Don Régis Evain, ancien recteur de la cathédrale d’Amiens, a été démis en mai de ses fonctions par Mgr Gérard Le Stang à la suite d’un "changement d’attitude radical" observé depuis 2024. Il soutenait notamment une pratique de prières tarifées, ce que l’Église interdit formellement. Explications.
Don Régis Evain, ancien recteur de la cathédrale d'Amiens, est au cœur d'une polémique après la révélation de prières de guérison facturées jusqu'à 150 euros par un accompagnateur spirituel vers lequel il orientait des paroissiens. Cette affaire remet en lumière un principe fondamental de l'Église catholique : les biens spirituels, et en particulier la prière, ne se vendent pas. "La prière ne peut pas être tarifée parce que l’amour de Dieu est gratuit depuis toute éternité", rappelle auprès d'Aleteia le père Pierre Amar, prêtre du diocèse de Versailles. Un principe qui a un fondement théologique et spirituel profond : "la prière de l’Église est gratuite parce que l’Église essaie de coller le plus possible à l’amour de Dieu qui est gratuit. C’est Jésus qui a tout payé sur la croix en donnant sa vie", précise le père Pierre Amar.
Prêtre membre de la Communauté Saint-Martin, Don Régis Evain est arrivé à Amiens en 2022 en tant que recteur de la cathédrale. Depuis l’année pastorale 2024-2025, son changement d’attitude a interpellé les paroissiens, sa communauté et le diocèse. Ce dernier a publié le 19 juillet un long communiqué visant à éclaircir les circonstances qui ont conduit à son départ anticipé. Il est fait mention "d’un usage de termes issus de l’ésotérisme", "de refus de serrer la main à de nombreux paroissiens", "de dureté de jugement dans ses paroles"... Parallèlement, le recteur entretenait une "grande proximité" avec un certain Joseph Ramothe, à la tête d’une petite entreprise baptisée "Jésus Marie Joseph" consistant à aider "les personnes à améliorer leur situation personnelle par la spiritualité", selon les mots de son avocat Mike Sézille. Sur les conseils de don Régis, certaines paroissiennes ont été envoyées chez Joseph Ramothe pour y recevoir des prières de guérison, relate le communiqué. "Les prières [étaient] tarifées et don Régis a même réglé une facture émise par M. Ramothe à la place d’une paroissienne." Certaines factures pouvaient ainsi aller jusqu’à 150 euros.
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La simonie, péché d’irreligion
Facturer des prières est une pratique formellement interdite par l’Église. L’achat ou la vente de réalités spirituelles s’appelle de la simonie. C’est un péché d’irréligion, sanctionné par le droit canonique. La source du principe de gratuité des biens spirituels réside dans les Actes des Apôtres : à Simon le magicien, qui voulait acheter le pouvoir spirituel qu’il voyait à l’œuvre dans les apôtres, Pierre répond : "Périsse ton argent, et toi avec lui, puisque tu as cru acheter le don de Dieu à prix d’argent" (Ac 8, 20). Il se conformait ainsi à la parole de Jésus : "Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement" (Mt 10, 8 ; cf. déjà Is 55, 1). "Il est impossible de s’approprier les biens spirituels et de se comporter à leur égard comme un possesseur ou un maître, puisqu’ils ont leur source en Dieu. On ne peut que les recevoir gratuitement de Lui", souligne le Catéchisme de l’Église catholique.
"La prière est gratuite parce que l’amour de Dieu est gratuit, fidèle, irrévocable et personnel", précise encore le père Pierre Amar. C’est d’ailleurs ce même principe qui préside au fait que l’entrée des églises soit gratuite. "C’est en rapport avec l’Évangile et la gratuité de l’amour de Dieu."
Quid des honoraires de messes ?
Mais alors que penser des honoraires de messe, ces offrandes faites à un prêtre lorsqu’on lui demande de dire une messe pour une intention particulière ? L’honoraire de messe est la somme d’argent fixée par la Conférence des Évêques de France pour assurer cette intention. Selon le barème actuel, l’offrande s’élève à 18 euros pour une messe, 180 euros pour une neuvaine (neuf messes consécutives) et 560 euros pour un trentain (30 messes).
Cette pratique n’a rien à voir avec la simonie. Il s’agit de la participation des fidèles pour subvenir aux besoins du prêtre. La vie matérielle de l’Église et de son clergé repose ainsi, pour une part, sur cette contribution volontaire des fidèles. Il n’est pas question ici de profit. D’ailleurs, précise le père Pierre Amar, un prêtre ne refusera pas de dire une messe pour une intention si le demandeur n’est pas en mesure de verser tout ou partie de l’offrande.
La messe n’a pas de prix mais le prêtre doit toujours pouvoir "vivre de l’autel", selon l’expression de saint Paul : "Ceux qui servent à l’autel ont leur part de ce qui est offert sur l’autel" (1 Co, 9-13). Le Catéchisme du concile de Trente résume bien la différence : "Il est bien vrai comme l’enseigne l’Apôtre, d’après la loi naturelle et la Loi divine, que "celui qui sert à l’Autel, doit vivre de l’Autel", cependant c’est un grand sacrilège d’approcher de l’Autel en vue du profit qui en résulte".












