C’est une petite bouteille verte sans prétention aux allures de remède d’apothicaire, dont le contenu fait des miracles depuis quatre siècles. “L’Eau d'Émeraude” n’est pas seulement une lotion naturelle : elle est le fruit d'une tradition monastique transmise de génération en génération et, aujourd'hui encore, elle fait vivre toute une communauté. Derrière cette recette se cachent les sœurs bénédictines de Notre-Dame-du-Calvaire, à Bouzy-La-Forêt, dans le Loiret.

Madame de Sévigné elle-même en vantait les bienfaits. Après avoir été blessée à la jambe lors d’un accident de carrosse, la marquise écrit à sa fille : "Je mets de l’Eau d’Émeraude si agréable… sur ma jambe… elle console et perfectionne tout". (Lettres du 20 Juin et du 1er Juillet 1685). "On raconte qu'au XVIIe siècle, une jeune fille pauvre souhaitait entrer dans notre monastère d’Orléans, mais il lui fallait une dot. Son patron, apothicaire, lui a alors confié la recette d'une lotion en lui disant : "Ça fera vivre la communauté”, raconte à Aleteia sœur Anne, chargée de la production de l’Eau d’Émeraude. Quatre cents ans plus tard, c'est toujours le cas. L'activité représente désormais entre 30 et 40% des ressources économiques du monastère.
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Le produit du quotidien
Fabriquée intégralement sur place, l'Eau d'Émeraude est une lotion destinée aux soins de la peau et à l'hygiène buccale. Sa composition est d'une grande simplicité : de la sauge, du romarin, de la menthe poivrée, du miel, de l'eau et de la levure œnologique. Soulager les jambes lourdes, soigner les petits bobos du quotidien (coupures, piqûres d’insectes, brûlures…), les boutons de fièvre…Elle s'emploie même en bain de bouche, diluée, pour soulager aphtes et rages de dents. "C'est un produit du quotidien, pour tout le monde", résume sœur Anne, tout en rappelant qu'il n'est pas recommandé aux enfants de moins de trois ans.

Les plantes sont achetées sèches en France et en Espagne. Elles ne poussent plus sur les terres du monastère, "notre terre n'est pas assez bonne et le climat moins propice à une bonne quantité d’huiles essentielles", explique la religieuse; mais toutes les étapes de fabrication et de mise en bouteille sont réalisées à Bouzy-la-Forêt.
La recette exacte, en revanche, conserve toujours sa part de mystère. Si la totalité des ingrédients sont connus en raison de la réglementation européenne qui l’impose, les proportions demeurent secrètes, explique sœur Anne, tout comme le procédé qui donne à la lotion son vert émeraude. "Rassurez-vous, rien de sorcier, seulement du naturel", précise sœur Anne.

Aujourd'hui, sœur Anne porte presque seule cette activité, épaulée par une salariée. Une mission parfois lourde à porter, mais que la religieuse accomplit dans la fidélité à son vœu d’obéissance. "J’ai parfois l’impression d’être beaucoup chef d'entreprise et un peu moins moniale. Mais c’est ce qu’il m’a été demandé de faire pour me mettre au service de la communauté, alors je continue", confie avec humilité la bénédictine. Chaque année, environ 6.000 litres sont vendus, via un réseau de revendeurs, de librairies religieuses et la boutique en ligne du monastère.
Derrière ces chiffres se cache un équilibre précieux, fragile, entre contemplation et activité économique. Car, chez les bénédictines, le travail fait partie intégrante de la vocation. “Ora et labora : prie et travaille.” Longtemps, sœur Anne a eu le sentiment de quitter sa vie contemplative en rejoignant l'atelier, pourtant situé à quelques mètres du cloître. Jusqu'au conseil de sa supérieure : "Récite un Notre Père sur le chemin." Une manière toute simple de relier la prière au travail, et qui rappelle que chaque bouteille d'Eau d'Émeraude est bien plus qu'un produit aux mille vertus : c'est une tradition vivante au service d'une communauté, qui, depuis quatre siècles, transforme son savoir-faire en moyen de subsistance, sans jamais dissocier le geste des mains de celui du cœur.
Pratique
L’Artisanat Monastique
L’Artisanat Monastique accompagne les abbayes et monastères dans la commercialisation de leurs produits, réalisés selon la tradition du « ora et labora ». En soutenant leur diffusion en boutiques et en ligne, il contribue concrètement à la vie et à l’équilibre économique des communautés.
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