Aller au contenu principal

Petit éloge enthousiaste et chrétien du Tour de France

4 min de lecture
tour-de-france-2026-cyclisme-AFP

Crédit : Gautier Demouveaux / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Nicolya Vinokurov, Matteo Vercher, John Degenkolb et Jasper Philipsen lors de la 18e étape du Tour de France entre Voiron et les Orcières (Hautes-Alpes), juillet 2026.

Auteur de "Comme un athlète de Dieu" (Salvator), l’essayiste Arnaud Bouthéon confesse sa joie renouvelée devant le Tour de France, cette épopée nationale qui honore la beauté du geste juste et de l’effort collectif, au son des cloches et de la liesse populaire.

Partager sur :

Le temps sportif et liturgique nous offre de suivre chaque année le rituel du Tour de France cycliste, un évènement inscrit dans notre mémoire nationale. Les adeptes placides et churchillien du "no sport" nous offrent une moue dédaigneuse lorsque nous évoquons avec des étoiles dans les yeux ce monument du sport français, qui consomme notre bande passante du début de l’été. Le Tour de France est notre compagnon du mois de juillet, cette caravane qui visite et vitalise le plus beau "stade" du monde, cette "cathédrale de vent" honorée par Antoine Blondin, chantre d’un sport de sueur et de larmes. 

Au-dessus des clochers de nos contrées

Tandis que le peloton se rapproche de Paris et que les jeux sportifs semblent faits, autorisons-nous, avant qu’il ne soit trop tard, quelques considérations sur la « grande reine des épreuves cyclistes, hébergée chez la fille aînée de l’Église. Au-dessus des clochers de nos contrées, les plans flottants des drones et hélicoptères nous dévoilent ce manteau d'églises, de sanctuaires et de monastères.

Bienvenue sur le nouveau site d'Aleteia !

Nous sommes heureux de vous accueillir sur un site entièrement repensé, réalisé grâce au soutien de nos généreux donateurs.

Si vous appréciez cette nouvelle expérience de lecture, vous pouvez, vous aussi, nous aider à faire vivre Aleteia.

Faire un don

Le verbe instruit et bienveillant de l’ami Franck Ferrand nous informe que la France chrétienne n’est pas muséologique mais qu’elle est une réalité vivante, au rythme du récit des dévotions locales et des acclamations des scouts, religieuses ou moines descendus le long de la chaussée. Le directeur de course me souffle même dans l’oreillette que les équipes d’HolyGames s’y trouvaient et ont été chaleureusement accueillies.

L’équipe et le vent

Suivre le tour de France sur son canapé, c’est aussi vibrer par procuration à l’effort des champions, athlètes décharnés au souffle court, qui se livrent et se risquent sur les routes du pays. Ils s’exposent pour délivrer "un geste juste" aurait dit saint Jean Paul II, celui qui devient virtuosité en convoquant vitesse et technique, en mobilisant toute la personne humaine unifiée en son corps, son esprit et son âme. Vibrer à la liesse des champions, les bras tendus, c’est comprendre que la vraie joie naît toujours d’une souffrance et d’une ascèse, et que l’on ne reçoit pleinement que lorsque l’on a beaucoup donné.

"Le cyclisme est un sport individuel qui se vit de façon plus puissante encore dans sa dimension collective en s’appuyant sur les talents des uns et des autres."

Le cyclisme est un sport individuel qui se vit de façon plus puissante encore dans sa dimension collective en s’appuyant sur les talents des uns et des autres. Comme le prophète saint Jean-Baptiste diminuait pour que le Christ grandisse, les coéquipiers étirent le peloton pour s’effacer, conduire et aspirer leur champion vers la victoire. Lorsque le vent souffle et peut venir freiner l’élan, il existe ce phénomène de physique mécanique qui consiste à "prendre la roue" et à se laisser aspirer par le groupe, en économisant sa puissance et son énergie. Sitôt revigoré, le coureur repart ensuite de plus belle vers l’avant. C’est se portant et se supportant ensemble, successivement, que malgré les contrariétés, la vitesse se maintient à un rythme soutenu. 

Une école de vie

Charles Péguy invitait à "intercaler le christianisme" dans la société, non en se plaignant, en gémissant, mais en rejoignant la réalité du monde, dans ces moments de détresse comme de liesse. Le Tour de France unit et réjouit, et il est opportun que les églises s’ouvrent à son passage, que les cloches tournoient et résonnent et que les cœurs se dilatent pour communier à cette joie populaire. Nous sommes lucides sur les dérives du sport business et la mécanique lucrative qui s’y impose. Retrouvant l’enthousiasme — c’est-à-dire le transport divin — de l’enfance, nous osons cependant confesser notre joie renouvelée chaque année devant cette épopée nationale qui fascine et attire le monde entier.

C’est l’occasion de témoigner de ce que nous vivons, lorsque nous enfourchons nos destriers pour fendre l’air : le sport n’est pas qu’un pressoir pour sélectionner — les meilleurs — il est une école de vie, et donc de souffrance et de joie, pour devenir chaque jour : meilleur.

Pratique

Comme un athlète de Dieu, manifeste sportif et chrétien, Arnaud Bouthéon, Salvator, 2022, 154 pages, 18 euros.