Ce soir de février 2023, Anne-Louise n’a aucune envie de sortir. Des amis lui proposent d'aller voir un film au cinéma. Elle veut décliner l'invitation, mais finit par s’y rendre. En arrivant, elle découvre une dizaine de jeunes qu'elle ne connaît pas. Elle, qui se décrit volontiers comme introvertie, échange pourtant avec chacun. À la fin de la soirée, un jeune homme la raccompagne à sa voiture : juste devant chez lui. Ils discutent jusque tard dans la nuit. "Ensuite, nous nous sommes revus de plus en plus souvent et nous ne nous sommes vraiment plus quittés", confie-t-elle.
Quelques mois plus tard, le jeune homme se joint à son projet de partir sur le Chemin de Saint-Jacques de Compostelle. La route devient un temps de discernement à deux. Au retour, il la demande en mariage. "Il y avait une forme d'évidence dès le début, cette intuition de se dire : "C'est lui’, malgré les doutes et les peurs". Ils se marient en septembre 2024, un an et demi après leur rencontre. Le début d’une aventure que la jeune femme commence alors à partager sur les réseaux sociaux.
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La beauté des choses simples
Depuis plusieurs années, Anne-Louise tient un compte Instagram. Elle le rend public au moment de ses fiançailles, sans but particulier. "J'avais simplement envie de créer du lien, de garder des souvenirs", raconte-t-elle. Après le mariage, ses publications prennent peu à peu une autre dimension. Elle y partage "la beauté de l'ordinaire, la joie des bonheurs simples", des réflexions sur le couple, quelques inspirations lifestyle et une foi qui affleure. "J'aime ce contraste entre des choses légères et d'autres plus profondes, livre la jeune femme. C'est un espace à l'image de ma vie intérieure." À sa grande surprise, les abonnés affluent. Ils sont près de 4.700 aujourd'hui à suivre son quotidien. "C'est très intimidant de voir que tant de personnes prennent le temps de me lire et de m’écrire. Je reçois énormément de messages. Cela me touche beaucoup parce qu’au-delà de l'écran, ces interactions sont profondément humaines."
"Nous ne nous étions jamais imaginés vivre seulement à deux"
Parmi les sujets qui reviennent souvent dans ses publications figure celui de l'espérance d'enfant. "Dans la "cathosphère", il y a parfois cette idée que, naturellement, neuf mois après le mariage, un enfant arrive", exprime Anne-Louise. La réalité de son couple est différente. Issue d'une fratrie de trois enfants, mariée à un homme qui en compte sept, la jeune femme ne s'était jamais projetée dans une vie sans enfant. "Ce n'était même pas un sujet de réflexion, simplement un fait. Nous ne nous étions jamais imaginés vivre seulement à deux."
Alors elle commence à mettre des mots sur ce qu'elle traverse. "J'ai toujours eu besoin de parler, d’exprimer les choses. Et je me suis rendu compte que cette réalité concernait énormément de personnes." Les messages d’abonnés sont nombreux. Des femmes lui racontent leur propre histoire, leurs attentes et leur espérance.
"Je ne suis pas mère, mais je ne suis pas une femme diminuée"
Au printemps 2026, une de ses publications résonne particulièrement. À l'occasion de la fête des Mères, elle réagit à certains postes souhaitant une bonne fête aux femmes en espérance d'enfant. "Je comprends profondément la bienveillance qui se cache derrière ces mots, mais j'ai aussi la conviction que les mots ont un sens et que ce sens est précieux", estime-t-elle. Et de poursuivre : "Je traverse l'infertilité, et malgré toute la place que je prépare dans mon cœur, je ne suis pas mère. Pas encore. Ce n'est ni un jugement ni une diminution de ce que je suis, c'est simplement la réalité."
Pour Anne-Louise, vouloir adoucir ou consoler la souffrance ne doit pas conduire à nier le réel. "Les mots peuvent être une immense source de douceur et de consolation, mais ils ne doivent pas se substituer à la réalité, même lorsqu'elle est difficile." Loin de toute amertume, son message est un appel à reconnaître et accueillir ce que vivent les couples en espérance d'enfant. "Nous ne sommes pas encore mères, mais nous ne sommes pas des femmes diminuées."
Une autre fécondité
Une épreuve qui lui apprend à regarder la vie différemment. "L'infertilité est un chemin d'acceptation. C'est le deuil de la parentalité telle qu'on l'avait imaginée. Un deuil discret, qui se répète tous les mois." Et pourtant, au cœur de cette blessure, elle découvre une autre forme de fécondité. "Cela développe ma capacité à aimer, à patienter, à chérir mon couple et à regarder la vie autrement." Profondément convaincue que les femmes en espérance d’enfant, comme les personnes qui vivent une attente non choisie telle que la maladie ou le célibat, portent une fécondité propre, Anne-Louise estime qu’"elle mérite d’être accueillie et reconnue comme telle".
Une espérance qui prend appui sur une foi profonde. Juste après son mariage, Anne-Louise vit une profonde dépression. Dans cette nuit intérieure fracassante, sa foi devient plus concrète encore. "Dieu m'a vraiment rejointe dans ma souffrance." Son compte Instagram devient, sans qu'elle l'ait prémédité, une manière de témoigner de cette présence de Dieu dans le quotidien, et de s’attacher à l’espérance. Pour elle, toutes les merveilles de la création, toutes les petites choses qui font la beauté d'une journée sont "des signes lumineux de sa présence".
Si Anne-Louise continue de parler de l'infertilité, c'est aussi parce qu'elle mesure la solitude de nombreux couples. "Il y a beaucoup de silence autour de l'infertilité, alors que cela touche énormément de personnes. Beaucoup ont peur d'en parler, de ne pas être comprises." Même dans l'Église, elle observe parfois un sentiment de décalage. "Dans notre paroisse, parce que nous sommes sans enfant, nous ne nous retrouvons pas toujours dans les propositions qui existent. Il y a peu, pas, de choses pour les couples en espérance d'enfant." Anne-Louise espère simplement contribuer à ouvrir une réflexion et à faire tomber quelques silences. Et, surtout, rappeler à celles et ceux qui traversent cette épreuve qu'ils ne sont pas seuls. "Oui, je ne suis pas mère, même si j’espère vivre une maternité un jour. Mais j'ai reçu des talents. Et si je n'ai pas encore donné la vie, je peux les faire fructifier et rendre mon existence féconde autrement."




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