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“Où est Mgr Abelardo Mata ?” L’ONU interpelle le régime de Daniel Ortega

4 min de lecture
NICARAGUA

Crédit : AFP PHOTO-NICARAGUAN PRESIDENCY-JAIRO CAJINA

Daniel Ortega et son épouse Rosario Murillo.

Les Nations unies tirent la sonnette d'alarme. Sans nouvelles de Mgr Abelardo Mata depuis son arrestation fin juin, le Haut-Commissaire aux droits de l'homme a demandé le 22 juillet au régime de Daniel Ortega de révéler où se trouve l'évêque de 80 ans et de garantir son intégrité physique, tout en dénonçant les atteintes aux droits humains au Nicaragua.

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Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, a fait part le 22 juillet de son inquiétude quant au sort de Mgr Abelardo Mata, évêque nicaraguayen victime d'une disparition forcée depuis fin juin. Il a notamment exigé que le régime de Daniel Ortega fournisse des éléments d'information sur l'état de santé du prélat, âgé de 80 ans et toujours introuvable.

"Je suis préoccupé par les informations faisant état de répression contre l’Église catholique et d’autres confessions religieuses, notamment par le manque d’informations officielles sur le sort, le lieu de détention et l’état de santé de l’évêque Abelardo Mata Guevara, âgé de 80 ans, arrêté le 29 juin" peut-on lire sur le site des Nations unies.

L'évêque émérite, connu pour être critique du gouvernement des coprésidents et époux Daniel Ortega et Rosario Murillo, a été arrêté avec deux prêtres, Rigoberto Delgadillo Sánchez et Francisco Morales, et le diacre Wilfredo Arauz Rodríguez. Il était visé par une "enquête pour corruption", selon les dires du ministère de l'Intérieur. Ce dernier a ensuite assuré avoir relâché l'homme d'Église assigné à résidence, une affirmation aussitôt démentie par de nombreux médias d'opposition ainsi que par l'avocate nicaraguayenne et opposante Martha Patricia Molina.

Cet enlèvement s'inscrit dans un contexte plus large de répression de la religion chrétienne au Nicaragua, alors que le gouvernement Ortega a fait plus spécifiquement de l'Église catholique l'un de ses ennemis principaux. Le Haut-Commissaire aux Nations unies déplore ainsi "une série d’événements qui entravent l’exercice des droits civils et politiques de la population au Nicaragua". "J’exhorte les autorités à libérer immédiatement toutes les personnes détenues arbitrairement et à veiller à ce que toutes les personnes détenues soient traitées avec humanité et dignité, conformément aux obligations du Nicaragua en vertu du droit international des droits de l’homme", a déclaré Volker Türk.

Persécution des chrétiens

La dictature Ortega n'en est pas à son coup d'essai. Avant Mgr Abelardo Mata, elle avait fait arrêter Mgr Rolando Álvarez, évêque de Matagalpa, en août 2022. Ce dernier avait dénoncé les atteintes aux libertés religieuses et la fermeture de radios catholiques. Après plusieurs années de détention, il avait finalement été libéré avant d'être expulsé de son pays au Vatican, en janvier 2024.

Depuis le retour au pouvoir du couple Ortega-Murillo, la liberté religion tout comme la liberté d'opinion n'a cessé de se détériorer. La gouvernance du pays y est devenue particulièrement autoritaire, muselant toute voix dissidente. L'Église catholique n'y échappe pas : le président Ortega la considère comme un des symboles majeurs de l'opposition dans le pays depuis les manifestations de 2018. Les protestations avaient commencé le 18 avril 2018, après l'annonce par le gouvernement du président Daniel Ortega de réformes du système de sécurité sociale. Ces mesures prévoyaient notamment une augmentation des cotisations et une réduction de certaines prestations.

Elles sont intervenues dans un contexte de mécontentement croissant face à la concentration du pouvoir, aux accusations d'autoritarisme et à la corruption. Réprimées dans le sang, elles avaient fait environ 300 morts et plusieurs manifestants s'étaient cachés dans les églises et les paroisses pour échapper aux forces de sécurité. À partir de ce moment, les relations entre l'Église et le gouvernement se sont fortement détériorées, avec des campagnes de dénigrement contre des évêques et des prêtres ; des intimidations et des agressions contre certains membres du clergé ; et une surveillance accrue des activités religieuses. Des centaines de prêtres catholiques, congrégations religieuses et évêques ont été expulsés depuis, et des universités catholiques ont été contraintes de fermer leurs portes, tout comme les médias catholiques. Les processions et autres événements de l'Église au Nicaragua ont été drastiquement réduits, empêchés par les autorités.