Qui dit "vacances d’été" dit souvent farniente, ce fameux "art de ne rien faire" attendu par beaucoup après de longues semaines dans les bureaux. Pourtant, cette parenthèse enchantée peut devenir le cadre d'un tout autre programme que les journées bronzette et les Aperol spritz en terrasse. Elles deviennent un moment à part, où l’on choisit de donner de son temps à ceux qui en ont besoin. Solidarité de proximité, accompagnement de personnes malades ou âgées, restauration du patrimoine : loin d’être marginales, ces expériences dessinent une autre manière de vivre l’été, tournée vers les autres et le bien commun.
"Sur le moment, je me demande toujours ce que je viens faire là… et puis en repartant, je sais que j’ai fait le bon choix", confie Alexis. Ce trentenaire responsable de projets immobiliers à Paris a fait du pèlerinage national à Lourdes un incontournable. Depuis une dizaine d’années, il y consacre une semaine chaque été en tant qu’hospitalier. Sa mission est exigeante : accompagner des pèlerins malades ou en situation de handicap, du lever au coucher. Il encadre une trentaine de pèlerins et une soixantaine de bénévoles au sein de l’un des accueils dédiés aux pèlerins. "On est avec eux de 6h30 à 22h", explique-t-il. Réveil, toilette, repas, déplacements : les journées sont entièrement tournées vers l’accompagnement. "C’est vraiment la pierre angulaire de mon été. J’organise mes vacances autour de Lourdes. Je ne sacrifie pas mon temps de repos pour autant, car juste avant, j’ai souvent une semaine avec des copains et une semaine de randonnée, mais ça me semble essentiel de faire cette démarche", témoigne le jeune homme.
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À 23 ans, Pauline fait partie de ceux qui construisent leur été par fragments. Salariée sur des chantiers, elle ne planifie pas des vacances figées mais une succession d’engagements au fil des opportunités. "J’aime avoir des engagements par-ci par-là", témoigne-t-elle simplement. Cela passe par des visites régulières en maisons de retraite, notamment auprès des Petites Sœurs des Pauvres, à Lyon ou à Paris. Mais aussi par des expériences plus immersives, comme les séjours organisés avec l’association À Bras Ouverts. Celle-ci propose à des jeunes en situation de handicap - souvent très dépendants et qui partent rarement en vacances - de vivre de courts séjours entourés de bénévoles. L’idée est simple : leur offrir de "vraies" vacances, dans un cadre amical, loin du quotidien médicalisé ou familial. Pendant quelques jours, des jeunes bénévoles les accompagnent pour des vacances : jeux, repas, discussions, vie quotidienne partagée. "Je trouve ça bien de donner de mon temps pour des personnes qui en ont besoin", explique la jeune femme.
Patrimoine ou service des plus faibles
Pour Marie, 29 ans, responsable développement durable chez Decathlon, donner de son temps de vacances à une cause qui la dépasse est naturel. Une partie de ses étés est consacrée à un chantier de restauration du patrimoine avec l’association ARCADE. "Je voulais faire quelque chose qui prolonge d’une certaine manière mon engagement scout", précise-t-elle. Sa BA - bonne action quotidienne - ? Chaque année, elle consacre une semaine de vacances - sur deux - à un projet de reconstruction d’une petite église dans un village de l’Ain, dédiée à saint Alban. Daté du XIIe siècle, ce bijou patrimonial est en piteux état. Avec des amis, Marie entreprend depuis quatre ans de lui donner une nouvelle vie.

Mais très vite, le chantier dépasse la seule dimension technique et devient un lieu de vie. Les bénévoles logent ensemble, partagent les repas avec les habitants, participent aux fêtes de village. Une messe peut même être célébrée dans la chapelle à ciel ouvert. "Il y a une dimension humaine très forte", raconte Marie. "On travaille, mais on vit aussi quelque chose ensemble." Elle évoque surtout un rapport au temps différent : celui du patrimoine, de la transmission, de quelque chose qui dépasse les générations. "On met notre petite pierre à l’édifice, mais on sait que cela continuera après nous." Et si cette semaine est "loin d’être reposante" physiquement, Marie l’assure : "C’est ce qui comble le plus mon été ! J’en ressors rechargée à bloc d’un point de vue spirituel et mental."
Servir et se dépasser
À l’autre bout du spectre générationnel, Pierre Tran incarne une fidélité discrète à un engagement auprès des plus démunis. À 76 ans, retraité, il se mobilise depuis plus de vingt ans avec la Société Saint-Vincent-de-Paul, à Pantin. Chaque mois d’août, il participe aux distributions alimentaires organisées dans un gymnase. Les bénévoles reçoivent des livraisons de denrées, les trient, puis les distribuent aux personnes en précarité. Deux fois par semaine, les bénéficiaires viennent récupérer des produits de première nécessité, parfois complétés par des fruits ou des produits frais. "Ce n’est pas un grand sacrifice", dit-il simplement. "Parfois les personnes que l’on sert nous disent merci avec une telle chaleur et une telle sincérité que l’on se dit : au moins, j’ai servi à quelque chose."
"Servir à quelque chose" : c’est sans aucun doute le point commun de ces vacanciers un peu particuliers. "Au fond, l’essentiel est ce qu’on laisse derrière soi. Je ne fais pas ça pour "gagner mon paradis". J’essaie simplement d’agir avec amour", confie Alexis. "J’ai conscience d’avoir beaucoup de chance, d’avoir toujours eu ce qu’il me fallait", estime quant à elle Pauline. "Donner un peu de mon temps à ceux qui n’ont pas les mêmes opportunités, ça me paraît naturel."
Qu’il s’agisse de quelques jours auprès de jeunes en situation de handicap, de semaines passées sur un chantier de patrimoine, d’un engagement auprès de pèlerins malades ou de distributions alimentaires régulières, tous racontent une même expérience : celle d’un temps donné qui transforme aussi celui qui le donne. Et derrière la diversité des contextes, une idée revient, discrète mais constante : l’été peut aussi être un lieu d’engagement - et parfois, c’est là que le temps libre prend le plus de sens.
Pratique




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