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Préparer ses vacances avec l’IA : pratique, mais adieu le sens pratique !

6 min de lecture
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Crédit : DexonDee I Shutterstock

De plus en plus de Français délèguent à l’intelligence artificielle (IA) l’organisation de leurs vacances. Une solution pratique, mais qui contient aussi des limites, peut-être plus importantes qu’on ne le pense.

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"En moins de deux, ChatGPT m’a fait tout le parcours !", s’exclame Baptiste, 35 ans, père de deux enfants, qui prévoit de faire un bout de la Loire à vélo cet été. "Nous avions déjà fait un tronçon il y a plusieurs années, et je me souviens que cela avait été compliqué de définir les étapes, avec les kilomètres et les hébergements à prendre en compte. Cette année, j’ai tenté avec l’intelligence artificielle (IA) et le résultat est presque parfait", confie-t-il. "Une limite néanmoins, les horaires des trains indiqués par l’IA pour le retour n’étaient pas les bons."

Baptiste n’est pas le seul à avoir recours à l’IA pour organiser ses vacances. Près de 20% des Français ont déjà utilisé l’intelligence artificielle pour préparer un voyage, selon une étude Ipsos BVA pour Europ Assistance publiée en avril 2026. Une pratique encore minoritaire en France mais qui pourrait, selon l'Institut, changer d’échelle rapidement au regard des intentions d'utilisation futures et de la dynamique mondiale. Aux côtés des IA généralistes, de nouveaux outils – applis ou chatbot – dopés à l’IA, se spécialisent dans la planification de voyages.

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Le gain de temps constitue un premier atout indéniable. L'IA peut rechercher en quelques secondes des vols, des hébergements, des activités ou des itinéraires adaptés à un budget, à une durée de séjour ou à des centres d'intérêt, et évite ainsi de passer des heures à comparer des dizaines de sites. L’IA peut aussi s’avérer une source d’inspiration en suggérant des destinations ou des activités. Une fois sur place, elle devient un véritable guide touristique, ayant réponse à toutes les questions, organisant les visites de main de maître et proposant des alternatives en cas d’imprévus.

Des propositions standardisées

Néanmoins, ne perdons pas de vue la manière dont l’IA fonctionne. Elle puise dans des données largement diffusées sur Internet par des guides touristiques, des sites de voyage, des blogs, des plateformes d'avis... Or les lieux les plus connus sont ceux qui génèrent le plus de contenus. Résultat, elle a tendance à privilégier les lieux les plus populaires et à orienter les voyageurs vers les mêmes sites. Rien ne vaut, donc, pour le voyageur qui aime les lieux plus authentiques, le contact avec les personnes du coin qui pourront conseiller des adresses insolites, ou tout simplement la flânerie qui permet de découvrir des endroits moins accessibles.

Une fiabilité qui n'est pas absolue

L'IA peut aussi fournir des informations obsolètes ou inexactes : horaires d'ouverture, prix d’une visite, conditions d'accès, fermetures non prises en compte ou annulation d’événements. Les informations importantes doivent toujours être vérifiées auprès des sources officielles. Les médias relaient régulièrement des témoignages de personnes qui se sont retrouvées "piégées" à l’aéroport "à cause de l’IA", parce que cette dernière n’avait pas précisé qu’il fallait un visa ou un passeport ou avait donné la mauvaise information.

Plus de place pour l’imprévu

Certes l’IA est championne en organisation : elle propose des séjours au timing millimétré, regroupe les visites par quartier et tient compte des horaires d'ouverture des sites afin que les voyageurs ne perdent pas de temps. Sauf prompt contraire, les itinéraires proposés sont généralement très ambitieux. Mais à vouloir tout optimiser, on peut oublier de laisser de la place à l'imprévu, aux rencontres ou à la flânerie. Or n’est-ce pas là justement le privilège des vacances ?

Perte du sens pratique

Au-delà des limites qui affectent le séjour en lui-même, n’y a-t-il pas aussi une dérive plus profonde à utiliser l’IA à tout va ? La perte du sens pratique. N’y a-t-il pas un glissement dans ce que nous demandons à l’IA, au point d’abandonner tout effort de réflexion et de jugement ? Charlotte, 27 ans, aime voyager et part régulièrement seule ou avec des amis aux quatre coins du monde. Elle utilise ChatGPT pour avoir des idées de voyages, le planifier mais aussi pour faire sa valise selon la durée et la destination du voyage. "Je demande toujours à l’IA une check-list de ce que je dois mettre dans mes bagages, c’est pratique, je n’ai pas besoin de réfléchir au nombre de T-shirts que je dois mettre dans ma valise." Le risque est grand, à force de tout déléguer, de perdre le sens pratique.

Le sens pratique est une forme de prudence et de discernement qui s'acquiert en exerçant son jugement. Or l'IA nous prive d'une occasion d'exercer notre sens pratique, cette faculté de réfléchir, d'anticiper et de décider face à des situations concrètes. Arbitrer entre deux itinéraires, adapter le programme aux besoins des autres voyageurs, estimer si un détour vaut la peine sont autant de petites décisions qui mobilisent notre jugement. Ces décisions résultent de ce sens pratique, propre à chacun, qui risque de s’atrophier si l'on s'en remet systématiquement aux suggestions d'un algorithme.

Une pratique d'autant plus paradoxale en vacances puisque c’est justement le moment où on a le temps ! Temps de tâtonner, de se tromper, de feuilleter une carte, de demander son chemin ou de modifier ses plans au dernier moment. À vouloir tout optimiser grâce à l'intelligence artificielle, les vacances risquent de se transformer en une simple exécution de programme, aussi performant soit-il. Demeurons, cet été encore, acteurs de nos vacances, grâce à l’intelligence que Dieu nous donne, et non pas des exécutants !