La guerre civile déclenchée au printemps 2023 au Soudan entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide ne cesse de s’enfoncer dans l’horreur. La communauté internationale ne parvient pas à l’enrayer, observe le géopolitologue Jean-Baptiste Noé, et les factions locales ne semblent jamais rassasiées par les combats. De nouveaux massacres sont à craindre.
Débutée en avril 2023, la guerre au Soudan a provoqué la plus grave catastrophe humanitaire des dernières décennies. Les massacres de civils sont incessants, ceux-ci étant régulièrement attaqués dans leurs villages. Les belligérants pratiquent une stratégie de la terreur qui provoque des centaines de morts. En cet été 2026, les Nations-unies redoutent que se rejoue, dans la ville d'El-Obeid, l'indicible qui a ensanglanté El-Fasher l'an dernier.
Le précédent d'El-Fasher
La chute d'El-Fasher, capitale du Darfour du Nord, prise le 26 octobre 2025 par les Forces de soutien rapide (FSR), la milice paramilitaire du général Mohammed Hamdan Daglo, dit "Hemetti", s’est soldée par des massacres de masse. La maternité de la ville avait été la cible d'exactions atroces : au moins 460 personnes tuées, des dizaines de femmes violées, des soignants abattus ou enlevés. Selon les Nations-unies, près de 6.000 personnes auraient péri en trois jours dans ce dernier bastion gouvernemental du Darfour, au terme de plus de cinq cents jours de siège, tandis que les témoignages faisaient état de massacres visant des communautés non arabes, de viols de masse et d'exécutions sommaires.
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Devant ce déchaînement de violence, le pape Léon XIV avait confié sa douleur lors de l'Angélus du 2 novembre 2025, évoquant "le Darfour du Nord martyrisé" et lançant "un appel pressant aux parties impliquées pour un cessez-le-feu et l'ouverture urgente de corridors humanitaires". Ces massacres ne visaient pas uniquement à conquérir un territoire ; ils avaient pour but de provoquer une purification ethnique afin de s’assurer le contrôle des lieux et l’éradication complète de l’adversaire.
Les enfants pour cible
La même mécanique de mort se met en place plus au centre du pays, autour d'El-Obeid, dans le Kordofan du Nord. Ce sont, une fois encore, les civils et les populations faibles qui paient le prix le plus lourd. Le 6 juillet 2026, l'UNICEF a annoncé qu'au moins 330 enfants avaient été tués ou blessés au Soudan depuis le début de l'année, les États du Darfour et du Kordofan concentrant les pertes les plus lourdes. Dans le seul Kordofan du Nord, depuis le mois de mai, les attaques ont fait plus de trente-cinq victimes parmi les enfants, dont au moins dix-huit tués. Les plus jeunes avaient deux mois.
Fait nouveau, qui démontre une transformation du conflit, les frappes de drones seraient responsables de 60% de ces victimes. "Pour beaucoup d'entre eux, il n'existe plus aucun endroit sûr", résume Sheldon Yett, représentant de l'UNICEF au Soudan. "Ils sont tués et blessés chez eux, sur les routes, sur les marchés ou lorsqu'ils tentent d'accéder à l'éducation ou aux soins." L'agence alerte aussi sur la multiplication des recrutements forcés, des enlèvements, des violences sexuelles et des attaques contre les écoles et les hôpitaux. Environ 500.000 civils demeurent aujourd'hui piégés dans El-Obeid et ses environs.
Le cri d'alarme des Nations-unies
Face à cette menace, l'ONU a haussé le ton pour alerter l’opinion mondiale. Le 3 juillet, le Haut-Commissaire aux droits de l'homme, Volker Türk, a lancé une "alerte rouge" pour éviter un nouveau massacre. Trois jours plus tard, le Conseil des droits de l'homme, réuni à Genève, a adopté par consensus une résolution dénonçant le risque "imminent" d'atrocités de masse contre les centaines de milliers de civils pris au piège. Le texte condamne le siège et l'offensive des FSR, les frappes de drones contre les infrastructures civiles, les violences sexuelles utilisées comme armes de guerre et l'emploi de la famine comme méthode de combat. Il demande une enquête urgente et rappelle que la Cour pénale internationale pourrait jouer "un rôle important" contre l'impunité. La résolution vise aussi, sans les nommer, les soutiens extérieurs qui alimentent la guerre en armes et en drones et réaffirme qu'il n'existe "pas de solution militaire" à ce conflit. Ce qui n’empêche pas les belligérants de poursuivre la guerre par tous les moyens.
Une guerre oubliée, mais des morts qui s’accumulent
Depuis le début de la guerre, le drame humanitaire ne fait que s’amplifier : près de 30 millions de personnes ont besoin d'une aide humanitaire, plus de 10 millions ont été déplacés, dont près de la moitié sont des enfants, et plusieurs régions sont officiellement frappées par la famine depuis l'été 2024. Derrière ces statistiques, il y a des visages et une population livrée à la violence de deux généraux qui se disputent un pays qu'ils réduisent en cendres.
La parole du pape, l'an dernier, invitait "la communauté internationale à intervenir avec détermination et générosité". Elle vaut plus que jamais, pour que le drame du Soudan ne soit plus un conflit oublié.












