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Étienne de Montety : “Jacques Hamel a été témoin de la miséricorde du Christ”

5 min de lecture
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Crédit : APL I Aleteia

Portrait du père Jacques Hamel accroché en l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray.

Directeur du "Figaro littéraire", auteur de "La Grande Épreuve", un roman qui met en scène un prêtre qui ressemble en tout point au père Jacques Hamel, Étienne de Montety dit son admiration pour ces prêtres anonymes qui ont donné leur vie à Dieu, à l’Église et aux hommes. Comme le curé assassiné de Saint-Étienne-du-Rouvray, ils sont les prêtres de la miséricorde du Christ.

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Le roman La Grande Épreuve s’inspire de l’assassinat tragique du père Jacques Hamel, le 26 juillet 2016, dans son église de Saint-Étienne-du-Rouvray. Le destin de sept personnages dont la vie un jour a basculé, et qui ne devaient pas se rencontrer, converge vers ce jour funeste où le prêtre du roman, Georges Tellier, trouve la mort, assassiné par deux jeunes islamistes. Étienne de Montety a fait de lui un "prêtre selon Bernanos", ardent et fidèle, donné à tous comme le fut Jacques Hamel.

Aleteia : Le père Tellier est une belle figure de prêtre, un "curé selon Bernanos", qui comme Jacques Hamel, a donné sa vie à Dieu et aux hommes. Qu’avez-vous appris de Jacques Hamel que nous retrouvons dans la vie du "pasteur d’âmes" Georges Tellier ?
Étienne de Montety :
Jacques Hamel ressemblait aux prêtres de sa génération. En apparence peu spectaculaire et pourtant fermement enraciné dans son ministère, par sa foi au Christ. J’ai beaucoup d’admiration pour ces prêtres qui furent ceux de mon adolescence et qui vécurent les années incertaines de l’après-concile : souvent pris sous le feu des critiques de tous bords, avec humilité, prudence mais détermination, ils ont tenu bon sur l’essentiel : l’Eucharistie, alors que tout semblait se déliter autour d’eux, jusqu’au sens de leur sacerdoce et de ses exigences. Comment ne pas penser qu’ils ont été ou seront accueillis dans l’Au-delà par ces mots : "Serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton Maître" ? 

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"Ses derniers mots expriment le pardon qu’il accorda au nom de Dieu à son agresseur, en ne l’assimilant pas à son crime. Cela fait de lui un admirable témoin de la miséricorde du Christ."

Assoiffé de sainteté mais traversé par l’épreuve, Georges Tellier demeure en effet fidèle. Une des grandes questions qu’il se posait, dans un monde devenu indifférent à Dieu, portait sur sa mission : "Que doit être le prêtre des temps présents ?" Quelle a été sa réponse ? Et celle de Jacques Hamel ?  
Un prêtre est un homme perpétuellement sous tension : il doit être fidèle à la foi et de ses exigences, et souple pour les sujets contingents : "Soyez des saints, le reste on s’en fout", disait avec ses mots de feu le père François Potez. Le prêtre est donné à tous et à chacun, mais il est nécessaire qu’il garde intacte sa liberté de jugement et d’action. Il lui faut rester ardent au milieu de l’indifférence du siècle… Être fidèle à la prière au milieu du tintamarre contemporain… Demeurer un amoureux fou de l’Église à qui il a donné sa vie, mais sans cesser jamais d’être bienveillant pour ceux qui l’ignorent, la négligent ou la servent si mal. Voici ce que nous dirait le père Tellier de ce ministère. C’est ainsi qu’essaya de vivre le père Hamel dont l’entourage a décrit la personnalité entière, engagée, bourrue et bonne tout à la fois. Même le 26 juillet 2016, devant une minuscule assemblée, jamais il n’a cessé d’être un missionnaire de l’Évangile. 

"Un prêtre assassiné dans son église, ce n’était pas arrivé depuis la Révolution", écrivez-vous. C’est au cours de la messe que Jacques Hamel a donné sa vie. Quel sens ou quel message voyez-vous dans ce tragique événement, à la fois pour l’Église et pour la France ?
Le père Hamel a été assassiné au terme de la messe, une fois célébré l’admirable mystère de l’Eucharistie. A-t-il pu concevoir, au-delà de la souffrance des coups reçus, de la joie à rejoindre son Dieu dans Son sacrifice ? Nul n’osera le dire. En revanche ses derniers mots expriment le pardon qu’il accorda au nom de Dieu à son agresseur, en ne l’assimilant pas à son crime. Cela fait de lui un admirable témoin de la miséricorde du Christ. Ce message est désormais porté par sa sœur Roseline Hamel auteur d’un livre bouleversant signé avec la mère d’un des deux jeunes assassins. Au nom de l’amour, plus fort que la haine, la folie, la mort. Depuis cette tragédie, l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray est un lieu de prière largement visité, dont on ne peut pas imaginer qu’il ne porte pas des fruits de paix et de conversion. 

Propos recueillis par Philippe de Saint-Germain.

Pratique

La Grande Épreuve, Étienne de Montety, Grand prix du roman de l’Académie française, Stock, 2020, rééd. Folio 2022, 290 pages, 19,20 euros.