jours.

Pour les cierges de moins d’un kilo, la fabrication est plus industrielle. Dans le vaste hangar qui ronronne au son des machines et au jet des vapeurs, des dizaines de mèches tendues patientent sur des cadres en métal arrimés à un manège. Tour à tour, ils sont plongés dans un bain de paraffine. Sitôt remontés, les cadres laissent la cire sécher le long des mèches. L’opération est renouvelée jusqu’à parvenir à la taille du cierge escomptée. C’est alors que deux employés, sécateurs électriques à la main, découpent la base des cierges qui pendouillent par leurs mèches. Ils sont prêts. "Cette méthode artisanale rend nos cierges uniques, avec quelques aspérités… Au fond, ils correspondent bien aux pèlerins qui viennent les déposer à la grotte", confie Laurent Lacoste.

Notre-Dame, relais de croissance

Autre salle, autre ambiance. Ici, point de vieux manège mécanique mais des robots tout neufs. Adieu la paraffine, bienvenue au soja. Depuis la réouverture de Notre-Dame de Paris, la ciergerie de Lourdes est le fournisseur officiel de la célèbre cathédrale qui a accueilli plus de douze millions de visiteurs en 2025. La manufacture a donc investi dans une ligne de production de bougies votives dessinées spécialement pour la cathédrale rénovée. "Cette bougie est biodégradable. Une fois éteinte, vous pouvez mettre le godet au compost", se félicite Laurent Lacoste, qui explique que la combustion de ces lumignons produit moins de carbone et donc moins d’encrassement. Plus d’un million de bougies par an seraient ainsi livrées à Paris chaque année. Pour le recteur de la cathédrale, Mgr Olivier Ribadeau-Dumas, "savoir qu’elles sont fabriquées à quelques pas du sanctuaire Notre-Dame de Lourdes porte une dimension hautement symbolique. Cet élément relie ainsi deux grands lieux mariaux dans une même prière offerte par les fidèles". L’ancien recteur du sanctuaire de Lourdes sait bien que ces lumières "portent une mémoire de foi populaire, humble et confiante, qui vient discrètement nourrir la prière à Notre-Dame, dans un geste à la fois simple, écologique et universel". 

Retour à l’usine de Lourdes où les robots et manèges se sont arrêtés dans l’après-midi. Dans cette manufacture qui ne tourne ordinairement que huit heures par jour, du mardi au vendredi, l’heure n’est pas à la recherche de la productivité à tout prix. La statue de Bernadette qui domine la grande salle de production rappelle discrètement l’essentiel aux dix-huit employés. Les cierges conçus ici doivent honorer la Vierge et porter la prière des pèlerins. La nuit, quand les fidèles ont déserté le sanctuaire, les cierges du grand candélabre continuent de percer la nuit. Comme une vigie pour les malades venus déposer leurs souffrances. Et si le vent venait à éteindre le luminaire ? Aux premières lueurs du jour, un feutier viendrait raviver la flamme de Lourdes.