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“Il est bon de fermer des portes et faire un choix” : Laetitia, des Jeux olympiques à Massabielle

Fondée il y a 25 ans pour être une présence et apporter de la joie dans les quartiers pauvres de Marseille, l’association Massabielle croît encore. Pour ce jubilé, elle ouvre une troisième antenne, La Baume, aux Aygalades (XVe arrondissement). Rencontre avec Laetitia, qui porte le projet et témoigne du bonheur qu’il y a dans cet engagement.

6 min de lecture

Source: Association Massabielle

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Engagez-vous, disent-ils ! Avec le printemps, l’association Massabielle recrute. Fondée il y a 25 ans, l’association a pour but de faire vivre des havres de joie et de fraternité dans les quartiers délaissés de Marseille. Tâche magnifique, mais immense, et les bonnes volontés ne sont jamais de trop. C’est le message de Laetitia quand nous la rencontrons. Il faut dire qu’elle est particulièrement concernée : elle porte le projet de la troisième antenne, qui commence tout juste à prendre forme, et a vécu, depuis quelques années, une vraie conversion professionnelle. Engagez-vous, dit-elle, vous ne serez pas déçu !

Dans le XVe arrondissement de la cité phocéenne, les Aygalades sont un petit quartier, au bord de l’autoroute A7. Un peu moins de 7000 habitants, qui découvrent depuis novembre dernier le charisme de Massabielle, déjà présente aux Lauriers (XIIIe arrondissement) depuis 2001 et à la Belle de Mai (IIIe arrondissement) – quartier le plus pauvre de France – depuis 2016. "Elle me regardait comme une personne” disait sainte Bernadette de Notre-Dame, et ce regard, ceux qui s’engagent dans l’association veulent le porter sur leur prochain, leurs voisins. "Être visage d’Église, témoins du message d’amour du Christ, se voir et voir l’autre comme Dieu le regarde" résume Laetitia.

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Mettre du baume au cœur

Pour mettre du baume au cœur, en quelque sorte. Ont-ils pensé au jeu de mot, dans lequel nous tombons facilement ? En tout cas, la nouvelle antenne s’appelle "La Baume", "grotte" en provençal, celle de Marie-Madeleine non loin étant la plus connue. Une manière de rappeler la grotte de Massabielle et que le christianisme est entré par Marseille sur la terre de France.

Appelée par le diocèse et le curé de la paroisse, l’association est entrée dans un processus long, d’abord en rencontrant associations et habitants "pour évaluer si notre présence serait pertinente et faire un diagnostic" explique celle qui a organisé, pour commencer, une fête de quartier à l’automne, avec une question pour tous : "qu’en pensez-vous ?". "J’arrive vraiment pauvre, juste avec une volontaire", ajoute Laetitia. Les deux font du porte-à-porte dans le quartier, l’une des caractéristiques de Massabielle, depuis janvier. Certains des habitants connaissent-ils déjà leur association ? "C’est rare ", mais l’accueil est bon.

Des rencontres transformantes

Preuve en est, le café des femmes du mardi, qui accueille depuis mars une quinzaine de personnes pour recevoir et non seulement être reçu, pour se rencontrer., créer des amitiés "Entre 14h et 16h, celles qui sont dévouées à leurs enfants trouvent un lieu de respiration, explique celle qui est à l’écoute de leurs propositions pour donner de la joie au quartier. En avril, nous avons organisé un grand barbecue, elles ont cuisiné toutes ensemble un couscous…et elles sont motivées pour en faire à nouveau !" Le projet avance donc peu à peu, mais l’objectif, celui d’avoir une maison qui soit un vrai lieu de ressourcement pour tous, est à long terme.

"Souvent, on fait des non-choix, mais il est bon de fermer des portes et de faire un vrai choix. Pour un temps donné, pas forcément pour toute la vie, pour faire un pas de côté."

Pour septembre, Massabielle attend un couple qui accepterait d’habiter aux Aygalades. L’aventure a commencé de cette manière, en 1999. La famille O’Neill ne le sait pas encore, mais son installation dans les quartiers nord de Marseille inaugure une œuvre encore d’actualité. Les rencontres transforment la vie, comme l’adoration eucharistique, qui est le cœur des journées des volontaires. Même s’il n’y a pas de volonté de transmettre l’Évangile explicitement, même si le sujet revient souvent dans les discussions, il s’agit de "puiser l’amour du Christ et le répandre, dit simplement Laetitia. Fort de cet amour, chacun se sait digne et aimé."

Un cheminement intérieur, de la place de la Concorde à la Belle de Mai

Elle-même a été transformée : "Je n’ai jamais perdu la foi mais je ne pratiquais plus, je suis revenue peu à peu à la foi, j’ai vécu des pèlerinages transformants". En 2021, Laetitia découvre la Source – la maison de la Belle de Mai – "par hasard, sans trop savoir où [elle] mettai[t] les pieds", à la recherche du soleil. À Paris, elle travaille pour les Jeux olympiques après des études dans une école de commerce. "Viens et vois" dit-on à Massabielle, sans trop en dire en amont à ceux qui viennent pour de courts séjours. À Marseille, elle est accueillie par Yannick, "qui dit aujourd’hui que la Source lui a sauvé la vie". Tout de suite, une certitude : "On me fait confiance, et on fait confiance à Yannick".

"Comme rarement avant, entre une messe d’action de grâce à minuit pour le passage à la nouvelle année, un tournoi de foot et des repas partagés, je me suis sentie en paix et en joie dans ce lieu à part" raconte celle qui revient à la capitale revigorée pour coordonner le site de la place de la Concorde qui accueillera les sports urbains. Une expérience épanouissante, parce que le sport est aussi un lieu de "dépassement, d’entraide, de collectif, d’émotions fédératrices". Mais le "cheminement intérieur" se poursuit, et l’appel de Marseille se fait pressant, "cette mosaïque d’espérance, où se vit quotidiennement le brassage culturel".

Qui est vraiment capable ?

En 2024, quelques mois après les JO, Laetitia descend dans la cité phocéenne et se tourne vers "le lieu du premier appel". Désormais, engagement associatif et travail ne font qu’un. Et les expériences passées, la formation, "toutes les compétences acquises servent tous les jours, elles sont mises au service de l’association pour lever des fonds, pour le management, pour les tâches administratives, pour accompagner et former". En regardant dans le rétroviseur, Laetitia perçoit qu’elle n’avait pas écouté "cette petite flamme". On la sent aujourd’hui bien vivace. Avis à ceux qui se posent la question : "Souvent, on fait des non-choix, mais il est bon de fermer des portes et de faire un vrai choix. Pour un temps donné, pas forcément pour toute la vie, pour faire un pas de côté." Il est temps de conclure. Laetitia nous laisse avec cet encouragement pour ceux qui peuvent craindre la mission : "Le Seigneur n’appelle pas les capables, mais il rend capables ceux qu’il appelle".