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Fin de vie : assurer à ceux qui doutent qu’ils ne risquent rien

4 min de lecture
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Crédit : Alexia

Après le vote légalisant l’euthanasie, le seul témoignage que l’Église puisse porter maintenant est le service de la vie. Pour le père Benoist de Sinety, curé-doyen de la ville de Lille, notre défi collectif est d’assurer à ceux qui doutent qu’ils ne risquent rien.

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Donc la France n’a pas gagné. Les jeux remplissent leur office en captant les émotions et en les menant vers une communion qui ne dure que le temps d’une victoire ou d’une défaite. Les larmes des enfants et de leurs parents, les cris des supporters n’y pourront rien changer. Au lendemain, la gueule de bois manquée cède la place au vide. Pourquoi s’exciter devant tant d’éphémère et le laisser ainsi devenir le contenu de notre présent ? Il y a des mystères que nul ne peut vraiment expliquer... et dans lesquels tous nous nous laissons saisir.

Boîte de Pandore

La technique maîtrisée des onze espagnols aura cependant permis que l’on entende parler du vote du lendemain dans notre Parlement national. Vote qui risquait bien, sinon, d’être noyé dans l’euphorie triomphante et commode. Désormais, nous savons tous, sans prétendre avoir été abasourdis par les klaxons et les hourras, que l’euthanasie en France est possible.

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Il y a bien cet ultime sursaut moral du Premier ministre qui semble ne pouvoir se résoudre aux folies de ce texte. Mais cela changera-t-il fondamentalement ? La boîte de Pandore est ouverte et les articles qui pour l’instant peuvent être bloqués reviendront au pas de charge lors des prochaines sessions parlementaires, et ce, quelle que soit la majorité. 

Le service de la vie

Reste donc à vivre dans cette société et à y demeurer porteur du Maître de la Vie. Le premier et peut-être le seul témoignage que l’Église puisse porter maintenant est le service de la vie. De toute vie, sans aucune exclusive, pour manifester qu’elle vient de Dieu et mène à Dieu. En écrivant ces mots j’ose m’interroger : "Et pour moi-même, aurais-je le courage le jour venu, d’aller jusqu’au bout ?" Et pour mes proches ? Lorsque vous est offerte la solution de facilité, au nom de quoi y renoncer ? Pour que la fidélité ne soit pas malmenée par un héroïsme quasi inatteignable, il s’agit de proposer des lieux, des cadres, où les existences souffrantes soient accueillies, soulagées et accompagnées. 

Je pense à une dame, sans aucune attache humaine, ni ami ni famille : la voici depuis peu dans une maison d’accueil. Ses voisins, quelques paroissiens, inquiétés par son attitude de plus en plus incohérente et ses propos parfois décousus m’avaient alerté. Une gériatre consultée, une chute le lendemain : hospitalisation, puis au bout de dix jours, transfert dans un Ehpad. Tout ce qu’elle redoutait lorsqu’elle me disait, encore maître de ses mots : "La vieille, une fois qu’elle sera à l’hôpital on la mettra en maison et là on la piquera." La voici donc là où elle ne voulait pas aller, faute de pouvoir trouver une solution différente. Que pense-t-elle ? Je ne cesse d’y songer et de prier pour elle. Comprend-elle que ce qu’elle craignait est désormais son réel ? 

Toujours présents, jusqu’aux derniers instants

Bien sûr, pas la piqûre, rassureront les optimistes. Mais le silence de quelques autres, parfois médecins ou soignants, auxquels j’avais posé la question, n’a rien d’apaisant.

Il est là, me semble-t-il, notre défi collectif : assurer à ceux qui vivent ainsi qu’ils ne risquent rien. En tout cas rien de plus que ce que leurs maladies provoqueront comme effets et comme handicaps. Et que des hommes et des femmes seront là pour les aider à traverser ces jours. Faute de quoi, nous cesserons d’exister en tant qu’humains pour n’être plus que des êtres qui consomment, jouissent et pleurent devant des buts manqués.