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Ces vacances sans les parents qui font grandir

Pour les enfants, les vacances passées loin de leurs parents, que ce soit aux scouts, au patronage ou en colo, sont fondatrices. Ils s’y forgent le caractère et développent de solides amitiés. Des témoignages à retrouver dans le numéro spécial été d'Aleteia Magazine.

7 min de lecture

Source: K. Tribouillard/AFP

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Chaque été, le même miracle se produit. En France, entre juillet et août, un enfant sur deux passe quelques jours ou quelques semaines de vacances sans ses parents, loin de chez lui. Que ce soit en camp scout, en colo, dans un "patro" ou bien lors d’une tournée musicale, tous reviennent changés, car quelque chose s’est déposé en eux. Une confiance nouvelle, une joie plus profonde que les parents remarquent immédiatement. "Il a grandi", s'exclament-ils invariablement. Et ce n’est pas qu’une formule. "Quand Basile est monté dans le car pour partir à son premier camp scout de trois semaines, il était inquiet de tout, raconte Claire, mère de trois enfants. Il est revenu heureux et beaucoup plus sûr de lui ! Mais ce qui m’a le plus frappée, c’est qu’il parlait des autres garçons comme de ses amis de toujours." Car ces vacances en groupe vécues loin des parents ne sont pas seulement des parenthèses de liberté pour les enfants. C’est aussi là que naissent certaines des plus fortes amitiés de l’enfance et de l’adolescence. Des liens construits en quelques jours mais capables de durer toute une vie.

Et de fait, en camp, tout pousse à cette fraternité. Entre les "installs’", les olympiades, les dîners de patrouille, les corvées, les raids sous un soleil écrasant ou sous une pluie battante, les enfants vivent ensemble du matin au soir. C’est là qu’ils se découvrent entre eux, fatigués, maladroits, drôles, attentifs, parfois fragiles. Et c'est précisément cette vie débarrassée des apparences qui crée de profonds liens entre eux. "Quand on passe une semaine entière avec les mêmes personnes, on finit par tout partager, décrit Paul, 14 ans. Avec les fous rires, les galères, les discussions le soir sous la tente… Au bout de quelques jours, on devient comme des frères", avance-t-il. Même chez les louveteaux ou les jeannettes, les camps apprennent aux jeunes à compter les uns sur les autres. Pendant une "explo", il faut bien aider celui qui peine à marcher en le soulageant de son sac. Lorsqu’un orage éclate, qui ne pense pas à la malle ou à l'intendance. Cette solidarité concrète soude durablement. "Je me souviens d’une nuit où il pleuvait tellement qu’on devait évacuer l’eau qui entrait dans la tente, raconte Jeanne, 15 ans, seconde des Serval, à Paris. Sur le moment, c’était horrible. Mais aujourd’hui, c’est un de nos meilleurs souvenirs. On en rit encore ensemble." Des amitiés en pagaille naissent dans ces expériences partagées. Ces moments de fatigue, de joie intense, de dépassement de soi métamorphosent les adolescents, les font grandir d’une certaine façon. Cette foule d'émotions vécues ensemble, particulièrement à cet âge, se révèle, à l’épreuve du temps, comme fondatrice.

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Des relations authentiques

Les colonies de vacances produisent la même alchimie. Des enfants qui ne se connaissent pas arrivent parfois timidement le premier jour. Quelques heures plus tard, ils inventent ensemble des chants dans le car. "Ma fille est très réservée à l’école, raconte Sophie, mère d’Anaïs, 11 ans. En colo il y a deux ans, elle s’est fait deux amies avec qui elle est encore en contact. Elles se voient plusieurs fois par an même si nous n’habitons pas la même ville." Dans la plupart de ces séjours, les écrans disparaissent au profit de relations authentiques. Les enfants parlent, jouent, chantent. Le soir, les discussions s’éternisent dans les dortoirs malgré les rappels au calme. On se confie plus facilement parce que tout est vécu intensément et loin du regard habituel des adultes. 

Dans un autre registre, les tournées musicales que proposent des maîtrises associatives font aussi grandir en quelques jours. Voyager ensemble, répéter pendant des heures, partager le trac avant un concert ou l’émotion d’un duo réussi unit profondément : "Dans la chorale, on était tous très différents, raconte Alice, 16 ans, partie l’an dernier avec sa maîtrise faire une tournée d’une semaine dans les Pays de la Loire. Mais quand on chantait ensemble, il se passait quelque chose. On avait l’impression de former une vraie famille." La musique oblige à écouter les autres. Impossible de chanter juste sans entendre la voix de son voisin. Peu à peu, les adolescents découvrent qu’ils ont besoin les uns des autres pour créer quelque chose de beau. Le genre d’expérience qui forge une complicité durable. "Ces liens sont souvent plus vrais parce qu’ils se construisent loin des réseaux sociaux, des groupes habituels et des comparaisons permanentes", se réjouit la maman d’Alice, heureuse de voir son ado découvrir les autres tels qu’ils sont vraiment et apprendre à aimer leurs qualités comme leurs fragilités.

Des amitiés pour la vie

Beaucoup prolongent ces amitiés bien au-delà d’un camp d’été. Alain a ainsi choisi Bertrand comme témoin de mariage. Les deux compères ont passé des années inoubliables ensemble au scouts marins. "Mes très bons amis aujourd’hui, ceux en qui j’ai une totale confiance, ce sont ceux rencontrés aux scouts il y a vingt ans, assure pour sa part Thomas, père de famille soucieux d’offrir ces vacances sans parents à ses enfants. Ces amitiés estivales que l’on expérimente à cet âge en camp développent la fidélité, l’attention aux autres, le pardon parfois", estime-t-il. Dans la vie collective, il y a forcément des tensions, des disputes, des maladresses. Mais les jeunes découvrent aussi la joie de se réconcilier, de continuer ensemble malgré les différences. "Avant mon camp, j’avais du mal à aller vers les autres, raconte Éléonore, 14 ans. Là-bas, j’ai compris qu’on pouvait être apprécié même quand on n’est pas parfait."

Les parents remarquent souvent cette évolution au retour. L’enfant semble plus ouvert, plus attentif, plus heureux aussi : "Quand notre fils est revenu de son premier camp scout, il nous parlait sans arrêt de sa patrouille, raconte Emmanuel, père de quatre enfants. On sentait qu’il avait trouvé sa place dans un groupe autre que sa famille." À une époque où beaucoup de relations sont virtuelles, ces vacances offrent aux jeunes une expérience précieuse : celle de liens construits dans le réel, dans des défis relevés ensemble. Au fond, c’est peut-être cela que les enfants rapportent de leurs vacances sans leurs parents : avoir trouvé des amis capables de les comprendre, de les soutenir, de rire avec eux. Et longtemps après, devenus adultes, beaucoup gardent intacte la mémoire de ces amitiés. Parce qu’elles racontent un moment de leur vie : celui où ils découvrent qu’en grandissant ensemble, on peut aussi apprendre à aimer.